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UNE CONVERSATION INSPIREZ

Des premiers combats de boxe féminine au podium olympique

Sarah Ourahmoune
Sarah OurahmouneBoxeuse française la plus médaillée, entrepreneuse, conférencière▶
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La conversation en intégralité.

LA CONVERSATION

L’épisode en détail.

🥊 Elle est la boxeuse française la plus médaillée de l’histoire. Championne du monde, dix fois championne de France et vice-championne olympique, Sarah Ourahmoune a disputé 265 combats : un record français, femmes et hommes confondus.

Pourtant, lorsqu’elle débute la boxe à 14 ans, les combats féminins n’existent pas encore. Elle doit alors trouver sa place et s’imposer dans un univers largement masculin.

En 2012, après avoir échoué à se qualifier pour les Jeux olympiques de Londres, Sarah met sa carrière entre parenthèses et devient mère. Deux ans plus tard, elle remonte sur le ring avec un objectif : participer aux Jeux de Rio. Elle devient la première boxeuse française à se qualifier pour les Jeux olympiques et décroche la médaille d’argent en 2016.

Dans cet épisode d’Inspirez, Sarah Ourahmoune revient sur son parcours, ses victoires, ses échecs et la force mentale nécessaire pour repartir après une désillusion. Elle partage également son expérience de la maternité dans le sport de haut niveau, son engagement pour l’égalité entre les femmes et les hommes ainsi que sa transition vers l’entrepreneuriat.

Comment trouver sa place dans un environnement qui ne nous attend pas ? Comment transformer un échec en nouvel élan ? Et que reste-t-il à conquérir lorsque l’on a déjà atteint un podium olympique ?

Un échange autour de la persévérance, de l’audace et de la capacité à toujours « frapper juste ».

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Transcription de l’épisode

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d’Inspiré. Aujourd’hui, j’ai le plaisir de recevoir Sarah Ourahmoune. Salut Sarah.

Salut Fabien.

Tu es boxeuse professionnelle, tu es aussi conférencière, tu es autrice puisque tu as écrit un livre, Frapper juste, que vous pouvez retrouver dans toutes les librairies et qui est sorti il y a quelques mois à peine.

On va retracer ton parcours en tant que boxeuse française la plus médaillée. Tu as fait plus de 260 combats également. On va pouvoir revenir sur tous tes exploits, ton parcours, ce qui fait ce que tu es aujourd’hui et ton côté entrepreneur.

Bref, une grande intro pour te présenter !

J’aimerais que tu te présentes, toi, avant d’expliquer ce que tu fais et ce que tu es. Comment tu expliquerais ton métier à un enfant de 5 ans, à ton fils, si tu devais t’y prendre de la façon la plus pédagogique possible ? Comment tu ferais ?

Oui, c’est un exercice qui n’est pas simple.

Mon fils me demande souvent ce que je fais au travail. Parfois, je lui dis que je prends un micro et que je monte sur scène. Alors, il pense que je chante !

Et puis, des fois, il me voit dans les salles de boxe.

J’essaie de lui expliquer que je suis presque une maîtresse, mais qui utilise la boxe pour enseigner, un peu comme quand sa maîtresse utilise de la peinture ou des livres. Et qu’avec la boxe, j’apprends à utiliser son corps et à utiliser sa tête.

Je ne vais pas te demander de chanter, rassure-toi. Ce n’est pas l’objectif !

Sarah, tu as grandi à Sèvres, en région parisienne.

Comment était ton enfance ? Comment tu l’as vécue ?

Effectivement, j’ai grandi à Boulogne, puis après à Sèvres.

J’étais une enfant plutôt discrète, plutôt calme, même, j’ai envie de dire, un peu effacée. En tout cas, surtout quand j’étais à l’école, puisque l’école, c’était sérieux.

Je sais que mes parents insistaient pour que je sois une bonne élève et que je sois sérieuse, donc je l’étais.

Par contre, quand je sortais de l’école, je devenais la petite fille plutôt active, qui touchait à tout, qui aimait bien faire du sport, jouer au foot dans le square en bas de chez moi.

Je me transformais un peu quand j’étais en extérieur et surtout loin du regard des adultes.

J’imagine que tu as testé plusieurs sports.

Comment tu en es venue à cette rencontre avec la boxe qui t’a guidée pendant toute ta vie ?

C’est vrai que j’ai testé plein de sports avant de découvrir la boxe.

J’ai eu la chance d’avoir des parents qui m’ont poussée très tôt à faire du sport.

Moi, j’ai commencé par le baby-judo à deux ans. Parce que dans la voiture, on écoutait la radio et on entendait des publicités de la Fédération de judo qui vantaient le socle moral du judo autour de la discipline, du respect, du courage, de l’amitié.

C’était la grande époque de David Douillet.

Et donc, mes parents nous ont tous inscrits, d’ailleurs, mes frères et sœurs et moi, dans le dojo du quartier.

Donc j’ai commencé par le judo, j’ai fait de la natation, de la gym, de la danse, plein de sports.

Et puis, à l’âge de 14 ans, je suis passée devant une salle de boxe à Aubervilliers.

Et j’y suis rentrée vraiment par curiosité parce que c’est un univers que je ne connaissais pas du tout.

J’avais vu quelques images dans les films, notamment dans Rocky, mais je ne connaissais personne qui boxait.

Et donc je suis entrée dans cette salle pour savoir un peu ce qui se faisait.

J’ai rencontré un entraîneur formidable, Saïd Bennajem, qui, lui, était boxeur professionnel, qui préparait un championnat d’Europe à Bercy et surtout qui avait fait les Jeux de Barcelone en 1992, Jeux que j’avais regardés quand j’avais 10 ans.

Donc ça a tout de suite fait écho.

Et ce qui m’a plu, en fait, c’était surtout son discours, parce qu’il a attisé encore plus ma curiosité quand il m’a parlé de l’escrime des poings, en me disant que la boxe, c’était vraiment un jeu d’escrime, qu’il fallait toucher sans se faire toucher, que c’était le noble art.

Il me parlait de Mohamed Ali, de sa classe sur le ring et de ses engagements en dehors.

Et surtout, il m’a proposé de revenir pour faire une séance de boxe éducative.

La boxe éducative, c’est la boxe qu’on propose aux enfants, à la touche, où les coups ne sont pas appuyés.

Et donc je me suis dit que je n’avais rien à perdre à essayer.

Je suis revenue quelques jours après avec mon sac de sport pour tenter une première séance et découvrir ce magnifique sport.

J’imagine que tu te souviens particulièrement de cette première fois où tu as enfilé des gants. Qu’est-ce que tu as ressenti ?

Je me souviens de la toute première fois parce qu’il y avait déjà beaucoup de peur.

J’avais une image de ce sport où il fallait donner des coups de poing dans le visage de l’autre.

Et moi, je ne m’en sentais pas capable.

Je me sentais fragile. Je ne me sentais pas la force de monter sur un ring et de me battre.

Parce qu’à l’époque, je disais, un peu comme tous ceux qui ne connaissent pas ce sport, « se battre », alors que ce n’est pas de la bagarre. On parle plus de combattre.

