L’épisode en détail.
🎙️ C’est par le sport qu’il est approché pour rejoindre le RAID. Après plusieurs mois de réflexion, Matthieu Langlois accepte. Il y restera quatorze ans, dont neuf comme médecin-chef, au cœur d’interventions où soigner implique aussi de faire face au danger.
Affaire Mohamed Merah, Hyper Cacher, Bataclan… Cet anesthésiste-réanimateur a été confronté à certaines des crises les plus marquantes de notre histoire. Son rôle : organiser les secours, accompagner les équipes et prendre des décisions dans des situations où chaque minute compte.
Pourtant, à la sortie de son internat, il n’avait pas de plan de carrière tracé. De l’hôpital au SAMU, des secours en montagne au RAID, son parcours s’est construit au fil des rencontres, avec un même engagement : porter secours.
Dans cet épisode d’Inspirez, nous explorons son parcours et les enseignements humains de la gestion de crise. Comment décider sous pression ? Quelle place donner aux émotions lorsque l’urgence impose d’agir ? Et comment construire un collectif capable de faire face à l’incertitude ?
Fondateur de Hot Zone Rescue et auteur de « Médecin du RAID : Vivre en état d’urgence », Matthieu transmet désormais son expérience aux entreprises et aux organisations pour les aider à préparer leurs équipes aux situations difficiles.
Un échange sur l’engagement, la responsabilité et la force du collectif lorsque les repères habituels ne suffisent plus.
Lire la transcription+
Transcription de l’épisode
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspirez. Aujourd'hui j'ai le plaisir de recevoir Matthieu Langlois. Salut Matthieu.
Bonjour Fabien.
Matthieu, tu es ancien médecin-chef du RAID, tu es également auteur, conférencier et fondateur de Hot Zone Rescue — on en parlera aussi juste après. On va revenir sur l'intégralité de ton parcours et ce qui a fait ce que tu es aujourd'hui. Mais avant, on a l'habitude de poser une première question pour poser le cadre : comment tu expliquerais ton métier de façon pédagogique à un enfant de 5 ans ? Si tu devais le faire, comment tu t'y prendrais ?
C'est un métier passionnant, mais engagé. Et c'est un métier très humain. Donc, c'est un métier où il faut aimer les relations humaines dans ce qu'elles ont de très bon, mais aussi parfois dans ce qu'elles ont de moins bon. Et c'est hyper enrichissant, mais exigeant.
Donc, je l'ai dit, Matthieu, tu as été médecin-chef du RAID. Tu as vécu de l'intérieur certaines des crises les plus marquantes de ces dernières années. Tu es également anesthésiste-réanimateur, auteur, conférencier aussi. Mais avant de discuter de tout ça, d'être dans l'urgence, comme on dit, et avant le RAID, avant les décisions sous stress : qui étais-tu, Matthieu, enfant ?
J'étais un jeune un petit peu privilégié, je vais être honnête. J'avais des parents, mais des parents qui étaient très aimants. Une famille, une sœur, un frère, un cadre familial très agréable. Mais qui nous ont quand même — surtout par ma mère — appris que la vie, ce n'était pas si facile, qu'il fallait être honnête avec soi-même ; et pour moi c'est un peu la définition du courage. Et qui nous a transmis sa passion de la vie. Plus, voilà, le jeune que j'étais, qui s'est construit à la fois dans le sport et puis dans les études. Et par plein de petites rencontres, je me suis retrouvé… Au début, je voulais être militaire, je voulais être gendarme de haute montagne. Et puis j'ai fini médecin. Mais il y a un lien entre tout ça. Ce n'est pas un parcours qui a été fléché depuis le début. On ne devient pas médecin comme ça : à 18 ans, « je voudrais être médecin »… en vrai, non. C'est un long processus.
Il y a un parcours fait de rencontres aussi, on y reviendra tout à l'heure. Tu l'as dit, tu étais attiré par le ski, par le rugby également, les métiers de pompier ou de gendarme de montagne. Qu'est-ce qui te fascinait, au fond, dans ces univers ?
En fait, j'étais comme tous les petits garçons. Je voulais être gendarme, pompier, je voulais sauver le monde. Et puis le sport : vous êtes dans une région plutôt de rugby, et de montagne aussi, évidemment. Donc ça, c'est les deux sports qui m'ont éduqué.
Et très tôt, tu as été justement attiré par l'engagement dont tu parles. Comme on dit à beaucoup d'enfants, est-ce que tu avais conscience de cela ? Est-ce que tu sentais avoir ce besoin d'utilité, ou peut-être d'adrénaline ? Ou c'est venu plus tard ?
Il y a un mélange de tout. Je pense que jeune, j'avais à la fois l'envie — il y a un côté narcissique aussi — l'envie d'adrénaline. Quand on est jeune, c'est sûr et c'est normal. L'envie de servir, l'envie de s'occuper des autres. Alors au début, on ne sait pas bien ce que ça veut dire, mais peut-être que j'avais ça en moi. Ma mère te dirait que oui. Mais après, il faut le concrétiser, il faut avancer sans tomber dans des… Moi, je déteste le syndrome du sauveur, donc voilà, il faut faire gaffe, il y a des pièges. J'ai sans doute aussi fait des erreurs. J'ai fait des erreurs, et c'est comme ça que petit à petit, le chemin s'illumine.
Comme tu l'as dit, tu t'orientes finalement vers la médecine, puis la spécialité d'anesthésiste-réanimateur. Qu'est-ce qui t'a branché ? Qu'est-ce que tu avais envie de faire dans cette spécialité-là, et pourquoi ?
Au début, je voulais faire du secours. On a parlé des pompiers, du secours en montagne, c'était ce qui me motivait. Ensuite, quand j'ai décidé de tenter ma chance en médecine, je voulais faire de l'urgence. À l'époque, c'était le début des SAMU — enfin, ce n'était pas le début, mais c'était moins répandu que maintenant. Et puis, à l'époque, la spécialité pour faire de l'urgence, en particulier de l'urgence vitale, pour avoir des responsabilités, c'était l'anesthésie-réanimation. La spécialité de médecine d'urgence, elle est très récente, elle existe depuis très peu de temps. Et donc je m'étais dit — là aussi, c'est à force de rencontres — c'est l'anesthésie-réanimation qui va me permettre de faire de l'urgence, mais aussi de la réanimation. Puis j'ai découvert l'activité du bloc opératoire. Et puis après, c'est encore une fois des stages, des rencontres, des expériences professionnelles qui font que tu évolues aussi dans tes choix de carrière. Voilà.
À propos des choix de carrière, tu as évolué dans différents secteurs, que ce soit l'hôpital, le SAMU, le secours en montagne, les structures privées également. Qu'est-ce que cette diversité t'a appris dans ta connaissance et aussi dans le fait de te nourrir ?
Moi, je crois qu'il faut — c'est ce que je dis à des jeunes médecins — qu'il ne faut pas avoir un schéma tout tracé. Il faut essayer d'être curieux. Ça, c'est la première chose. Donc, curieux, ça veut dire tenter plein d'expériences différentes pour exercer d'une manière différente notre activité. L'activité de secours, ou l'activité de médecine d'urgence, même d'anesthésie, peut s'exercer de plein de manières différentes. Moi, quand je vois des jeunes médecins, j'aime bien ceux qui n'ont pas une idée dogmatique. Ils ont envie un peu d'aller voir dans le privé, dans le public, dans le préhospitalier, à l'hôpital, dans les petites structures, dans les grosses structures. Tout ça, dans l'assistance. Il y a mille occasions différentes d'exercer son métier. C'est ça qui est passionnant. Et puis après, la deuxième chose : il faut l'aimer. Il faut aimer notre métier, il faut aimer l'humain. Et ça, c'est indispensable. Moi, c'est le seul conseil que je donne. Après, où est-ce que ça vous mènera ? J'ai envie de leur dire : ça te mènera forcément vers un exercice qui sera un bon exercice du métier de médecin, qui est un superbe métier. Mais voilà : sois curieux, aime le lien humain, et puis après, on verra.
Et anesthésiste-réanimateur, c'est décider vite, souvent dans l'urgence et dans des situations critiques. Est-ce que tu avais conscience, déjà, d'aller vers ce type de responsabilité ?
C'est une très bonne question, parce que… Alors, je pense que j'aimais ça, décider dans l'urgence, que j'avais des prédispositions. Après, il y a l'inné, puis il y a beaucoup d'acquis, mais je pense que oui, je n'étais pas incompatible avec la prise de décision dans l'urgence, et ça m'a probablement guidé aussi dans mes choix. Mais c'est rare qu'on me pose cette question. Parce qu'en y réfléchissant bien, je pense que j'ai choisi inconsciemment l'anesthésie. Et encore, si je prends l'anesthésie, la réanimation, le préhospitalier, le secours — celle où on doit le plus décider dans l'urgence ou sous contrainte, parfois avec des émotions qui sont très fortes, voire parfois qui nous dépassent… Encore une fois, j'ai exercé dans les trois domaines, et je trouve que celui où ça peut être le plus brutal, le plus dur, c'est l'activité d'anesthésiste au bloc opératoire, contrairement à ce qu'on pourrait penser.
Et justement, j'allais te demander, pour les non-initiés : est-ce que tu peux expliquer en quelques lignes ce que ça veut dire ?