Mais oui, il y avait beaucoup de peur.

Et puis je me souviens surtout du premier entraînement collectif.

Le premier, j’étais venue un mercredi après-midi, on était entre jeunes.

Mais très vite, je me suis retrouvée sur les entraînements du soir, des entraînements qui étaient surtout fréquentés par des adultes, des compétiteurs et des hommes.

Et là, je me rappelle cette première fois où j’ai poussé la porte de la salle de boxe avec la crainte d’être jugée.

Quand j’ai passé le pas de cette porte, j’ai tout de suite baissé la tête, j’ai regardé tout droit pour me diriger vers Saïd et le retrouver dans son bureau.

Et j’avais l’impression que presque toute la salle s’était arrêtée pour me regarder, pour me juger, pour me dire de partir.

Donc voilà, il y avait beaucoup de peur les premières fois, mais en même temps l’excitation de boxer parce que, honnêtement, je suis tombée amoureuse tout de suite de ce sport.

Et en plus, quand tu commences à 14 ans, le combat féminin n’existe pas.

Comment tu vis le fait d’aimer un sport qui, à ce moment-là, ne te reconnaît finalement pas ?

C’est vrai que moi, je démarre en 1996 et la boxe était interdite aux femmes en compétition.

J’ai eu la chance de tomber sur un entraîneur formidable puisque Saïd donnait des cours dans les écoles. Donc il était habitué à l’entraînement en mixité.

Mais voilà, il n’y avait pas de compétition.

Et à vrai dire, au départ, je ne me suis pas du tout projetée.

C’est-à-dire que je ne me voyais pas championne parce qu’en plus, je n’avais pas de rôle modèle.

Pour moi, je venais, je m’entraînais et, de toute façon, ce n’était pas accessible aux filles.

Et je pensais ne pas en être capable.

Donc la question ne s’est pas posée.

C’est venu un peu plus tard, quand j’ai commencé à mettre les gants, à sentir que j’étais capable de faire de belles choses.

C’est là où j’ai compris, en fait, l’injustice.

Et je me suis dit qu’il y avait cette envie, moi aussi, de pouvoir expérimenter le vrai combat, celui où il y a un public, une décision, où c’est un combat sérieux.

Et il a fallu attendre trois ans pour que la Fédération française de boxe autorise les combats pour les femmes.

Dans ton livre, la boxe apparaît moins comme un sport que comme un langage. Qu’est-ce que cela t’a permis d’exprimer que tu ne savais pas encore dire à l’époque ?

Déjà, ça m’a permis de trouver ma place parce qu’à l’âge de l’adolescence, on se cherche beaucoup.

Moi, ça m’a permis d’affirmer mon identité et de me sentir bien, de me dédouaner presque du regard des autres et des injonctions.

Dans ce sport, j’ai pu me sentir moi-même.

Parce que vraiment, quand on est sur un ring, on ne peut plus se cacher. C’est un peu le moment de vérité. Il n’y a plus d’artifice.

Et dans l’effort et dans le combat, on ne peut plus tricher.

Donc j’ai eu cette opportunité d’apprendre à mieux me connaître.

À chaque round, j’avais l’impression de me regarder en face, de me découvrir.

Et c’est cette honnêteté envers moi-même qui m’a permis de mieux me connaître et de me sentir beaucoup plus forte parce que, au fil du temps, je me suis assumée pleinement.

J’ai commencé à assumer aussi mes ambitions en parlant de mes rêves de médailles, de titres, mes rêves d’évoluer à l’étranger.

Et je me suis très vite rendu compte que j’aimais la compétition.

C’est quelque chose qu’au début, je n’aurais pas cru.

Pour moi, je n’avais pas le profil d’une championne.

Et en fait, je me suis rendu compte que la compétition me révélait.

C’était vraiment ce moment sur le ring où le coup de gong retentit et où on peut s’exprimer, voir un peu tout le travail qu’on a mené pendant des heures et des heures à l’entraînement, à répéter chaque mouvement, à tout analyser.

Tu racontes dans ton livre que, jeune, tu as subi des agressions dans les transports en commun, malheureusement comme on peut l’imaginer.

Est-ce que la boxe a aussi nourri ce besoin de sécurité ? Est-ce qu’elle t’a donné davantage confiance en toi ?

Complètement.

L’adolescence, c’est une période où j’avais beaucoup de copines qui me racontaient aussi leurs difficultés, les problèmes qu’elles avaient pu rencontrer, que ce soit en famille ou en extérieur.

Et moi, j’avais toujours cette crainte de me faire agresser.

Notamment, vraiment, les agressions sexuelles, c’est ce qui me terrorisait, je pense, comme beaucoup de jeunes filles et de femmes.

Et la boxe m’a permis de transformer un peu ce regard que j’avais sur mon corps et de faire de ce corps un outil puissant.

Alors qu’avant d’arriver dans cette salle, j’avais l’impression que mon corps était plutôt une cible.

Donc c’est le fait de me dire : j’ai un corps et je vais pouvoir le façonner pour qu’il devienne fort et puissant et qu’en cas de besoin, je pourrai l’utiliser pour me défendre.

Ça m’a surtout donné la possibilité de m’exprimer et de crier parce que je sentais que c’était quelque chose de très compliqué pour moi.

Je gardais tout, j’enfouissais tout au fond de moi.

Et j’étais persuadée qu’en cas de problème, je n’arriverais même pas à crier, que je resterais figée.

J’ai eu besoin de m’exprimer sur ce sac de frappe et de sentir que, petit à petit, je devenais forte.

Parce qu’on le voit.

Ne serait-ce que quand on monte sur le ring et qu’on commence, on regarde en face, on voit ce qu’on produit chez l’autre et on se rend compte que, s’il y a quelque part une puissance en nous, il faut la travailler, il faut la laisser s’exprimer.

Quelle croyance limitante, toi, tu as dû déconstruire au début ?

Justement, celle que j’étais quelqu’un de fragile.

De vulnérable.

Complètement.

Et puis c’est vrai que je n’aurais jamais imaginé être capable, déjà, d’affronter le regard des autres, les jugements aussi.

Je sentais que ça pesait beaucoup et que, très souvent dans ma vie, je me suis fermée et je ne me suis pas autorisée à faire des choses par peur du jugement.

Et c’est la boxe, en fait, qui t’apprend ça.

À te dire qu’à un moment donné, si tu veux monter sur ce ring et vivre cette expérience-là, tu n’as pas le choix : tu dois accepter que les regards se posent sur toi.

Quand tu boxes, c’est toute une salle qui te regarde.

Tu peux être dans des situations difficiles, de vulnérabilité, mais tu acceptes au fur et à mesure.

Parce qu’en même temps, quand tu as ce premier coup de gong, tu es face à toi-même.

Ce qui se passe autour, l’environnement, ça n’a plus d’importance.

Ce qui est important, c’est d’être concentrée sur soi et d’essayer de lire la situation, de comprendre l’environnement pour pouvoir faire les bons choix.

Et tu t’affranchis de tout ça.

Ça fait du bien quand tu arrêtes de donner de l’importance à des regards pesants et à des regards qui peuvent aussi être limitants.

Tu parles de rencontre : rencontre avec la boxe et aussi avec ton entraîneur, que tu as suivi pendant 16 ans, il me semble.

Quand tu as commencé avec lui, est-ce qu’il y a une remarque ou une posture qui t’a marquée de sa part, à tes débuts ?

Oui.

En fait, ce qui m’a marquée, c’est tout de suite sa posture très bienveillante et puis son discours très positif.

À chaque fois qu’il me demandait de faire un mouvement, il explosait de joie en me disant que c’était génial, alors qu’honnêtement, j’ai revu les images de mes débuts et ce n’était pas extra !

Mais je crois qu’il a très vite compris que j’avais besoin de ça, que j’avais besoin qu’il me donne confiance pour pouvoir m’exprimer.

Je ne sais pas s’il avait décelé très vite ce potentiel chez moi, mais en tout cas, son discours a fait que j’ai osé faire davantage.

Le fait qu’il s’investisse aussi pour moi, ça m’a donné envie de lui rendre en me dépassant au maximum à chaque entraînement, en étant fidèle à tout ce qu’il m’enseignait, en respectant ses discours et son travail.

Mais c’est vrai que, tout de suite, dès la première rencontre, c’est le fait qu’il m’ouvre la porte.

Ça a été pour moi assez incroyable parce que, s’il avait eu une autre posture et s’il m’avait demandé peut-être : « Tu penses que tu as ta place ici ? Tu es une fille, tu vas être la seule… »

Pour lui, ça paraissait tellement normal.

Et d’ailleurs, j’ai mis du temps à comprendre que ce n’était pas normal pour tout le monde.

Quand j’ai commencé à faire de la compétition, avec Saïd et d’autres athlètes, on allait dans d’autres salles de boxe pour trouver de nouveaux partenaires d’entraînement, des sparrings.

C’est assez courant dans le milieu : régulièrement, on tourne dans les salles.

Et en fait, quand j’allais dans les autres salles, je dérangeais.

Un jour, on arrive dans une salle, comme je le faisais habituellement avec tous mes partenaires de club.

Et là, l’entraîneur me dit : « Écoute, ça ne va pas être possible. Tu ne vas pas pouvoir t’entraîner parce qu’en fait, on est vendredi et demain, il y a des athlètes qui sont en compétition et ta présence va les perturber. »

Honnêtement, je devais avoir 15 ou 16 ans.

Je venais à l’entraînement en me dépassant. Je ne regardais personne. L’idée, c’était surtout de travailler sur moi.

J’arrivais, j’étais en survêtement, sweat à capuche, un bandana sur la tête.

Vraiment, il n’y avait rien de sexy qui pouvait perturber qui que ce soit !

Mais voilà, il m’a balancé ça.

Et puis Saïd est intervenu tout de suite en disant : « Écoute, si elle ne reste pas, on part tous. Il n’y aura pas de séance de sparring ce soir avec nos athlètes. »

On a fini par négocier, il a fini par accepter.

Mais voilà, c’est resté.

Je me suis dit : « Waouh, ce message qu’il m’a renvoyé en me voyant arriver, c’est un message que j’aurais pu recevoir le premier jour avec Saïd. »

Et en fait, ça n’a pas été le cas.

Et ça a complètement changé ma trajectoire.

Bien sûr.

Et tu as dû te battre davantage, c’est le cas de le dire, j’imagine, pour faire ta place ?

Oui.

J’ai boxé pendant 20 ans et j’ai eu le sentiment de quasiment toujours devoir me battre pour boxer.

Au début, parce que je faisais partie des premières et que, dans les mentalités, ce n’était pas normal de voir une femme boxer.

Parce que la boxe, et notamment la boxe anglaise, c’est un peu le dernier bastion du sexisme.

J’ai commencé la boxe à une époque où des athlètes venaient à l’entraînement en bleu de travail.

Ils arrivaient, ils sortaient d’un garage.

On n’était pas loin du journal Le Monde. Il y avait beaucoup d’athlètes qui travaillaient sur les machines, ils étaient rotativistes.

Donc ils arrivaient déjà en bleu avec de l’encre et tout.

Et ils enlevaient leur bleu.

C’était un peu le lieu où on affirmait sa masculinité. On devenait un homme.

Et donc moi, il y avait une jeune fille qui était là et qui venait un peu déranger tout ça.

Ce n’était pas normal.

Je ne pouvais pas réussir à faire ce qu’ils faisaient.

Et donc on me le disait gentiment : « Mais tu sais, ce n’est pas fait pour une femme, ce n’est pas joli, tu vas être abîmée, etc. Tu sais, c’est un sport difficile, tu devrais faire autre chose. »

À côté, il y avait de la gym et du basket.

Donc on disait : « C’est peut-être plus adapté. »

Dans les débuts, je pense que ça pouvait déranger.

Donc il a fallu très vite faire ma place.

Et ça, c’est le combat, et surtout Saïd, qui m’ont permis de trouver ma place et de me faire respecter d’abord dans cette salle.

Puis après, avec les années, ça a été de me battre pour avoir les mêmes moyens quand on était en équipe de France.

Parce qu’à l’époque, j’étais capitaine de cette équipe.

Il fallait se battre pour pouvoir avoir un kiné en déplacement, avoir des tenues équipe de France.

On a eu des périodes où on n’avait pas de tenue équipe de France.

C’est-à-dire qu’on arrivait sur de grandes compétitions, on avait nos survêtements de club, mais on n’était pas l’équipe de France.

Donc il a fallu aussi se battre pour ça, avoir beaucoup plus de moyens pour aller dans les camps d’entraînement, etc., pour pouvoir progresser et faire notre place.

Parce qu’en fait, ce qu’il faut savoir, c’est que la France était en retard.

On fait partie des derniers pays à avoir autorisé les femmes à boxer, avec la Grande-Bretagne.

Mais il y a des pays où c’était très développé, où les femmes boxeuses étaient beaucoup plus considérées.

Et puis après, sur la fin, il y a eu le fait de remonter sur un ring après la grossesse.

Là aussi, ça a un peu bousculé les valeurs établies.

Exactement.

Le symbole est fort de ne pas avoir ses propres tenues pour représenter la nation.

On va revenir à l’équipe de France.

Avant ça, tu commences la compétition et, assez rapidement, tu es championne de France en 1999 pour la première fois, il me semble.

Tu as vu ça comme un accomplissement ? Tu arrivais au bout de quelque chose ou c’était déjà juste une étape à cocher avant une suite plus grande ?

Quand je participe au championnat de France en 1999, c’était plus une expérience.

Il n’y avait pas de prochaine étape pour moi.

Saïd me dit : « Il y a les championnats de France. »

Donc je participe d’abord au championnat d’Île-de-France.

Je gagne, je me qualifie.

Après, il y a des étapes, il y a les zones, etc.

Et je me retrouve en finale des championnats de France.

Pour moi, c’était…

D’ailleurs, même dans le discours de Saïd, ce n’était pas si important. En tout cas, il ne voulait pas que ça me pèse.