Oui, exactement ce que tu viens de dire. En fait, c'est le même médecin, mais l'activité au bloc opératoire, c'est qu'on est là pour assurer qu'une intervention se passe bien, pour gérer l'équipe avec le chirurgien. C'est un travail d'équipe. Il y a énormément de personnes impliquées, et je mets le patient dans l'équipe — mais ça, je le dis depuis peu. C'est ce que j'ai appris en particulier au RAID : le patient fait partie de l'équipe. Après, l'activité de réanimation : on a des malades ou des blessés dans un état grave ou critique, et on est là pour surveiller, pour mettre en place tous les traitements nécessaires à leur rétablissement. Et puis le secours, la médecine d'urgence, c'est encore autre chose, c'est encore un exercice un petit peu différent. On est là pour faire un diagnostic rapide, pour orienter, pour faire ce qu'on va appeler un tri ou une sélection, pour orienter ensuite les patients vers les meilleurs soins. Est-ce qu'ils doivent rentrer chez eux ? Est-ce qu'ils doivent rester à l'hôpital ? Dans quels services ? Donc voilà, c'est un petit peu trois modes d'exercice qui sont très proches, mais qui ont des petites différences. Moi, franchement, j'aime les trois. Maintenant, je ne fais pratiquement que de l'anesthésie, mais ce sont trois activités qui sont très complémentaires.
De la diversité se nourrit la complémentarité, justement. J'aimerais revenir sur ce que tu viens de dire.
Vas-y, non, non, je t'écoute.
J'aimerais revenir sur ce que tu viens de dire à propos du patient qui est intégré dans l'équipe. C'est-à-dire que tu avais une vision où le bloc opératoire, le patient et tous les membres qui le composent sont au service du patient, pour le réanimer, pour le soigner. Et maintenant, le patient fait partie du collectif dans le but de chercher tous ensemble un objectif commun ?
En tout cas, c'est… Quand je parlais du lien humain : le management, c'est juste créer du lien humain. Et moi, ce que j'aime, c'est quand les choses ne sont pas forcément si simples. Donc, il y a des émotions, il y a de l'incertitude. Et là, il faut faire avancer le collectif. Et dans le collectif, oui, le patient et même la famille doivent être intégrés. Alors après, il y a une petite nuance, c'est que c'est à nous de prendre le lead, c'est à nous de les emmener vers l'objectif qui nous appartient. Ce n'est pas le patient qui doit nous expliquer ce qui est bien pour lui, c'est l'inverse. Mais on doit le faire avec son adhésion. Donc ce n'est pas pareil de le faire adhérer à un projet que de lui dire « voilà, on va faire ça, merci, au revoir ». Et ça, c'est vrai que j'ai appris en marchant. J'ai fait des erreurs.
Exactement, comme tout le monde. Par rapport au sport, justement, tu parlais de rencontres : tu as mis les pieds dans le RAID, tu n'étais pas destiné à ça, puisque c'est une personne qui t'a repéré à travers le sport. Une rencontre, on en parlait, Amaury de Hauteclocque. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qui s'est passé à ce moment-là et comment tu as été détecté ?
« Détecter », c'est un grand mot, mais c'est exactement ce que tu as dit. En fait, le recrutement des médecins du RAID et le mien, c'était un petit peu la même chose. C'est-à-dire qu'on cherche des profils humains et des compétences techniques. Et il faut les deux. Il faut les compétences techniques, c'est-à-dire les compétences de médecin, l'expérience. Je n'étais pas un jeune médecin quand ils m'ont recruté. J'avais déjà une vraie expérience, aussi bien en anesthésie-réanimation qu'en médecine d'urgence. Et puis, j'avais un profil humain. Alors après, il n'y a pas un profil. Chacun a ses compétences. Mais ce que je veux dire, c'est que c'est indispensable dans le recrutement, parce qu'il faut quelqu'un, homme ou femme, qui soit capable de s'intégrer à un collectif qui a son identité. Et en plus, c'est une identité qui est forte. Donc, il ne faut pas se planter. Donc la part des compétences non techniques, la part en gros de ce qu'on est en tant qu'être humain, est plus importante que les compétences techniques — mais sauf qu'évidemment, il faut les compétences techniques d'abord, et ce qu'on va chercher ensuite, c'est : montre-nous ce que tu as comme qualités humaines, et c'est là où après on se décidera. Donc moi, c'est par le sport, plus que par le parcours professionnel. Et puis après, il y a eu une longue période de réflexion de mon côté et de leur côté. Ça ne se fait pas comme ça : « tiens, j'ai vu la lumière, bonjour ».
J'allais y venir. Cette longue période de réflexion : tu as mis plusieurs mois à hésiter. Qu'est-ce qui t'a fait douter ou hésiter ?
Je voulais que ce soit partagé, d'abord. Je ne voulais pas me précipiter. Et après, quand j'étais en charge des sélections : ceux qui se précipitent, ce ne sont jamais les bons candidats. Moi, je préfère quelqu'un qui prend le temps. Encore une fois, on n'est pas là pour vendre du rêve. Au contraire, c'est un métier qui est dur, qui est exigeant, qui demande un vrai investissement. Donc, il ne faut pas se planter, il ne faut pas se planter sur soi-même. Il ne faut pas juste voir les écussons, ce qu'on pourrait voir à la télé ou dans des séries. Ça, c'est un piège qui est dangereux. Ce temps de réflexion est indispensable. Et en plus, je voulais le partager sur le plan familial.
Quand tu intègres le RAID en 2007, quand tu fais tes premiers pas dans cette unité d'élite, qu'est-ce qui te surprend le plus avec ce regard nouveau ?
Plein de choses. Il y a des choses qui me surprennent. D'abord, je ne suis pas déçu, ça c'est sûr, sur la qualité humaine. C'était la raison de mon choix, c'est-à-dire que je voulais vraiment vivre une aventure humaine. Sur le plan médical, je savais que par rapport à une activité à l'hôpital, notre rôle… Un médecin à l'hôpital, il travaille, il voit des patients, il en voit 20 par jour. Au RAID, des blessés, heureusement, on n'en traite pas 20 par jour. Donc, sur le plan médical, il y a moins d'intérêt. Sur le plan humain, c'est un peu l'inverse. C'est-à-dire qu'il y a une telle richesse humaine, mais avec beaucoup d'exigence. C'est-à-dire que ça ne va pas être que sympa. Ça va être aussi un vrai challenge. Et c'est ça que j'ai aimé. Ça m'a rappelé le rugby, mais poussé encore à un autre niveau. Et donc ça, je n'ai pas été déçu du tout. Après, j'ai été très surpris, parce que j'avais fait mon service militaire, j'avais fait de la réserve. Je connaissais bien un peu, on va dire, l'institution militaire. Et donc, je pensais que le RAID était un peu une institution militaire. Alors au début, je t'aurais dit : mais c'est quoi ce bordel ? Et en fait, c'est un bordel très intelligent, c'est-à-dire qu'on laisse beaucoup d'agilité, d'autonomie à tous les niveaux. Mais quand vous arrivez et que vous ne connaissez pas les codes, ou que vous avez d'autres codes en tête, ça peut surprendre. C'est vrai qu'au début, j'ai été un peu surpris. Je me suis dit : mais qui est-ce qui commande ? Et en fait, j'ai mis un peu de temps à comprendre comment ça fonctionnait. Et évidemment qu'il y a une hiérarchie. Il y a un cadre qui est ultra respecté. Tout le monde connaît par cœur son job. Mais ça laisse place à beaucoup, beaucoup d'autonomie. Ce qui peut, à première vue, faire penser à l'armée mexicaine — ce qui n'est pas du tout le cas. Encore une fois, je m'en méfie, parce que ce n'est pas du tout ça. Mais au tout début, si je suis honnête avec toi, je me suis dit : mais ça manque de rigueur par rapport à ce que je connaissais, par rapport aux idées que je m'étais faites. Et en fait, c'est moi qui me trompais. Il y en a énormément, mais on ne la voit pas de la même manière. C'est que chacun s'impose, est responsable et s'impose sa propre rigueur, dans un cadre qui est commun et qui est partagé. Et c'est ça qui fait la puissance du collectif.
Tu parles de collectif, tu as parlé de rugby. Quelle similitude tu fais entre ce que tu as connu au rugby et l'intégration dans le RAID ?
Il y a énormément de similitudes. On avait une équipe de rugby qui était plus physique que technique, pour être honnête. J'ai même essayé d'écrire des parallèles entre le rugby et le RAID. Ça a été fait d'ailleurs par d'autres. Donc des similitudes, il y en a plein. On a beaucoup d'échanges. Le RAID a la chance d'encadrer la sécurité de l'équipe de France de rugby. Donc il y a beaucoup d'échanges avec le Racing, avec le Stade français, pour ceux qui étaient à Paris, mais ceux qui sont à Toulouse, ceux qui sont à Montpellier… Il y a des connexions entre les équipes et l'antenne du RAID, elle est très forte. Parce qu'on va dire qu'on se comprend. Après, je pense qu'il y a quand même de vraies différences. Le RAID, ce n'est pas du sport. Au niveau auquel j'ai joué, je trouvais qu'au RAID, il y avait encore beaucoup plus d'exigence. On triche encore moins. J'ai connu des équipes de rugby, que ce soit en club, que ce soit en corpo. On connaît tous… Je ne pense pas que ce soit encore vrai dans le très haut niveau, mais les tricheurs, il y en a toujours eu, qui se servent du collectif. Et attention aux tricheurs. Moi, j'ai des super copains qui étaient des tricheurs. Voilà, des mecs qui, on va dire, qui s'échappaient un peu au plaquage, ou à la troisième mi-temps on n'avait pas vécu le même match. Mais ça fait partie du jeu. Au RAID, ça, ce n'est pas possible. Ce n'est pas possible, vous mettez le collectif vraiment en danger. Donc on ne ferait pas jouer un ailier qui ne plaque jamais.
C'est vrai. Maintenant…
Moi, j'ai joué au rugby à une époque où ça arrivait : le pilier qui ne courait pas et l'ailier qui ne plaquait pas, ça se voyait. Maintenant, ça ne se voit plus.
Non, mais je sais, ça, tout change.