Moi, j’ai vraiment abordé cette compétition comme une expérience en me disant : « C’est un peu dingue, on parle de championnat de France, qu’est-ce que je fais là ? Mais je vais faire ce que je fais à l’entraînement et puis si ça passe, c’est bien. Si ça ne passe pas, ce n’est pas grave. J’aurai vécu ce championnat et ça aura été sympa. »

Je ne me projetais pas déjà dans les années suivantes.

Je ne me disais pas que j’allais me réinscrire et continuer.

Je vivais un peu au jour le jour.

Et en fait, derrière ce championnat de France, tout a basculé parce qu’après le championnat de France, il y a une sélection pour l’équipe de France.

Donc je suis repérée sur ce championnat.

Et la Fédération constitue la première équipe de France de boxe féminine.

Moi, à l’époque, j’étais encore mineure.

Donc je me fais surclasser pour pouvoir intégrer cette équipe et surtout boxer à l’étranger contre des femmes seniors.

Et c’est à ce moment-là que ça a tout chamboulé.

Je me suis retrouvée à l’étranger, en Hongrie, en Suède, en Bulgarie, beaucoup en Europe de l’Est au début.

Puis après, on est allées un peu plus loin.

Ces premières expériences ont commencé à nourrir un peu d’ambition parce que je voyais chez les boxeuses étrangères cette envie aussi d’aller plus loin.

Et puis le fait de me confronter à des femmes qui étaient plus âgées, plus expérimentées, je me rendais compte que j’étais capable et que j’arrivais à faire de belles choses.

À un moment donné, ça m’a donné envie d’aller plus loin, de voir jusqu’où j’étais capable d’aller.

Donc très vite, ça a été : OK, la France, c’est bien.

Puis je gagnais un tournoi, deux tournois.

Et puis : « Tiens, il y a les championnats d’Europe qui arrivent. »

Petit à petit, à chaque fois que je passais une étape, j’avais envie de voir jusqu’où je pouvais aller.

Ça m’animait de plus en plus.

Ça me donnait envie de me dépasser encore plus aux entraînements, de creuser, d’affiner, de réfléchir à des stratégies et de me dire : « OK, à chaque entraînement, comment je peux faire pour être encore meilleure, me connaître encore mieux, maîtriser encore mieux mon corps et ma tête ? »

Est-ce que tu as eu un changement de paradigme à la fin des années 90, au début des années 2000, quand justement tu as pu voir que vivre de ce métier, être boxeuse professionnelle, dans d’autres pays, ça existait, que c’était possible et que tu avais peut-être comme repère une image de quelque chose qui n’existait pas quelques années auparavant ?

Non, parce qu’en fait, je n’ai jamais vraiment vu la boxe comme un métier.

Ça restait un plaisir parce que j’avais toujours évolué de cette manière.

Et en même temps, à l’étranger, c’était pareil pour beaucoup d’autres boxeuses, sauf celles qui étaient militaires, par exemple.

Il y a énormément de pays, en Chine, en Italie, où les boxeuses sont d’abord militaires.

Donc elles vivent de la boxe parce qu’elles ont ce statut-là.

Moi, je ne m’imaginais pas du tout militaire.

Je savais que j’avais cette possibilité de rejoindre l’équipe de France militaire et de peut-être développer une double carrière, à la fois dans le sport et dans l’armée.

Ce n’était pas dans mes objectifs.

Donc j’ai un peu continué mon bonhomme de chemin comme ça, sans vouloir me mettre de pression, en me disant que finalement, j’avais envie de garder ce plaisir du début, presque cette naïveté.

Je pense que c’est ce qui m’a permis de durer 20 ans.

Parce qu’il y avait ce plaisir-là et il n’y avait pas la contrainte.

J’avais peur de ça, de me dire qu’à un moment donné, je n’ai pas envie de monter sur un ring parce que j’ai un contrat, parce que j’ai des devoirs.

Je veux monter sur un ring parce que j’aime ça.

Et parce que ce plaisir-là, c’est lui qui va me permettre d’être complètement épanouie et, en même temps, de bien faire.

Parce que quand on s’éclate dans ce qu’on fait, on sait que le résultat est bien meilleur.

Donc j’ai eu besoin de nourrir cette notion de plaisir.

Même si, honnêtement, plus on avance, plus on évolue dans le haut niveau, plus ce curseur du plaisir se déplace.

Et moi, j’ai eu des années où il s’est un peu perdu.

J’ai eu des moments où je jouais sur le ring.

J’adorais mettre en place mes stratégies.

J’ai eu des combats où j’ai eu de super relations avec mes adversaires, où, quand on arrivait à placer de bons coups, après beaucoup de tension, beaucoup de jeu, beaucoup de recherche, on se regardait.

Ça bougeait, il y avait des tentatives.

Et à un moment, on touche, puis on se regarde, il y a un petit sourire et on se félicite.

Ça, ce sont vraiment des combats incroyables parce qu’on sent que la personne reconnaît le travail qui a été fait.

Et au fil des années, cette notion de plaisir s’est un peu décalée pour arriver jusqu’au podium.

En fait, j’ai eu des années, je pense, où je me suis un peu perdue, où je suis devenue une vraie compétitrice.

Beaucoup dans la performance.

Et le plaisir, il était uniquement quand il y avait le podium, la médaille, la Marseillaise.

Il a fallu que j’arrête, que je devienne maman, pour me rappeler mes premiers pas sur le ring et les raisons pour lesquelles j’avais poussé, la première fois, la porte de la salle de boxe.

Tu as dit plein de choses intéressantes, notamment ta première coupure entre 2004 et 2007.

Tu avais besoin de cette parenthèse-là ? Elle était nécessaire pour toi ?

J’en ai eu besoin parce que c’est un moment où je me suis rendu compte que je tournais en rond.

On avait un statut de sportive de haut niveau qui ne voulait quasiment rien dire parce qu’on n’était pas reconnues, parce qu’on n’était pas encore olympiques.

Et donc le fait de ne pas être un sport olympique faisait que la Fédération misait moins sur les femmes parce qu’il fallait préparer les hommes à cette grande compétition.

Ça conditionnait plein de choses en termes, notamment, de subventions, de développement de notre sport.

Je sentais que ça me prenait énormément de temps parce que je m’entraînais deux fois par jour.

Mais en même temps, il y avait les études, il y avait plein de choses à côté.

Et la boxe restait quand même au cœur de ma vie.

Sauf que ça restait un plaisir et ce n’était pas un métier.

Et puis je prenais de l’âge aussi.

Je me disais : « OK, à un moment donné, il va falloir faire des choix. Je ne peux pas juste boxer sans gagner ma vie. »

J’avais aussi envie de me construire à côté.

Et donc j’ai décidé de faire une pause pour mes études et pour voir aussi ce que la vie allait mettre sur mon chemin en dehors des gants de boxe.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de revenir en 2007 ? Est-ce qu’il y a eu un déclic ou est-ce que c’était simplement la fin de tes études ?

En fait, non, ce n’était pas la fin de mes études.

C’est le manque.

C’est le manque qui m’a donné envie de revenir.

Je sentais que j’avais encore cette envie de boxer.