Mais je te promets que j'ai connu une époque où, même à bon niveau, j'ai connu des piliers qui n'avaient pas des distances de course phénoménales. Ils étaient tout à fait capables, et puis je le disais clairement. J'ai connu des ailiers dont le rôle, c'était d'aller planter des essais, point. Et ils le faisaient magnifiquement bien. Je pense qu'au RAID, on essayait justement que tout le monde soit engagé avec le même niveau d'exigence au service du collectif — ce qui est l'esprit du rugby. Mais entre chaque club, il y a, comme tu l'as dit, parfois des filous. Au RAID aussi, il y a eu des filous, mais ça peut coûter très cher. Ils sont vite identifiés et l'enjeu n'est pas le même, c'est sûr.
Maintenant, on cherche des joueurs complets. Je pense que c'est le parallèle que tu peux faire aussi avec le RAID de l'époque, où il fallait être complet.
Oui, il faut être complet. Après, chacun avait des spécificités aussi. Donc, on retrouve évidemment des parallèles avec une équipe de rugby.
Quand tu intègres le RAID en tant que médecin, tu fais partie de ce groupe d'intervention. Est-ce que tu fais partie aussi de la colonne d'assaut — pour expliquer un peu comment se déroule une mission ? Est-ce que tu fais partie de ceux qui rentrent dès le début, ou tu es en retrait ?
En fait, ça va dépendre. On est sélectionné, préparé, entraîné pour être totalement intégré à une colonne d'assaut. Donc, le but du médecin, c'est de pouvoir suivre dans toutes les circonstances la colonne d'assaut. Alors, quand je dis ça, il faut bien comprendre que le médecin, il n'est pas en première ligne. Ce n'est pas lui qui porte le bouclier. Non, tu n'es pas avec le bouclier : « bonjour, c'est le docteur ». Mais tu n'es pas non plus à 12 kilomètres à attendre qu'on te dise : « Doc, ça y est, tout est safe, tu peux venir. » Ça, c'est le rôle des pompiers et du SAMU. Le but d'avoir un médecin intégré à une colonne d'assaut, c'est qu'il soit tout de suite disponible pour secourir, pour organiser les secours, pour se coordonner avec les pompiers — mais dans la zone de danger, dans la zone de danger extrême, quel que soit le danger, quelles que soient les difficultés qu'on va rencontrer. Donc il faut s'entraîner à tout un tas de techniques. Après, il faut aussi — il y a une vraie intelligence — c'est-à-dire que le but, ce n'est pas de mettre le médecin n'importe où, n'importe comment. Et donc, parfois, ça arrive souvent, le médecin va être un palier en dessous, le médecin va être derrière un mur porteur. Et ça, chaque situation est un cas d'école. Et on avait créé une doctrine où on avait évoqué tout un tas de situations. Et après, c'est vraiment une intelligence collective pour que le médecin soit très disponible, parfois puisse même faire du renseignement par la voix ou par la radio, mais sans prendre des risques qui mettraient en péril toute l'organisation. Un médecin blessé ou un médecin mort, ça ne sert strictement à rien.
C'est sûr. Tu as le même équipement que tes collègues ?
En protection balistique, oui. On a le même équipement en termes de protection, parce qu'on va être engagé comme eux. Alors, je parle au présent, mais c'est au passé, parce que j'ai quitté. Mais par contre, on n'est pas armé. Et ça, c'est aussi très important. Et moi, j'y tenais beaucoup. Alors, je sais que tout le monde n'était pas d'accord avec moi, et tant mieux. Mais moi, je tenais à ce qu'on soit uniquement concentré sur notre rôle, notre mission. Donc ne pas faire n'importe quoi, et s'entraîner pour évoluer dans un environnement où il y a des armes, où il y a de l'explo, où il y a des risques. Mais notre mission, elle est très claire, elle est de secourir, d'organiser les soins, mais surtout pas de neutraliser la menace. Et ça, on est sous la responsabilité de l'équipe du RAID.
Et avoir les mains libres, dans le sens où tu sais que tu n'as pas d'arme à côté qui peut être prise par la personne blessée aussi : je pense que ça te sort un poids de la tête pour te concentrer.
Ça, c'est bien, tu as une bonne connaissance du sujet. C'est évidemment ça aussi. C'est-à-dire qu'une arme, c'est une énorme contrainte. C'est une responsabilité dingue. Et surtout, ça n'a rien à faire avec notre mission, qui est encore une fois de soigner, et de soigner tout le monde. C'est-à-dire soigner évidemment les policiers, mais soigner les otages et les forcenés ou les terroristes. Donc on soigne tout le monde, et pour ça, on a besoin de nos deux mains, de notre cerveau à 100 %.
Comment tu organises le soin quand la menace n'est pas terminée, sur un terrain hostile, où quelquefois tu te retrouves dans des situations critiques ? Ça doit être complètement différent de ce que tu as connu ailleurs ?
En fait, c'est le même métier. Moi, je dis souvent, quand je bosse dans des entreprises pour expliquer notre métier : on fait le même métier que n'importe quel médecin. On a les mêmes diplômes, il n'y a pas un diplôme spécifique. Par contre, l'adaptation à des contraintes, elle est fondamentalement différente. Et ça, ça demande une vraie formation. En fait, la difficulté, c'est s'adapter à des contraintes. Et chaque site… Quand vous faites du secours en montagne, quand vous faites de la médecine, des opérations de soutien aux forces, quand vous faites du secours routier, quand vous faites au bloc opératoire ou aux urgences : tout ça, c'est différent, c'est des situations différentes. Et évidemment, les attentats sont à chaque fois des situations différentes, avec des contraintes très particulières dans lesquelles il y a plein de choses. Et donc, ça demande une vraie formation pour chaque situation. Celui qui fait du secours en montagne, il ne va pas forcément être médecin au RAID ou médecin auprès des forces armées. On peut, on peut faire les trois, mais il faut se former, il faut s'entraîner pour ces trois situations. Sinon, ça ne marche pas.
Tu parlais de spécificité. Tu as aussi été médecin-chef au RAID, et il me semble que tu as participé à cette doctrine de soutien médical opérationnel. Qu'est-ce qui manquait, selon toi, avant cette doctrine, et en quoi ça consiste ?
Il ne manquait rien, parce que moi, quand je suis arrivé, il y avait déjà — on n'appelait pas ça une doctrine — mais en fait, ce que les médecins du RAID… Mais il y avait ça au GIGN aussi, et il y a ça aussi, par exemple, pour les forces spéciales, dans le monde entier. C'est-à-dire qu'il y a une action d'assaut avec un risque de blessure, et on met un soutien sanitaire. Alors ça peut être un infirmier, ça peut être un auxiliaire, ça peut être un médecin. Ça, chaque organisation a ses spécificités. Mais le rôle, c'est d'être là, les premiers, pour pouvoir porter les premiers secours, les premiers soins en cas de blessure pendant un assaut. Ça, c'est ce qu'on faisait jusqu'en 2012. Et puis en 2012, après l'affaire Merah, quand on est rentré de Toulouse, on s'est dit : attention… C'était Amaury qui était encore le patron du RAID, et on s'est dit : il faut peut-être se projeter sur autre chose, qui sont ce qu'on appelle les tueries de masse maintenant, ou les attentats de masse. On regardait ce qui se faisait aussi dans le monde. Il y avait eu pas mal de tueries aux États-Unis, il y avait eu la Norvège. Moi, je m'étais beaucoup inspiré de ces cas-là. Je ne sais plus s'il y avait eu aussi Bombay. Et donc, on regardait un petit peu tout ce qui existait. Moi, j'étais allé voir pour essayer de voir ce qu'il y avait comme solution spécifique à cette situation, qui n'est pas le soutien d'un assaut, qui est autre chose, qui est l'organisation des secours sous une menace toujours permanente, mais avec de très nombreuses victimes — ce qu'on appelle maintenant les tueries de masse. Et il n'y avait rien. Si je suis honnête, il n'y avait rien, pas grand-chose. En gros, c'était une opération de police ou une opération militaire. Et puis quand c'était terminé, c'était une opération de secours, telle qu'on savait la faire. C'était les plans NOVI, c'était le plan Rouge. Mais tout ça était connu, mais pas intégré l'un dans l'autre. Et le problème, c'est qu'on risquait de perdre du temps sur des blessures qui sont des blessures hémorragiques. Je suis en train de perdre tes auditeurs, parce que c'est très technique.
Mais juste pour qu'ils comprennent.
Tu comprends, tant mieux. Mais je veux justement surtout pas être dans du technique. Ce qu'il faut comprendre, c'est qu'à ce moment-là, en 2012, ça a été notre stratégie, c'est de nous projeter sur des tueries de masse. Donc comment on interviendrait en cas de tuerie de masse ? Et on a eu raison, parce que malheureusement, il y a eu l'Hyper Cacher, puis le Bataclan, puis d'autres. Et puis maintenant, c'est quelque chose qui est utilisé dans le monde entier. On a essayé de réfléchir à comment intégrer un secours dit tactique dans une situation de tuerie de masse, où la menace est toujours présente, mais il y a de très nombreuses victimes.
Et comme tu l'as dit, ça a été prémonitoire, toute cette préparation — et fort heureusement d'un côté, parce que ça a permis, je pense, de pouvoir faire au mieux votre travail dès 2013… comme tu l'as dit, avec le Bataclan, 2015, pardon. Cette doctrine est différente. Comment tu gères le stress, déjà, et comment tu peux soigner dans une tension et dans une crise qui n'est pas encore, comme tu dis, soldée, résolue ? Tu n'as plus ces deux pans, avec la partie opérationnelle et après la partie secours : vraiment, la partie secours va faire partie encore de l'opération qui n'est pas encore terminée.