Au départ, je vais dans une salle de boxe.

D’ailleurs, je change de salle, j’ai déménagé entre-temps.

Et je me dis : « Il faut que je trouve une salle proche de chez moi pour y aller de temps en temps, frapper au sac, m’amuser. »

Mais vraiment pratique loisir, plaisir.

Et en fait, je m’inscris.

Au bout d’une semaine, l’entraîneur de l’équipe de France voit que j’ai une licence.

Il me contacte en me disant : « On fait un stage d’entraînement pas très loin, dans le 92, juste à côté de chez toi. Passe nous voir. »

Et moi, je me dis : « Oui, c’est sympa, je vais y retourner. Je vais voir les anciennes copines de l’équipe de France, voir comment tout le monde va et leur donner un peu de courage parce qu’elles partent en Inde pour un championnat du monde. »

Quand j’arrive sur le stage, le premier jour, je fais les entraînements avec elles, mais plutôt tranquillou.

Voilà, je suis en mode retraitée !

Et en fait, il me dit : « Tu es plutôt en forme. »

Et c’est vrai que je m’entraînais.

La boxe fait partie de ma vie.

Le lendemain, il me propose de monter sur le ring pour dépanner parce qu’elles étaient en nombre impair.

Donc j’accepte et je me retrouve à nouveau sur des mises de gants.

Et je me rends compte qu’elles partent au championnat du monde, que moi, j’ai arrêté, mais en fait, ça va, je suis bien.

J’aurais presque pu partir au championnat du monde avec elles.

Et donc là, rebelote, j’ai remis une pièce dans la machine !

Et je suis repartie très vite sur du haut niveau, en à peine une semaine, alors que j’avais vraiment prévu de m’éloigner des rings.

Je pense que c’est vraiment un virus.

C’était là et je n’ai pas pu m’empêcher d’y retourner.

Et puis je sentais que j’étais encore en forme.

Donc voilà, il y a eu cette envie d’expérimenter à nouveau le ring.

En forme, c’est peu de le dire parce que là, tu arrives sur une période très faste pour toi.

Tu reprends en 2007, tu as été trois fois d’affilée championne de l’Union européenne en 2007, 2008 et 2009, si je ne dis pas de bêtises.

Tu as été championne de France en 2008, 2009, 2010, 2011, 2012 aussi, plein de fois.

Et tu as aussi été championne du monde dès l’année suivante, en 2008.

Oui, c’est vrai que ce retour a été assez incroyable parce que c’est allé très vite.

Je reviens et j’ai un entraîneur qui est incroyable à l’époque.

Il s’appelle Francky Le Sage.

Il est décédé il y a quelques années.

Mais Francky a tout de suite compris comment je fonctionnais.

Il était hyper engagé.

En fait, on est passé d’un système en équipe de France où on avait souvent des entraîneurs qui venaient en remplacement.

Donc on les rencontrait à l’aéroport sans vraiment avoir travaillé avec eux.

Ils ne nous connaissaient pas.

Quand on arrivait sur les combats et qu’ils étaient dans le coin du ring, en réalité, ils avaient du mal à trouver les mots et les outils pour nous permettre de gagner.

Et Francky, c’était complètement différent.

Il s’est tout de suite emparé de l’équipe féminine et surtout, il l’a choisie.

Il ne l’a pas subie.

Ce n’était pas une punition.

Parce que souvent, quand ça s’était mal passé dans les équipes masculines, on les envoyait un peu se calmer chez les filles.

Donc les entraîneurs qu’on avait dans les premières années, c’étaient des entraîneurs qui n’étaient pas heureux de nous accompagner, qui prenaient vraiment ça comme une punition.

Et là, Francky, c’était un choix.

Donc il s’est vraiment engagé.

Moi, je sais que, quand je n’étais pas en camp d’entraînement ou en tournoi, même quand j’étais en club, il passait son temps à m’appeler tous les jours pour vérifier que je m’étais bien entraînée, si je n’avais pas de besoins, de blessures.

Il contrôlait mon poids.

Il me demandait de lui envoyer des photos de la balance tout le temps pour être sûr que j’étais sérieuse.

Et en fait, il s’est tellement engagé que j’ai vraiment eu une progression assez nette quand il a commencé à me prendre en main.

Parce que très vite, il a compris qu’il fallait aussi beaucoup boxer pour prendre de l’expérience.

C’est aussi pour ça qu’avec lui, j’ai eu un volume de combats assez impressionnant.

On partait partout : en Italie, en Roumanie, au Canada.

On a vraiment exploré tous les styles de boxe.

Pendant toutes ces années avec lui, j’ai senti que j’avais vraiment progressé et que j’avais trouvé ma place au niveau international.

Je me suis sentie forte.

Et je sentais même dans le regard des autres que je faisais partie des meilleures au monde à cette époque.

Il y a un souvenir que tu apprécies particulièrement de cette époque-là ? Un combat, une victoire ? Même si j’imagine que le championnat du monde, c’est peut-être le plus beau qui te soit arrivé à cette période-là ?

Oui, le championnat du monde, évidemment, c’est le plus beau.

Peut-être le premier titre européen parce que c’est la première vraie marche internationale où tu te dis : « OK… »

À l’époque où je boxais, l’Europe, c’était encore le continent le plus fort en boxe féminine.

Maintenant, l’Asie a pas mal rattrapé.

Mais à l’époque, en Europe, il y avait beaucoup de pratiquantes et tous les pays de l’Est étaient déjà bien en avance.

Donc quand on était championne d’Europe, on s’approchait du titre mondial.

Ce premier titre a été significatif pour moi parce que je me suis dit : « Ça y est, là, je fais vraiment partie de la haute performance. Il faut que j’aille chercher plus loin. »

Et puis évidemment, ce championnat du monde en Chine qui a été très particulier.

Déjà, un championnat du monde, c’est une compétition très longue et très éprouvante.

C’est 15 jours de compétition, un combat par jour, une pesée par jour.

Donc il faut être capable de réguler à la fois son énergie, son poids, en sachant que plus on avance dans la compétition, plus il y a un écrémage.

Donc on se retrouve avec les meilleures et les combats montent vraiment en puissance.

Je me souviens que, sur cette compétition, je fais le tout premier combat.

Je fais le combat d’ouverture de ce championnat.

Et je me dis : « Mais je ne peux pas m’arrêter là. Je ne peux pas, le premier jour, au premier combat, sortir de cette compétition. Il n’y a rien de pire. »

Donc je gagne ce combat et, tout de suite, ça me met dans une super dynamique.

J’enchaîne, j’enchaîne et je me retrouve en finale.

Et en finale, sur cette compétition, ça ne se passe pas comme je l’aurais souhaité.

Je boxe, je marque plein de points et, objectivement, je gagne vraiment le combat, je le domine.

On est sur un jugement à la scoring machine, donc ce sont des boîtiers.

C’est un peu comme en escrime : dès qu’on met une touche bien nette, les juges appuient simultanément.

Il y a cinq juges, il faut qu’il y en ait trois qui appuient simultanément sur la même couleur.

Et donc moi, je mets des touches et je ne comprends pas.