C'est très simple, la réponse est ultra simple : c'est en se préparant. La seule chose — parce que le stress, on en a tous, c'est la réponse de l'organisme ; la peur, on l'a tous — mais la seule chose qu'on a faite, je pense, de bien, c'est qu'on s'y est préparé. Et on s'y est préparé avec beaucoup d'exigence. C'est des nuits, ça a été vraiment une préparation difficile. Et tant mieux, parce que derrière, ça a été encore pire. Mais si on ne s'était pas préparé, on n'aurait rien fait au Bataclan. Après, se préparer, ça ne veut pas dire… Moi, je dis souvent, les gens confondent se préparer et avoir la solution parfaite. Ce n'est absolument pas ça. Se préparer, ça veut dire se mettre en condition, travailler, avoir la stratégie, le cap, avoir les outils, les process, et puis se préparer humainement pour être prêt à des situations qui, au départ, sont de vraies crises, c'est-à-dire qui sont plus fortes que nous. Mais pour ne pas la subir, il faut justement se préparer, en acceptant… C'est Mike Tyson qui dit toujours : tout le monde a un plan jusqu'à ce qu'il ait pris un coup de poing dans la figure. C'est exactement ça.
C'est intéressant ce que tu dis. Pour Mike Tyson… non, par rapport à la décision, oui, alors aussi, l'analogie est pas mal. Mais comment prendre une bonne décision sous stress ? Est-ce que c'est une décision parfaite, ou est-ce que c'est une décision suffisamment bonne, prise au bon moment ?
Je vais te donner ma définition, mais pour moi, c'est ni l'un ni l'autre. C'est une décision qui va engager le collectif dans l'action. Ce qu'on attend de moi dans des situations comme ça, ce n'est pas de prendre une bonne décision — on n'est pas dans la rationalité du tout. Ce qu'on attend de nous, c'est quelqu'un qui prenne le lead sur une situation qui est chaotique, pour engager, pour mettre en action, pour mettre en mouvement, et pas rester dans l'émotion, l'absence de mouvement. Il faut au contraire être dans l'action, et pour ça, il faut des personnes qui sont capables de mettre en marche le collectif. Et donc, la bonne décision sous stress, ou en tout cas dans des situations extrêmes, c'est la décision qui va engager, qui va rassurer le collectif. Et les vraies leçons du Bataclan, elles sont là. Pour moi, à titre perso. Et on est très loin de la médecine. Pour moi, les vraies leçons du Bataclan, c'est les policiers de la BAC ou du commissariat qui ont fait des trucs auxquels ils n'avaient jamais pensé.
Tu as des exemples ?
Oui, je vais t'en donner un. Ils ont permis l'évacuation de toute la fosse avant la libération des otages et avant l'assaut de la BRI et du RAID. Ça, ça n'avait jamais été fait dans le monde entier, et ils l'ont fait alors qu'ils n'avaient jamais — contrairement à nous — ils n'avaient jamais anticipé ce genre de situation. Ils n'avaient jamais travaillé, ils n'avaient jamais fait d'exercice. Nous, on passait notre temps à nous exercer, à nous entraîner là-dessus. Mais notre rôle, ça a été juste de les guider, de les mettre en action. Et encore une fois, c'est vraiment la puissance collective qui a, pour moi, été la clé. Et les bonnes décisions — on ne parle pas de bonnes décisions, mais les décisions sous stress, c'est des décisions qui permettent justement de mettre en mouvement le collectif. Attention, ça veut dire qu'il faut derrière être capable de vite les corriger. Parce qu'on l'a dit tout à l'heure, moi je ne parle pas de bonne ou de mauvaise décision. Je parle d'une décision qui intègre aussi le risque d'échec. Mais ce n'est pas grave, parce qu'on a mis en mouvement. Et ça, je l'ai vécu. Je l'ai vécu dans plein d'affaires. J'ai vu des policiers du RAID prendre des décisions qui étaient, au moment où ils les ont prises, bonnes dans le sens où elles ont amené une action collective, mais qu'il fallait surtout corriger dans la minute qui suivait. Donc, ça veut dire beaucoup de choses. Ce n'est pas si simple.
Par rapport à ce que tu viens de dire, tu as connu les deux situations, puisque tu es rentré avant ces épisodes de tuerie de masse, où tu étais le médecin qui prenait soin une fois la situation figée — je ne sais plus si on appelle ça comme ça — et la situation où tu soignes pendant l'intervention. J'imagine que ça a été aussi un changement de paradigme complet, de réorganiser peut-être ce qui se passe dans ton cerveau et la prise de décision ?
Non.
Non ? OK.
Non. Parce qu'on s'était préparé. Donc ça s'est fait très naturellement, parce qu'il y avait une confiance mutuelle. Moi, j'avais totalement confiance en chaque policier du RAID, et ils avaient totalement confiance en nous, les médecins — ce qui fait que cette adaptation, elle a été faite en temps réel, avec tout un tas de repères, en gardant un cadre. C'est-à-dire que je n'ai pas fait n'importe quoi, et c'était hors de question d'aller me mettre en danger. Mais néanmoins, c'était une situation qu'on n'avait jamais connue, donc il fallait se transformer. Mais ça n'a pas demandé… il n'y a pas eu un déclic en disant « mince, avant on faisait comme ça, et maintenant on va faire comme ça, et donc est-ce que c'est bien ou pas bien ? ». On avait énormément préparé ce genre de situation, même si ça ne correspondait pas à la réalité. Et on avait emmagasiné toute cette confiance mutuelle qui nous a permis de nous transformer tous. Et après, on en a tiré beaucoup d'enseignements. C'est après qu'on a ce que tu viens de dire, qui n'est pas faux, mais ça a été surtout une analyse — qu'on appelle les RETEX ou les REX — a posteriori, en disant : bon ben voilà, quelles ont été nos actions, qu'est-ce qu'on a fait de bien, qu'est-ce qu'on a fait de moins bien, qu'est-ce qu'on doit améliorer. C'est ça, le but du RETEX. Évidemment que la doctrine a énormément évolué après 2015, et puis les années d'après, où on a fait énormément d'exercices, on a eu d'autres situations difficiles. Et donc après, à chaque fois, on disait : bon, attention, il faut continuer à travailler là-dessus. Alors le triage, la coordination, les brancards, tout y est passé.
L'entraînement permet de rester lucide quand le corps panique ou est en état d'alerte ? Tout se joue dans l'entraînement ?
Tout se joue dans la préparation. Dans la préparation, je ne mets pas que l'entraînement. Il y a la sélection, il y a la cohésion, l'exigence humaine qu'on partage, qui est source de confiance. Donc la préparation, pour moi, elle va bien au-delà du simple entraînement. Si on reprend le parallèle avec le rugby.
Tu as connu le Bataclan, tu en as parlé, avec la partie triage. J'ai écouté des interviews, des témoignages aussi sur cette période-là. En quoi consiste le triage dans cette situation-là ? Qu'est-ce que tu as ressenti, de par la quantité de victimes et ce qu'elles te témoignaient de ce besoin de soutien et d'aide immédiate ? Comment tu prends ce recul — enfin, si jamais c'est possible, cette distance par rapport à ça ?
D'abord, moi, je ne parle pas de triage, je parle de priorisation.
D'accord. Je croyais que c'était le terme que tu venais d'employer, c'est pour ça, pardon.
Oui, oui, parce que… on va dire, sur certaines chaînes de télé ou d'info, ils parlent de ça maintenant. Et puis, c'est le terme utilisé en médecine de catastrophe, en médecine militaire. Moi, le mot me dérange. Je préfère parler de priorisation. Ça permet de mieux expliquer l'objectif. L'objectif, c'est que tout le monde sorte, ou que tout le monde soit traité, ou que tout le monde soit pris en charge. Ce n'est pas « tiens, je vais décider qu'un tel ne sera pas pris en charge et d'autres seront pris en charge ». Ça, ce n'est pas du tout la réalité. Après, comment ça se passe sur le terrain, je suis toujours un peu pudique là-dessus, parce que — non pas que je ne veux pas en parler, mais — ce sont des décisions qui sont difficiles, mais qui reposent sur beaucoup d'expérience en tant que médecin. C'est très humain, à condition que derrière, il y ait beaucoup de travail, il y ait beaucoup de relations avec des patients qui souffrent, des patients blessés. C'est ce qui permet ensuite de le faire dans des conditions dramatiques, avec de l'humanité. On n'est pas des robots, il ne faut surtout pas penser ça. Or, on pourrait le penser, si on l'explique mal, pour une décision un peu déshumanisée. Je refuse, en tout cas, moi, ce n'est pas du tout comme ça que je l'ai vécu. Après, j'aurais été incapable de le faire jeune médecin. Ça donne un peu une idée de la difficulté que ça peut représenter. Les deux médecins du RAID dans le Bataclan, on avait vécu, comme on dit, on avait un peu d'expérience — pour ne pas dire beaucoup. Et c'est ce qui a fait qu'on a pu prioriser très vite. En fait, il faut être très déterminé, il faut décider vite et fort. Mais encore une fois, c'est très humain. C'est un regard, c'est un mot et c'est une décision.
Pour les personnes qui ne connaissent pas, du moins, comment se passe la priorisation ?
Peu de gens connaissent.
Eh bien, c'est pour ça. Et je trouve que le mot est plus à propos que le triage, ne serait-ce que dans la sémantique. Comment se passe la priorisation dans une situation de crise ?
Encore une fois, je ne vais pas rentrer dans des détails qui sont trop techniques. Ce que je peux dire, c'est qu'on avait, nous, simplifié — c'est des choses qu'on avait fait évoluer depuis 2012 — parce qu'il y a plusieurs manières de prioriser en fonction de là où on se trouve. La priorisation faite par les médecins tactiques au RAID ne correspond pas du tout à la priorisation qui sera faite par les premiers pompiers ou les premiers secouristes, qui ne correspond pas à la priorisation qui sera faite par les premiers médecins urgentistes, et qui ne correspond pas du tout à la priorisation qui sera faite ensuite à l'accueil, au déchocage ou au bloc opératoire. Chaque priorisation doit correspondre à un objectif qui diffère en fonction du temps. Plus on va s'éloigner du cœur du danger, plus ça va devenir médical : qui doit passer au bloc, dans quel ordre. Ça, ce n'est pas mon problème quand je suis au Bataclan, tu comprends bien. Moi, mon problème quand je suis au Bataclan, c'est que tout le monde doit sortir, et vite. Et pour que tout le monde sorte et vite, parce qu'encore une fois, quand on est à l'intérieur, tout peut exploser, les tirs peuvent reprendre, la menace est toujours là — c'est pour ça qu'on s'engage. Et donc notre priorisation doit être faite pour que tous ceux qui sont encore vivants sortent le plus vite possible. Et ce qui compte, c'est le temps global. Ce n'est pas juste un individu, c'est tous les individus. Et pour faire ça, on a regardé ce qui existait à l'OTAN, chez les militaires, en médecine de catastrophe. Et on l'a testé, on a tout testé. Et on s'est aperçu, avec les policiers du RAID, que la catégorisation en fonction de critères trop médicaux, on perdait du temps. Le pouls, le truc, le machin : on perdait du temps sur l'évacuation globale d'une zone, qui est une zone — encore une fois — qui est parfois restreinte mais qui peut être très longue, où la problématique n'est pas de transformer cette zone-là en hôpital, elle est de la faire évacuer vite, très très vite, par tous ceux qui pourraient être à nouveau blessés, ou qui de toute façon, parce qu'ils sont blessés, seront mieux dehors. Le blessé, de toute façon, il n'a rien à faire à l'intérieur. Il faut vite l'évacuer pour qu'il soit ensuite — ça demande une coordination — qu'il soit pris en compte par les pompiers et le SAMU, et puis évacué vers le bloc opératoire. C'est ça qui sauve des vies. C'est cette coordination entre nous. Et moi, mon périmètre, dans la zone rouge, la zone d'exclusion, la zone qui est en tout cas interdite aux secours : mon objectif, c'est tout le monde dehors. Après, ils seront soignés. Ça ne veut pas dire qu'on ne fera rien, nous. Mais, encore une fois, la priorisation, elle est faite pour que tout le monde sorte vite. Et donc on avait fait évoluer, en demandant : la première chose, c'est tous ceux qui peuvent marcher, tous ceux qui sont valides même s'ils sont blessés, ils doivent sortir en premier. Avant, on sortait d'abord, on s'occupait d'abord des graves ; il y avait différents critères, mais on va dire que la priorité, c'était d'abord la gravité de la blessure. Et nous, encore une fois, c'est en avançant avec les policiers — qui ne sont pas médecins, qui ne sont pas infirmiers, certains sont secouristes — mais ils nous disaient : non, là, on perd du temps. On le voyait en exercice. Et donc, on a fait évoluer notre priorisation. Par exemple, les Anglais ont beaucoup travaillé là-dessus depuis, ont repris ce qu'on avait fait, et après, chacun y va de son nom. Le but, c'est, encore une fois, c'est d'être rapide. Mais j'insiste : ce n'est pas faire n'importe quoi, et ce n'est pas être des robots.
Tout à fait. C'est respecter ce qui a été appris et toute l'expérience que vous avez engrangée en amont aussi.
C'est surtout respecter l'humain.
Bien sûr.
En fait, c'est très… ça paraît froid et dur, mais encore une fois, c'est grâce à l'expérience qu'on a acquise en amont qu'on peut l'humaniser.
Dans cet épisode de la première tuerie de masse, comme tu dis, au Bataclan, quelle sensation, qu'est-ce qui te reste ? Est-ce que c'est le brouhaha ? Est-ce que c'est les gestes ? Est-ce que c'est le noir absolu ?
Non, en fait — je te parle de moi, je ne parlerai pas au nom de mes camarades — mais moi, je me souviens d'avoir eu peur juste avant de rentrer dans le Bataclan. Ça a duré 10 secondes. Et après, on transforme cette peur en action. Et après, une fois que j'étais à l'intérieur, là, je suis tellement concentré sur ce qu'on a à faire, il y a tellement de choses à faire, que j'ai complètement fait abstraction de tout ce que tu viens de citer. Alors, je ne dis pas que ça n'existait pas. Je suis sûr qu'on n'était pas dans le noir complet, mais ce n'était pas non plus comme en plein jour. Après, de tout ce que j'ai pu entendre, honnêtement, je me souviens des visages, je me souviens de conversations, de mots échangés plutôt que de conversations. Je me souviens des policiers. Voilà, mais tout ce qui allait être des parasites émotionnels, des parasites dans mon cap, parce que je dois agir… Je me suis un peu mis dans une espèce de bulle sensorielle pour être totalement concentré sur la mission. Donc ça m'a complètement échappé, tout l'environnement autour.
Comment tu arrives, de ton expérience à toi, à te couper de ça, à faire abstraction de ça, et à pouvoir rester concentré sans te couper justement de ton humanité ?
Non, je ne suis pas… En fait, je suis concentré à 100 % — parce qu'on ne peut pas faire plus — sur notre mission, avec la dimension humaine. Oui, j'ai vu des gens qui souffraient, évidemment, mais ce n'était pas la première fois que je voyais des gens qui souffraient, je suis honnête avec toi. Des gens qui avaient peur, ce n'était pas la première fois non plus. Après, ben oui, dans ces conditions-là, c'était la première fois.
Quand vous rentrez de mission, tu parlais beaucoup de REX, de RETEX, c'est quelque chose qui se fait énormément, ces retours d'expérience, et se nourrir de ce qui s'est passé pour se perfectionner et changer la façon de faire éventuellement. Comment tu as vécu ce retour d'expérience et cet événement-là ? Est-ce que ça vous a marqué plus que d'habitude ?
Non, ça a été plus compliqué à faire que d'habitude, parce qu'il y avait tellement d'éléments, donc ça nous a pris plus de temps. Mais c'était indispensable. Mais ça, c'est quelque chose, encore une fois, que j'ai appris au RAID : c'est que le RETEX, ou le debriefing, puis les RETEX, c'est quelque chose d'indispensable qui sous-tend toute notre organisation. Il n'y a pas une mission, il n'y a pas un exercice qui n'est pas débriefé, qui ne fait pas l'objet d'un RETEX. Il n'y avait rien de nouveau. Après, oui, vu l'intensité, vu la complexité, en tout cas pour nous, pour le côté secours, ça nous a pris beaucoup de temps pour essayer de le faire de la manière la plus objective et juste possible. C'est le but d'un RETEX honnête, si tu veux : de ne pas s'inventer des vies, c'est important. Et puis après, de le partager. Alors là, ça a été aussi pas simple, parce que ça a pris des années. Moi, j'ai beaucoup partagé à l'étranger, beaucoup plus qu'en France d'ailleurs.
Tu as parlé des échanges qui se faisaient à l'international et au niveau des forces d'intervention. Au Bataclan, vous êtes intervenus avec la BRI. Comment se font les échanges, que ce soit au niveau national, avec les forces spéciales, la BRI, le GIGN notamment, ou à l'extérieur, avec les autres forces d'intervention des autres pays ?
Ces échanges sont absolument indispensables. Des cas comme le Bataclan, heureusement, ils sont tellement rares qu'ils doivent être partagés au niveau national, mais aussi au niveau international. Je vais être honnête avec toi, j'ai beaucoup plus de facilité à communiquer à l'étranger qu'en France, pour plein de raisons. Mais néanmoins, oui, évidemment, en particulier avec le GIGN : de bons contacts avec les médecins du GIGN. Donc oui, on se voyait régulièrement et on échangeait régulièrement pour, peut-être pas pour tout partager, mais en tout cas pour qu'ils profitent de ce qu'on avait vécu.
Est-ce qu'il existe un moment — c'est une question très personnelle et il n'y a pas de bonne réponse — mais est-ce qu'il existe un moment où on se rend compte qu'on ne reviendra jamais complètement à la personne que l'on était avant ? Que toutes ces expériences, toutes ces interventions te forgent un caractère, une façon d'être peut-être différente ?
C'est toute la vie qui est comme ça. Chaque jour, on apprend et on avance, et on ne sera pas le même demain qu'hier. C'est sûr que le passage au RAID, et puis évidemment des situations aussi dramatiques le 13 novembre… On grandit beaucoup.
J'imagine qu'il y a une importance fondamentale sur les piliers de la vie, comme on aime les appeler parfois, que ce soit le sport, les collègues, les amis, la famille. Tu as conscience de cela, j'imagine aussi.
C'est-à-dire par rapport à moi ?
Oui, par rapport à toi.
Je n'ai pas compris.
Qu'est-ce qui t'aide à rester debout, quelque part ? Entre le sport, la famille, les amis, les collègues : avoir des sas ?
Ce qui est sûr, c'est que c'est des métiers où il faut savoir prendre soin de soi. En plus, c'est des métiers où il faut tenir dans la durée. Il faut savoir se remettre des coups qu'on a pris. On parlait de Mike Tyson : un coup de poing de Mike Tyson, ce n'est pas très agréable. Il faut savoir se soigner derrière, c'est-à-dire prendre soin de soi. Et alors là, le RAID est déjà un très bon moyen, parce que la force du collectif, c'est évidemment de t'accompagner dans la préparation, mais aussi de t'accompagner dans l'après. Donc là, tous les moyens sont bons, mais le partage collectif — ce n'est même pas qu'il nous aide, mais il fait qu'on est reparti tout de suite sur autre chose. Le Bataclan est une mission comme il y en a eu plein d'autres, sur laquelle évidemment, ça a marqué l'unité, ça nous a marqués, mais pas dans le sens de marquer un arrêt : c'est marquer un nouveau départ. Et ça, c'est un peu la vie du service, la vie de chacun d'entre nous. Et après, chacun a son moyen d'avoir des sas, comme tu l'as dit. Moi, je crois beaucoup aux vertus du sport. Alors moi, c'est plus la montagne maintenant que le sport. Alors c'est le sport en montagne, mais c'est surtout… Il y a toujours le lien avec le sport, mais il y a un ancrage avec la nature et avec la montagne en particulier. Je sais que les moments où, pour plein de raisons, je n'étais pas bien, j'étais fatigué, c'était un peu dur, c'est en allant marcher, en allant faire du ski de rando, n'importe quelle activité en montagne. L'escalade, c'est un peu plus dur seul. Mais voilà, c'est vraiment en montagne que ça doit, pour moi, que ça se passe. Maintenant, par rapport au rugby ou par rapport à la famille, évidemment. Mais quand je ne suis vraiment pas bien, moi, c'est en montagne que je vais chercher la bonne énergie.