Dès que je mets une touche qui est bien nette, le point est attribué à l’adversaire.

Au départ, on pense qu’il y a un problème technique.

Et puis on se rend compte que non.

C’est une boxeuse chinoise, on est en Chine.

Ils ont investi dans cette compétition et donc il faut rendre en médaille d’or.

Et malheureusement, c’est tombé sur moi, sur ce combat-là.

Et puis il y en a eu d’autres après.

Donc je finis ce combat et, pour moi, c’est sûr, cette fois, c’est la fin.

Je me dis : « Bon, je suis allée au bout. Au fond de moi, je sais ce dont je suis capable. En vrai, je l’ai gagné ce combat. Donc, j’ai gagné ce championnat du monde. Mais voilà, c’est comme ça. »

Et il se passe deux choses après ce combat.

La première, c’est qu’il se trouve que mon adversaire était dopée, en plus d’avoir triché.

Elle est contrôlée positive au contrôle antidopage.

Donc elle est écartée de la compétition.

Elle est bannie, je crois, pour deux ou trois ans de compétition.

Et puis on me rend mon titre.

Et en même temps, le CIO annonce que les femmes vont intégrer le programme olympique des Jeux de Londres en 2012.

Donc voilà, deux choses qui me font complètement basculer.

Je rentre de Chine en me disant : « C’est bon, je suis allée au bout de mon chemin, j’en suis fière et je crois que maintenant, je peux tourner la page. »

Et puis bam : le CIO, ce message, les Jeux.

Forcément, je remets tout en question.

Et je me dis : « Quatre ans, c’est long. »

Mais en même temps, tous ceux qui sont autour de moi, tous ceux qui m’accompagnent, ceux qui ont déjà vécu des Olympiades et accompagné des athlètes sur des Olympiades me disent : « Mais tu ne te rends pas compte, quatre ans, ce n’est rien du tout. Tu ne vas même pas les voir passer. Donc vas-y ! »

Et donc je me prépare pendant quatre ans pour tenter la qualification aux Jeux de Londres.

Et ces Jeux de Londres, malheureusement, tu n’as pas réussi à te qualifier. Ça s’est joué à quoi, selon toi ?

Les Jeux de Londres, en fait, ça fait quatre années de préparation superbes.

J’intègre le Team Lagardère.

Le Team Lagardère, c’est un centre d’entraînement vraiment à la pointe avec tout un corps médical.

Vraiment tout ce que je voyais dans d’autres disciplines mais dont je n’avais jamais bénéficié.

Et donc là, je me retrouve accompagnée par des cardiologues.

Vraiment, à chaque séance, j’ai toute une équipe médicale qui m’accompagne.

Et donc je progresse.

C’est une expérience folle puisqu’en plus, dans les salles d’entraînement, il y a des caméras d’analyse des mouvements.

Donc j’ai 24 caméras qui, à chaque fois que je balance un coup, signalent quand il y a de la déperdition au niveau du bassin, de l’épaule.

Enfin voilà, c’est complètement fou.

On était en 2010-2011, donc à l’époque c’était incroyable.

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus développé, quoique pour y avoir accès, ça reste quand même un coût.

Mais en tout cas, moi, je bénéficiais de tout ça.

Et je sens que, là encore, je passe une étape au niveau de ma boxe.

J’arrive sur ce championnat du monde.

Il a lieu en Chine, encore une fois.

C’est un pays qui a très vite compris qu’il fallait investir sur les boxeuses et qui s’empare de la compétition.

Quinze jours de compétition.

Donc pareil, beaucoup de pression, beaucoup de tension.

Un fonctionnement par tirage au sort et par mort subite.

Concrètement, ça veut dire que tu arrives sur la compétition, tu as à peu près 600 prétendantes pour huit places aux Jeux.

Au total, on est douze, mais il y avait quatre places qui étaient attribuées à des boxeuses de pays en développement.

En gros, des boxeuses afghanes, etc.

Ce qu’on appelle aujourd’hui l’équipe des réfugiés.

Avant les Jeux de Rio, il n’y avait pas cette équipe des réfugiés.

Donc il y avait déjà quatre places qui étaient distribuées.

Huit places restantes.

Sur les huit places, c’est par continent.

Donc, en gros, il y avait trois places pour l’Europe.

Et on était quasiment 300 Européennes pour ces trois places.

Mais on y croit.

Je suis championne du monde à l’époque.

Il y a beaucoup de jeunes athlètes qui sont là, qui tentent leur chance, mais qui sont peu expérimentées.

Et en même temps, il y en a qui, comme moi, baroudent un peu depuis des années.

J’enchaîne les combats.

Je suis bien, ça passe à chaque fois.

Puis je me retrouve sur le dernier combat qui m’aurait permis de gagner mon billet pour les Jeux.

Et là, je suis face à une boxeuse bulgare qui vient de la catégorie au-dessus, des 54 kilos, qui est championne d’Europe, qui est très forte, que je connais bien, que j’ai déjà battue.

À chaque fois, ça se jouait vraiment à une ou deux touches.

Le dernier affrontement, on est en Grèce et je la bats plutôt bien.

Et là, je ne sais pas…

J’arrive sur ce combat, je suis complètement parasitée par l’enjeu.

Je suis là à me dire : « Mais c’est les Jeux ! C’est complètement dingue, c’est historique. C’est la première fois que les femmes vont participer aux Jeux. J’ai envie de faire partie de cette histoire. Je suis là depuis le début. Il faut que j’y sois. Il faut, il faut… »

L’injonction.

Complètement.

Toutes les injonctions, toutes ces pensées viennent complètement me parasiter et m’empêchent de me concentrer sur mon combat, sur ma stratégie.

Et d’ailleurs, je n’ai plus de stratégie.

J’essaye de me convaincre en me disant : « Mais attends, ça fait des années que tu boxes. T’inquiète, ça va passer, tu vas te rappeler, tu as des automatismes, tu vas faire et ça va revenir. »

Et en fait, ce n’est jamais revenu.

Je suis passée complètement à côté.

J’ai subi le combat sans jamais réussir à construire.

Et donc voilà, le gong a retenti et tout s’est arrêté.

Puisque mort subite : pas de deuxième chance, pas la possibilité de reboxer, d’aller chercher une place ailleurs.

Ce n’est pas comme dans d’autres sports.

Souvent, il y a des qualifications un peu en continu où on marque des points sur des compétitions.

Là, ce n’était pas le cas puisque c’était tout nouveau.

Donc voilà, je perds.

Et cette fois, encore une fois, je pense que c’est la fin.

J’ai eu beaucoup de fausses fins, on va dire !

Là, je me dis : « De toute façon, j’ai 30 ans. »

Il y a ce truc où on se dit qu’à 30 ans, c’est la fin dans mon sport. Il faut prendre sa retraite.

Donc j’écoute ce petit truc-là qui me dit qu’il faut que je passe à autre chose.

J’ai envie de devenir maman, de construire ma vie.

Et puis je suis tellement déçue.

J’ai tellement tout donné qu’en plus, je ne sais pas ce que je peux faire de plus pour gagner.

Parce que j’ai eu un accompagnement pendant quatre ans au top et je ne vois pas ce que je peux avoir de mieux.

Je me dis : « OK, il est temps pour moi de faire ma révérence et de tourner la page. »

Et donc c’est ce que je fais.

Je m’éloigne des rings pendant deux ans.

Mais tu as connu une autre forme d’accomplissement en devenant maman ?

Bien sûr, bien sûr.

Et en fait, ça m’a complètement transformée.

À l’époque, en plus, je me disais : « Mais il n’y a pas plus beau. »

Et de toute façon, une fois que j’aurai ma fille, je vais pouvoir faire le deuil des Jeux, de cette presque vie d’athlète qui n’est pas complètement achevée.

Mais j’aurai d’autres choses en tête, d’autres envies.

Et puis voilà, j’aurai ma fille.

Donc la boxe n’aura plus sa place dans ma vie.

Et ça ne s’est pas complètement passé comme je l’avais imaginé.

À ce moment-là, d’ailleurs, tu as commencé en 2011 à créer une entreprise, à devenir entrepreneure.

Je crée une entreprise.

Et en plus, je retrouve vraiment beaucoup de parallèles avec ma vie d’athlète dans le fait de rechercher des solutions, le rapport à la concurrence, le fait d’avoir cet objectif, de s’y tenir.

J’ai tous les enseignements du ring qui m’aident à avancer.

Parce que j’ai cette discipline, j’ai ce goût de l’effort, j’ai la résilience.

J’ai cette capacité à vite analyser et à switcher si besoin.

Et donc je me rends compte que, finalement, ce que je vivais sur le ring, je le vis en tant qu’entrepreneure.

Je suis persuadée, là encore, que ça va m’aider à avancer sans la boxe.

Donc oui, je m’éclate dans cette vie.

Mais voilà, je sens quand même qu’il y a un petit goût d’inachevé.

Et tu décides de repartir après une coupure, c’est ça ?

De repartir en 2014 ?

Je coupe pendant deux ans.

Et puis, au niveau de l’entreprise, je suis dans une période assez importante puisque je suis en pleine levée de fonds, j’ai un associé et je me lance dans des trucs où je ne peux plus faire machine arrière.

Et au moment de signer, je me dis que ce n’est pas possible.

Tous les jours, j’ai la boxe en tête, j’ai les Jeux.

J’ai compris pourquoi ça n’avait pas fonctionné.

Et je pense que je peux y retourner.

J’ai envie de me donner une dernière chance.

Je me dis : « Bon, si j’ai plein de projets entrepreneuriaux, j’ai le temps. Si vraiment j’ai l’âme d’entrepreneure, quel que soit le projet, je pourrai me lancer et je m’épanouirai. »

Par contre, la boxe, il y a un timing, il y a un âge limite.

Et je sais que Rio, c’est ma dernière cartouche.

J’y vais ou je n’y vais pas.

Deux ans, c’est un peu juste.

Mais en même temps, j’avais peur d’avoir des regrets.

Je voyais beaucoup d’athlètes autour de moi qui avaient ce regret de ne pas avoir tenté, de ne pas être allés au bout, de s’être arrêtés prématurément à cause d’une blessure, d’une déception, d’une non-sélection.

Et moi, je me disais : « J’ai la chance d’être en forme, d’avoir encore beaucoup d’envie, d’avoir compris des choses. »

Le fait d’avoir pris du recul, d’être sortie un peu du quotidien, de l’entraînement, ça m’a permis de prendre de la hauteur et de pouvoir vraiment regarder ce qui s’était passé en face, en étant très honnête avec moi.

Et j’ai compris les choses sur lesquelles, en tout cas, je pouvais travailler pour pouvoir y retourner.

Donc voilà, deux ans avant, en 2014, j’annonce que je repars à l’entraînement avec l’objectif de me qualifier pour les Jeux de Rio 2016.

Et à ce moment-là, ton corps avait changé, ta vie aussi avait changé. Comment tu as dû réapprendre, peut-être réinventer ta manière de performer et de combattre ?

Oui, le corps avait clairement changé.

Le corps, la tête, ma situation personnelle, professionnelle.

Et déjà, pour le corps, ça a été de retourner à l’entraînement et de réapprendre à m’entraîner différemment.

À ce moment-là, je me sépare de Saïd.

Je décide de solliciter mon beau-père, le père de mon mari, pour m’accompagner parce que je sentais que j’avais besoin de quelqu’un qui me tire, qui me dise les choses.

Deux ans pour préparer les Jeux, c’était tellement juste que j’avais peur de prendre les mauvaises décisions.

Mon beau-père, Marcel, c’est quelqu’un de très précis, qui mesure tout, qui calcule tout, qui analyse tout et qui dit les choses.

Et j’avais besoin de quelqu’un de vrai qui me dise, quand ça ne va pas à l’entraînement : « Écoute, là, franchement, ce que tu as fait, ce n’est pas ça, ce n’est pas terrible. »

Il ne le dit pas aussi poliment, mais il le dit, il le fait comprendre !

J’avais besoin de ça parce que c’est ce qui m’a permis aussi de vraiment…

Oui, ça m’a mis un coup de pied aux fesses.

Je me suis retrouvée dans une salle où je n’étais plus la championne, la Sarah qui avait prouvé.

Je suis arrivée dans une salle où il fallait refaire sa place sur le ring.

Donc j’ai replongé des années en arrière, à mes 14 ans, où il faut prouver que tu as ta place.

Et ce ring-là, personne ne va te donner la main, t’écarter les cordes pour monter.

Il va falloir que tu te battes pour qu’on te laisse la place.

Pareil pour le sac : tu t’entraînes, il n’y a pas de sac, il faut jouer des coudes un petit peu.

Et j’ai eu besoin de ça.

J’ai eu besoin de repartir sur un statut où il fallait prouver.

Parce que le fait de prouver, ça m’a obligée à être meilleure.

Je n’avais plus le confort du début.

Donc j’ai retravaillé.

J’ai mis quasiment un an, un an et demi même, avant de me dire : « OK, là, j’ai le niveau pour me qualifier. »

Les premiers mois ont été très compliqués.

D’ailleurs, je n’ai pas boxé du tout.

Je ne faisais que de la préparation physique.

Je courais, je marchais pour essayer de retrouver un peu de dynamisme.

J’ai fait pas mal de tests physiques pour essayer de me rendre compte du niveau que j’avais.

Et puis je me suis vite rendu compte que, sur le plan aérobique, j’étais bien.

Mais en fait, c’est quelque chose de normal.

Quand on accouche, on est plutôt performante sur le plan aérobique.

Avec Marcel, on a mis en place toute une stratégie pour que je puisse travailler sur cet avantage-là et gagner du temps.

Après, j’ai dû presque réapprendre à boxer aussi.

Parce que j’avais une bonne base.

Techniquement, j’étais plutôt avantagée.

C’était quelque chose que je faisais bien.

La technique, j’aimais ça.

J’aime le noble art, la belle boxe.

Donc j’ai toujours eu à cœur de travailler vraiment avec beaucoup de justesse.