Écoute, bienvenue dans le Sud-Ouest !
Sinon, je fais chier ma famille. Oui, je connais plus les Alpes que les Pyrénées, mais ça m'est arrivé quand même de venir plusieurs fois dans les Pyrénées. Je n'ai pas eu de chance avec le temps, par contre, à chaque fois.
Ce n'est pas vert pour rien.
C'est exactement ce que je dis à ceux qui ne connaissent pas les Pyrénées.
Tu parlais de ta famille. Comment tu arrives à protéger ton entourage et à faire une coupure avec le métier ? C'est ça, être un peu médecin urgentiste aussi, parce que j'imagine qu'en tant que réanimateur, tu as dû…
Ouais, mais en fait, moi, je ne parle jamais de mon boulot.
Ah.
Bien sûr. Enfin, je n'en parle pas, c'est-à-dire que je ne cache rien, mais j'essaye, en famille en particulier, de… Enfin, chacun bosse. Les enfants, ils ont leurs problèmes, ils ont leur vie, ils n'en ont rien à secouer de ce que fait papa. Après, on peut en parler, s'ils veulent, on en parle. Mon bouquin, ils l'ont, je crois, dédicacé. Je ne sais pas s'ils l'ont lu, il y a un mot pour eux dedans. Ça n'a jamais été une question. Et je crois beaucoup… Il ne faut pas se prendre plus au sérieux que ça. Et surtout, la vie perso, elle n'est pas faite pour être une projection de la vie pro. Parce que là, ça devient compliqué. En tout cas, moi, c'est mon point de vue.
Oui, complètement. Tu as arrêté le RAID en 2021. Est-ce qu'en partant, il y a quelque chose que tu as dû désapprendre de toi, apprendre à vivre normalement ?
Je ne suis pas sûr d'avoir désappris, mais ta question est très bonne. Je vais la méditer. Parce que oui, je la comprends très bien, et encore une fois, elle est cinglante, mais bonne. Il y a des choses à désapprendre. La vie en entreprise, ce n'est pas la vie au RAID. La vie à l'hôpital, ce n'est pas la vie au RAID. Il y a du bon, il y a du moins bon, mais tu ne peux pas avoir la même exigence à l'hôpital que tu avais au RAID, si je fais court. Ce n'est pas du tout l'adrénaline, tout ça, moi je m'en fous. Je vais me calmer en montagne, ça me suffit. Mais en revanche, l'exigence humaine partagée, avec une forme d'honnêteté qui était dure… C'était dur. Quand je dis exigence, il y en a quelques-uns… On ne se repose jamais, ce n'est jamais assez bien, on se dit les choses, on se dit tout. Il y a une vraie honnêteté humaine dans cette unité, et ça, tu peux… Même si j'en rêverais — je ne suis même pas sûr que j'en rêverais, d'ailleurs — mais c'est sûr qu'à l'hôpital, ce n'est pas pareil. Il faut l'accepter. Donc oui, il y a plein de choses qu'il faut que je désapprenne.
J'imagine que ça doit être difficile de tourner la page. Certains sportifs qu'on interviewe parlent de petite mort.
Je n'en suis pas là.
Une carrière de haut niveau, parce que tu as un esprit de corps qui est très fort aussi, j'imagine. Quand tu quittes tout ça, est-ce que tu as l'impression de quitter une famille, ou de simplement quitter une corporation ?
Tu quittes quelque chose qui t'est très cher, qui t'a beaucoup nourri, donc c'est dur. Ce n'est pas un départ qui est facile. En plus, moi, je ne suis pas parti dans de bonnes conditions, donc ce n'est pas un départ facile. Mais c'est un départ presque indispensable. Et puis il ne faut surtout pas se retourner trop en arrière. Mais je ne suis pas du tout au stade de la petite mort.
Tu as souhaité créer Hot Zone Rescue. On va en parler un petit peu, avec cette volonté de transmettre ce que tu as vécu, de conseiller, et de pouvoir apporter justement à d'autres et au public civil certaines clés, certaines méthodes. Est-ce que tu peux nous expliquer ce qu'est Hot Zone Rescue ?
C'est une boîte de conseil. Et dedans, je partage avec aussi bien des gens très opérationnels — donc policiers, négociateurs, médecins — mais aussi avec des gens qui sont plus des académiques, plus des profils de chercheurs. Moi, je crois beaucoup à cette mixité qui nous enrichit. Parce qu'on a une expérience opérationnelle qui est très riche, mais ce n'est pas pour ça qu'on a la vérité absolue, et encore moins la capacité à la transposer à d'autres univers, en particulier à l'entreprise — on pourrait aussi imaginer l'école. Et tout ça demande un vrai travail, sur lequel, évidemment, l'aide de gens plus académiques est intéressante, parce que ça évite de bomber le torse : « c'est parce qu'on a fait ça, c'est forcément la vérité absolue, et vous, dans l'entreprise, il faut que vous fassiez comme ça. » Ça, c'est se planter complètement. Ce n'est pas du tout le message qu'avec Hot Zone, on transmet. C'est de dire : voilà comment on était préparé, voilà les difficultés qu'on a rencontrées, voilà comment on a évolué dans un univers à risque, dans des prises de décision qui étaient difficiles, dans la performance collective, ou la transformation si tu préfères. Quels sont ensuite les enseignements qu'on en a tirés ? Tout ça, ce sont des choses qui sont tout à fait transposables à n'importe quel type d'entreprise — notre vécu, que ce soit à l'hôpital ou que ce soit au RAID. Et c'est ça qui m'intéresse. Moi, c'est vraiment la transmission qui m'intéresse, plus que… Je pense qu'on a un vécu humain qui est riche, et si c'est pour le garder pour soi, ça n'a pas beaucoup d'intérêt. Donc, après, comment le transmettre : ça, ce n'est pas si simple.
Qu'est-ce que, selon toi — ton vécu et les partages que tu as pu faire — les dirigeants comprennent mal en gestion de crise, par exemple ?
Ils comprennent tout, ils comprennent tout. Après, il faut leur expliquer. Parfois le problème, c'est qu'il y a quelques dirigeants… mais il faut casser le moule. Moi, je n'ai pas un moule, c'est-à-dire que je n'ai aucune certitude par rapport à la gestion de crise. Je sais qu'on a été performants au Bataclan. Mais je sais aussi qu'il n'y a pas une vérité, il n'y a pas une méthode. Et malheureusement, on est dans un monde où on a un statut, on a un process, et ça tient quoi qu'il arrive. Et ça, moi, ce n'est pas mon référentiel. Donc, il faut déjà qu'on arrive à se comprendre là-dessus, un peu casser la glace. Qu'ils se disent : en effet, ce que m'apportent Matthieu et ses collègues, ce n'est pas une remise en question fondamentale de ce que je suis, mais c'est une ouverture sur des vérités qui m'obligent aussi à dire que c'est bien d'avoir des méthodes, c'est bien d'avoir un statut, mais de temps en temps, il faudrait peut-être que je puisse évoluer sur autre chose. Et la crise, c'est une opportunité justement de tester ça. C'est un peu ça qu'on travaille. On peut le travailler sous forme d'exercice. Malheureusement, les entreprises sont toutes… on parle de permacrise, ça ne veut rien dire, mais c'est vrai que le sujet parle à tout le monde. C'est-à-dire qu'il suffit de regarder l'actualité : tout le monde sait qu'on n'est plus dans un monde linéaire où le business plan à 5 ans, il est fait, terminé, on est tranquille pendant 5 ans.
Ce côté figé des organisations, ça peut être aussi un frein, comme tu l'évoques ?
Non, non. Le seul frein — mais encore une fois, ce n'est pas un frein. Parfois, il faut juste qu'on réaligne les planètes. Ce que je partage du RAID, c'est en tout cas que les statuts, les process qui valent quelle que soit la situation, on n'y croit pas, parce qu'on l'a vécu. Et c'est ça qu'on transpose à l'entreprise, avec une intensité qui sera différente. Chaque organisation est différente. Évidemment, la force du RAID, c'est d'avoir une sélection qui est très exigeante dès le début, ce qui fait que vous choisissez quand même un petit peu les gens avec qui vous allez travailler, et donc vous leur accordez plus facilement la confiance. Ça ne veut pas dire que vous leur accordez gratuitement la confiance, pas du tout ça. L'entreprise, évidemment, cette sélection, parfois, elle ne repose que sur des diplômes, sur des CV. Et on sait qu'à l'épreuve de la vie, parfois, encore une fois, il y a les qualités techniques, mais est-ce qu'il y a les qualités humaines ? Mais encore une fois, maintenant, je commence à avoir vraiment l'expérience de l'entreprise : il n'y a pas de blocage. Je n'ai jamais vu de blocage. J'ai vu parfois des dirigeants qui me disaient : « ouais, mais bon, c'est le RAID ». Je dis : mais ouais, mais moi, tu sais, j'ai essayé de transposer ça aussi à l'hôpital. Donc, ce que tu me dis, je le comprends parfaitement, parce que l'hôpital, ce n'est pas le RAID. Mais je suis convaincu qu'il y a beaucoup de choses qui sont transposables, mais dans les deux sens. Le RAID ou le GIGN, ce n'est pas l'alpha et l'oméga de tout. Il y a des trucs qui dysfonctionnent. Donc l'apprentissage, il peut aller dans les deux sens.
De par tes enseignements, ton expérience et également ton vécu, qu'est-ce que tu aimerais que les décideurs apprennent plus tôt ? S'il y avait une chose qui revient souvent ?
Ce qui revient souvent dans les conférences, quand on fait des jeux de crise, des mises en situation — pour moi, il y a deux choses. Il y a deux choses essentielles. En tout cas, je pense qu'il y en a trois. Et c'est ce que me font remonter la plupart des dirigeants ou des collaborateurs avec qui j'ai la chance d'échanger. C'est la maîtrise du temps. On confond souvent l'urgence, le stress, la crise. On confond précipitation et efficacité. Et ça, c'est la notion du temps. On insiste beaucoup là-dessus à travers les conférences, à travers les exercices qu'on monte. La deuxième, c'est l'importance du collectif. La force, elle vient dans le collectif et non pas dans une association d'individus — bon décideur, bon manager, bon machin. Ça ne tient pas à l'épreuve de la crise. Et puis le troisième point — il y en a d'autres, mais les trois qui reviennent le plus souvent — c'est l'importance de l'après : savoir tirer des enseignements, accepter l'échec et repartir sur une dynamique qui va au contraire renforcer le lien de confiance qu'on a au sein d'une équipe. Moi, s'il y avait trois leviers, ce serait ces trois-là.
Est-ce qu'il y a des réflexes simples que tu peux nous partager ? Simples mais pas simplistes, quand j'ai dit le mot simple — pour éviter qu'une équipe ne se désorganise quand tout s'accélère.
Il n'y a rien de simple. Il y a l'honnêteté humaine et l'importance d'une préparation. Donc ce n'est pas compliqué, ça demande un investissement, oui, parce qu'on parle d'humain. Mais par contre, il ne faut pas tricher. Et c'est là où ça devient un peu plus complexe. Ralentir : c'est tout bête. Et puis souvent, quand tu le dis, les gens disent : bien sûr, c'est évident. Sauf qu'on est tous poussés à faire l'inverse. Donc après, à travers des mises en situation, à travers des témoignages… Ce qui est drôle, c'est qu'en fait, c'est du pragmatisme un peu bête, tout le monde te dit « c'est évident ». On fait une mise en situation et on fait tout le contraire. C'est évident, mais malheureusement, nos propres émotions nous poussent à faire l'inverse de ce qu'on sait, pour nous et pour notre collectif. Donc ça, il faut le travailler. Ça se travaille. Et dans le travail, à se connaître soi-même, et savoir compter aussi sur les autres. Il y a plein de trucs, et encore une fois, je n'ai pas fini d'apprendre, d'abord ; et puis ce que je dis maintenant, je ne l'aurais jamais dit quand j'étais jeune médecin, à 25 ans ou à 30 ans.
De par tes engagements dans différentes structures, on voit ton envie de transmission. Tu l'as également fait à travers un livre que tu as écrit il y a quelques années, Médecin du RAID : vivre en état d'urgence, que vous pouvez retrouver aux éditions — je crois que c'est Albin Michel, il me semble.
Oui.
On mettra le lien de toute façon. Pourquoi est-ce que tu as ressenti ce besoin de raconter ?
Ce qui est drôle — c'est une info que je te donne — c'est que je suis en train d'écrire un deuxième bouquin, mais qui sera vraiment différent du premier.
Qui sortira quand ?
Pour l'instant, j'ai bien bossé, mais je n'en suis pas encore au travail d'édition et à la sortie. Mais ce qui est sûr, c'est que je vais aller au bout. Donc je ne vais pas te donner de date. Et pour le premier, ce qui m'a motivé… Alors, ça faisait quelque temps que je voulais écrire sur le regard d'un médecin, donc le regard que je pensais humain sur les hommes du RAID — parce qu'il y a peu de femmes, malheureusement. Mais en fait, je me disais : tiens, le regard du médecin, ça pourrait être une accroche. Je me souviens, j'étais allé faire un trail avec des copains, et dans la voiture, j'avais dit : tiens, j'aimerais bien faire ça. Ils m'avaient dit : vas-y, fais. J'avais noté des trucs sur des papiers, mais sans conviction. Et puis après le Bataclan, un jour, en dînant avec la cousine de mon ex-femme qui était dans l'édition… On parle du Bataclan, on parle des gens qui racontent n'importe quoi, on parle un peu de ce qui s'est passé. Et puis elle me dit : écoute, pourquoi tu n'écrirais pas ? Et puis moi je lui dis : franchement, je n'ai pas envie, je n'ai pas que ça à faire. Et puis elle me relance, elle me dit : écoute, tu sais quoi, écris 20 pages, et moi après, je m'en charge. Et c'est exactement ce qui s'est passé. Donc j'ai écrit 20 pages quasiment dans la nuit. Et l'idée, la motivation, c'était — parce que ça n'a pas été compris par tout le monde — la vraie motivation, c'était de dire la vérité. C'est-à-dire que j'entendais tout et n'importe quoi, mais vraiment tout et n'importe quoi. Et c'était le médecin qui parlait, qui se disait : par rapport à la mort, par rapport à la blessure, par rapport à ce qui s'est passé, comment des familles, comment des victimes peuvent comprendre, peuvent s'en remettre, peuvent se reconstruire, si d'emblée on part sur du grand n'importe quoi. Et donc, la motivation qui a été la mienne au début… Après, je me souviens très bien, j'avais une discussion avec des commissaires de police qui m'avaient dit : nous, les policiers qui étaient avec vous sur les trottoirs, dans le Bataclan, on ne leur a même pas dit si ce qu'ils avaient fait était bien, pas bien, si ceci, si cela. Et ça a encore trotté dans ma tête, en me disant : mais ce n'est pas possible. Il faut qu'on explique ce qui s'est passé en termes de secours dans le Bataclan — pas à l'extérieur, dans le Bataclan. Et donc la motivation, elle était celle-là. Après, est-ce que ça m'a fait du bien ? Certainement, parce que j'ai adoré l'exercice. Mais je ne l'ai pas écrit parce que j'en avais besoin pour mon bien-être perso. Alors si ça se trouve, un psychiatre dira sûrement « oui, machin et tout ». Je m'en fous, je sais pourquoi je l'ai écrit. Et oui, alors après, là où peut-être je te rejoins, c'est qu'évidemment j'ai aimé l'exercice, et ça fait du bien d'écrire.
Tu dis que tu as fait ça notamment pour contrer certaines aberrations que tu as entendues, parce qu'on dit tout et son contraire. Qu'est-ce qui t'a le plus marqué parmi les fake news, les mensonges que tu as entendus à l'époque ?
Je vais être direct : je me fous de ce qui est raconté. Moi, ce qui m'intéressait, c'est d'essayer de donner une vérité qui soit… Pareil, il y en a qui vont me dire que je raconte n'importe quoi, je l'ai déjà entendu d'ailleurs. Je pense avoir été le plus objectif possible. Après, il y a un truc qui est sûr, c'est qu'on a tous eu… C'était tellement extrême qu'il y a un flou visuel obligatoire. Et c'est l'intérêt des RETEX : c'est d'essayer de voir, tiens, t'as vu quoi, t'as fait quoi. Et même avec l'autre médecin du RAID, il y a des trucs sur lesquels on n'est pas d'accord. Alors, ce sont des tout petits détails. Mais ce que je veux dire, c'est qu'il n'y a pas une vérité. Dans mon livre, j'essaye de raconter ma vision de cette nuit-là, qui est ma vérité. J'accepte qu'on dise : « non, moi, j'ai vu ça, je n'ai pas pensé ça, je n'ai pas fait ça ». C'est propre à chaque situation un peu chaotique comme celle-là. Et pour en avoir parlé avec des gens qui ont vécu d'autres situations absolument exceptionnelles, c'est vrai partout et dans le monde entier. Donc, voilà, c'est propre à ce qu'est une scène de chaos comme celle-là. Après, oui, malheureusement, on racontait n'importe quoi, mais ce n'est pas grave, c'est leur problème.
Qu'est-ce que la médecine d'urgence t'a appris sur la fragilité humaine que tu n'aurais appris nulle part ailleurs ?
Que les émotions, il fallait savoir bien les utiliser. Elles étaient bonnes si on savait les utiliser. Et donc il y a tout un travail — ça aussi, je le partage facilement dans l'entreprise — mais moi, je ne suis pas du tout dans le déni de l'émotion. Évidemment que c'est une prise de risque, parce que les émotions… personne n'est infaillible, ça c'est une règle absolue. Mais elles peuvent être, au contraire — c'est ce que j'ai appris en médecine, c'est ce que j'ai appris au RAID — l'émotion peut être un énorme levier d'efficacité collective. Et donc là aussi, ça se travaille, et surtout pas seul.
Tu vis depuis longtemps dans un milieu rempli d'incertitudes, si je puis dire ainsi. Comment on peut s'y préparer ? Pour pouvoir partager un peu ton expérience et apprendre à ne pas la nier et à faire face avec ça.
Alors, on ne se connaît pas assez, mais alors je ne la nie pas du tout, parce que moi… Je suis devenu… J'ai peut-être un problème là-dessus. C'est-à-dire que maintenant, j'aime l'incertitude, entre guillemets. À l'inverse, c'est plutôt que la certitude m'emmerde, plutôt que j'aime l'incertitude. Et donc, mes proches…
Tant mieux d'un côté, vu ton parcours.
Oui, sauf que mes proches, ils fatiguent. Tu vois, mes enfants, ma compagne — alors ils ne le disent pas, mais si tu leur demandes, ils vont dire : ouais, alors c'est sûr que dans l'incertitude, il ne bouge pas, mais c'est fatigant. Tu ne peux pas vivre en permanence dans l'incertitude, et je le fais. C'est-à-dire que les vacances de la semaine dernière, je ne les avais pas encore prévues. Voilà, c'est à peu près ce niveau-là d'incertitude. Et honnêtement, si je suis honnête, ce n'est pas bon. Ce n'est pas bon, ce n'est pas bon. Et ça… Tu parlais tout à l'heure de qu'est-ce qu'il faut lâcher après avoir quitté le RAID : je pense que ça, il faudrait vraiment que j'arrive à le lâcher et à reprendre un peu plus. Parce qu'avant, je n'étais pas comme ça. J'étais capable d'évoluer dans l'incertitude, mais pas à ce point, et pas au point d'en faire maintenant presque un modèle de vie — et surtout de l'imposer. Là où ça devient complètement débile, c'est de l'imposer à ses proches.
Pour trouver un équilibre, qu'est-ce que tu aimerais partager ?
Je retourne en montagne.
Tu retournes en montagne, voilà.
Quand je saoule tout le monde, je retourne en montagne, seul ou avec quelques copains. Et puis là, c'est bien, parce que la montagne, c'est quand même l'incertitude. Il faut l'accepter aussi.
Tu as parlé pendant cette interview de beaucoup d'émotions, de partage, de ressentis et d'humain. Est-ce que l'on peut être très exigeant sans perdre l'empathie que l'on a ?
Ah mais je crois fondamentalement qu'au contraire, c'est tout de même très lié, parce que l'exigence apporte de la confiance, de la confiance en soi. Et la confiance en soi, elle est indispensable pour être empathique — en tout cas empathique face à des gens en difficulté. Moi, c'est ce que je connais, c'est mon métier. Et l'empathie, c'est souvent — encore une fois, dans l'entreprise, j'explique que l'empathie, pour moi, c'est surtout pas se mettre à leur place. Moi, je ne me mets pas à la place des gens que je veux aider. Je serais foutu. Tout le monde comprendra que quand tu rentres dans le Bataclan, si tu te mets à la place des victimes, tu ne rentres pas. C'est aussi simple que ça.
Et c'est quoi, ta définition de l'empathie ?
Ma définition de l'empathie, c'est de faire comprendre aux gens que je viens aider que j'ai compris leurs émotions. Ce n'est pas de te mettre à leur place. Et surtout, c'est même en ne me mettant pas à leur place. Ce qui n'est pas si simple — alors des erreurs, j'en ai fait, mais alors des tonnes, je vais être très honnête. Mais je suis convaincu que, en tout cas dans des situations très dures — j'ai fait un post sur LinkedIn là-dessus — il faut être à la fois très empathique, dans la définition que je t'ai donnée, et très ferme et déterminé. J'ai fait un TEDx aussi où je parlais de ça. Parce que c'est comme ça que tu es efficace. Et là, dans ce cas-là, encore une fois, l'empathie, en quelques secondes, c'est du non-verbal. Encore une fois, c'est des choses qu'on travaille facilement sous forme d'atelier, de mise en situation. Le non-verbal est tellement plus puissant que le verbal : montrer qu'on a compris les émotions de la personne avec qui on est. Ça marche en négo, ça marche dans l'entreprise, ça marche au RAID, ça marche en médecine, ça marche dans toutes les relations qui peuvent être délicates, difficiles. Ça marche même dans les couples. Je ne suis pas bon tout le temps. Même rarement.
Est-ce qu'il y a quelque chose que tu as appris trop tard, que tu aurais aimé apprendre plus tôt ? Je suis sûr que c'est l'expérience.
Non, mais je n'ai pas fini d'apprendre. Je n'ai pas fini d'apprendre. Je pense que ça va devenir très psycho, ton truc.
J'en avais une autre pour toi en plus derrière.
Non, mais je n'ai pas fini d'apprendre. Après, oui, j'ai fait plein d'erreurs, mais elles font partie de moi. J'ai envie de te dire : tant mieux. Moi, je suis comme je suis.
J'avais une autre question psycho, comme tu dis. Encore pire, je ne sais pas, c'est toi qui vas me le dire. Mais en tant que médecin urgentiste, tu as vu chez l'humain le meilleur comme le pire, le bon comme l'atroce. Qu'est-ce qui t'inspire encore chez l'être humain ?
C'est une phrase que je mets dans le livre : le 13 novembre, j'ai vu le meilleur et le pire de l'humanité. Mais je ne retiens que le meilleur. Le pire… et en plus, quand je l'écris, ce n'était même pas aux terroristes que je pensais.
Qu'est-ce que tu aimerais que les gens retiennent de toi ?
Un mec sympa.
Un mec sympa qui va à la montagne.
Exactement.
Et parmi les dernières questions : si tu pouvais reparler au Matthieu de 2006-2007, qui hésite à rentrer au RAID, qu'est-ce que tu lui dirais, à ce jeune homme médecin ?
Protège-toi. Prends peut-être un peu plus soin de toi. OK, t'as de l'énergie, t'as plein de qualités, mais attention.
Tu as dû avoir énormément de rencontres. Ce podcast s'appelle Inspirez : est-ce qu'il y a une personne qui t'a inspiré plus que d'autres, même si c'est toujours difficile de choisir ? Parmi toutes les rencontres que tu as faites, ce serait laquelle ou lesquelles ? Je te laisse un joker.
Connue dans ma vie ? Il y a eu des médecins qui m'ont inspiré. Il y a eu Amaury, évidemment, qui m'a inspiré. Après, j'ai des gens qui m'inspirent, c'est souvent les sans-grade. Je suis beaucoup plus inspiré par des illustres inconnus : une infirmière, un aide-soignant, un ambulancier, des policiers au RAID — il y en a plein qui m'inspirent encore. Alors, je déteste le terme, mais je suis plus inspiré par en bas que par en haut. Si je prends la pyramide hiérarchique, que je déteste, je pense que j'ai toujours été beaucoup plus inspiré par des gens avec lesquels il n'y a eu aucun rapport hiérarchique, voire où j'avais un rapport hiérarchique qui, sur le papier, était plutôt en ma faveur. Je pense que les meilleures inspirations, elles sont là. Après, évidemment, il y a des référents : Amaury, d'autres.
Justement, tu as parlé d'Amaury, qui est venu te chercher quelque part. Comment tu décrirais cette personne ? Parce que moi, personnellement, je ne la connais pas. C'était le chef du RAID, c'est ça ?
Oui, oui. Il a des défauts, mais c'est quelqu'un qui est capable de… Moi, c'est ce que j'attends d'un chef : voilà, je vous partage un cap, maintenant bossez. Ça prend 10 secondes en termes de management. Il l'incarne, il n'a même pas besoin de le dire. Et ça, ce n'est pas à la portée de tout le monde. Et un cap, on en a besoin actuellement, on le sait dans le pays. Moi, j'ai besoin de personnes qui me disent : attends, voilà où on va. Et maintenant, j'ai confiance en toi pour, à ton niveau, à ton échelle, aller vers ce cap qu'on atteindra tous ensemble. Et ça me manque un petit peu.
Matthieu, on arrive vers la fin de cet épisode. J'aimerais te poser une question. Tu as parlé d'un deuxième bouquin : est-ce que tu peux nous teaser un peu de quoi va parler ce livre ?
Je ne vais pas tout te dire, mais il va parler d'un homme. Ce n'est pas autobiographique, mais je me suis inspiré de beaucoup de gens que je connais. C'est un homme qui s'est créé sur un statut très confortable, avec une image du héros, entre guillemets, ou en tout cas du sauveur, et qui, par les parcours de la vie, connaît malheureusement des failles. Et tant mieux, j'ai envie de te dire. Et puis après, il va se reconstruire sur des bases beaucoup plus saines, grâce à des rencontres, grâce à une personne, grâce aussi à… Et donc oui, il y a plein de choses sur lesquelles je me suis appuyé qui sont de mon propre vécu, mais pas uniquement. Je ne sais pas si j'ai été dans le syndrome du sauveur. Je l'ai sûrement été, à un moment dans ma vie, ça c'est sûr. Et j'en suis revenu, et c'est un peu l'idée de ce bouquin.
Merci, merci à toi, Matthieu. Est-ce qu'il y a un dernier sujet que tu voulais aborder avant que l'on clôture cette émission ? On a fait le tour ?
On a fait le tour. J'attends la saison prochaine pour encourager votre équipe.
Merci pour ce témoignage. L'occasion pour moi de clôturer sur ces bons mots cet épisode d'Inspirez, que vous pouvez retrouver sur l'ensemble des plateformes, que ce soit sur Deezer, Spotify, Amazon ou Apple. Également en vidéo sur YouTube, sur LinkedIn, sur Instagram. On mettra le lien évidemment du bouquin de Matthieu Langlois dans la description. Et on teasera aussi quand sortira le nouveau livre. On n'hésitera pas à le couvrir.
Il sortira, mais…
Il sortira. On ne sait pas quand, mais c'est la surprise.
En 2026, c'est sûr. En 2027.
Alors, on est bon. Peut-être qu'on t'accueillera de nouveau pour parler de tout ça.
Avec grand plaisir.
Merci beaucoup, Matthieu Langlois, pour ton partage et pour ton témoignage, qui fait sens et qui va inspirer, je l'espère, plein de monde. Merci à vous d'avoir écouté cet épisode et je vous souhaite une très bonne fin de journée en écoutant Inspirez. Salut à tous.


Apple Podcasts
Spotify
Deezer
Amazon Music
YouTube