Mais j’avais une manière de boxer qui ne correspondait plus aux attentes sur un ring.

Les jugements avaient évolué parce que les attentes du public étaient différentes.

On n’était plus sur un public qui aimait les oppositions de style, le noble art, la finesse, le jeu d’échecs.

On est arrivés en 2016 sur des attentes beaucoup plus physiques, beaucoup plus agressives parce qu’il y avait la concurrence du MMA, parce qu’il fallait du show, parce qu’il fallait un sport beaucoup plus spectaculaire pour répondre aux demandes des téléspectateurs.

Donc on est passé sur une boxe où il fallait tout le temps attaquer, attaquer, attaquer, des deux côtés, pour que ça clashe un peu.

Moi, j’avais une boxe en contre-attaque.

C’est-à-dire que j’étais beaucoup dans l’observation, je voyais des failles et j’y allais parce que j’étais plutôt rapide.

J’avais besoin de travailler en contre-attaque parce que je savais que, quand je voyais une faille, je pouvais déclencher et arriver plus vite que l’autre.

Ce n’était plus du tout valorisé.

Il fallait attaquer, attaquer.

Moi, ce n’est pas que je n’aimais pas ça.

C’est que ce n’était pas ma boxe, ce n’était pas ma personnalité.

Comme je te le disais au début, tu ne triches pas sur un ring, tu es vraie.

Et cette boxe très agressive, très démonstrative, ce n’était pas moi.

Donc il a fallu que je fasse un peu contre nature, que j’apprenne.

J’ai fait des cours de théâtre.

J’ai beaucoup travaillé la préparation mentale pour adopter un peu cette posture.

Me dire : « J’arrive sur le ring et je veux que tout le monde voie que c’est moi la patronne. »

Alors que j’ai toujours eu, pendant quasiment 16 ans de boxe, une attitude plutôt simple, discrète, un peu comme la petite fille des débuts qui ne faisait pas de bruit.

Par contre, quand le gong retentissait, hop, je me transformais.

Mais il a fallu réapprendre beaucoup de choses à mon retour parce que l’environnement avait complètement changé.

Et arrive la période des qualifications.

Tu réussis cette fois à te qualifier pour Rio.

Est-ce qu’à ce moment-là, ça avait déjà un petit goût de victoire de savoir que, ça y est, tu allais aux Jeux et que tu avais passé cette étape ?

Complètement.

Quand on me demande quel est le plus beau combat, j’ai souvent envie de dire qu’il y en a plein, c’est compliqué.

Mais ce moment où je gagne mon billet pour les Jeux de Rio, c’est incroyable.

Parce que j’avais envie d’aller aux Jeux et ça y est, c’était concret.

Évidemment, quand on va aux Jeux, on rêve de médaille.

Mais tu vois, je venais de tellement loin que, pour moi, la réussite, c’était déjà de vivre les Jeux olympiques.

Et la médaille, c’était un peu la cerise sur le gâteau.

Quand je me qualifie, ça a lieu au Kazakhstan au mois de mai 2016, quelques mois avant Rio.

Oui, c’est le soulagement total.

Et puis en même temps, je sais que je vais vivre mes derniers combats aux Jeux olympiques.

Et je me fixe deux règles.

Le plaisir : j’ai envie de m’éclater parce que ça va être les derniers combats, vraiment.

Et sans regret : parce que je sais que c’est la fin, que je ne retournerai pas sur le ring.

Je ne veux pas me dire : « J’aurais pu mieux faire, j’aurais dû faire autrement. »

J’ai envie de tout donner.

Mais surtout, vraiment, prendre énormément de plaisir, me rappeler de ce moment exceptionnel.

Parce que c’est un moment que j’avais attendu quasiment 20 ans.

Tu vois, c’est Barcelone 1992.

Et là, je me retrouve aux Jeux.

Je replonge dans cette image de cette petite fille de 10 ans qui regardait les Jeux, qui regardait Marie-José Pérec.

Et je me dis : « Ça y est, maintenant, c’est moi, je suis à l’écran. »

Comment tu as vécu cette quinzaine au Brésil ?

C’était magique.

Magique.

Je suis arrivée déjà complètement détendue et soulagée parce que je vivais ce que j’attendais depuis des années.

Ça y est, c’était fait, on ne pouvait plus me l’enlever.

Je me souviens que, quand j’arrive dans le village, je me dis qu’il faut que je me rappelle de chaque instant parce que ça ne reviendra plus.

Il faut être vraiment dans le moment présent.

Et j’essaye de tout capter pour garder ça en mémoire.

Et honnêtement, tu vois, là, on va bientôt arriver aux dix ans de cet été-là, au mois d’août, et je m’en souviens comme si c’était hier.

J’ai toujours les mêmes émotions quand j’y repense, quand je revois des images.

Vraiment, c’était capter tout, prendre du plaisir, parler avec tout le monde, découvrir le maximum.

Tout en étant concentrée parce qu’il y a quand même cette compétition.

Voilà, on y est, on est athlètes, donc on vient aussi pour aller le plus loin possible.

Je pense que, comme tout le monde, je rêvais de médaille d’or.

On ne dit pas qu’on vient juste participer.

Tu vois la fameuse devise qu’on attribue à Coubertin : « L’important, c’est de participer. »

Non.

Là, tu es aux Jeux.

Évidemment, tu es heureuse d’être là, mais voilà, on reste des compétiteurs avant tout.

Donc j’ai vraiment pris beaucoup, beaucoup de plaisir.

Tu vois, c’est un enfant à Euro Disney !

J’étais émerveillée de tout.

Parce qu’en plus, tu te retrouves dans un village avec des athlètes.

Moi, c’était l’époque où il y avait encore Usain Bolt.

Donc tu le croises dans le village, dans les ascenseurs.

Enfin, c’est complètement dingue.

Donc voilà, j’ai vécu une quinzaine magique.

C’est passé trop vite.

Il y a une image en particulier qui te reste de Rio, que ce soit des coulisses, du village, de l’ambiance, de l’atmosphère ?

Oui, il y a des tonnes d’images.

La première très forte, c’est la cérémonie d’ouverture.

Tu rentres dans le stade et là, c’est fou.

C’est complètement dingue.

On était dans un stade à côté où tu attends.

Tu passes par ordre alphabétique.

Donc tu es en attente et puis tu as des animations.

Mais quand je te dis que tu es en attente, tu attends…

Enfin, on a attendu quasiment quatre heures.

Mais bon, tu es là.

Tous les athlètes, tous les pays.

Et puis il y a une super ambiance.

À un moment, quand on t’appelle, tu dois passer dans une espèce de tunnel avant de pénétrer dans le stade.

Et au moment où on est arrivés dans le stade, tu as une ambiance incroyable.

Moi, je me rappelle juste le moment où je suis passée et où j’ai levé les yeux.

J’ai l’impression d’être aspirée dans un truc.

Tu es dans un autre univers.

Donc oui, ce moment, la cérémonie d’ouverture, le tour dans le stade avec l’équipe de France et avec les autres pays…

On sentait ce moment de fête.

Et tu vois, ce sont toutes les valeurs des Jeux : la joie, la paix.

Tu es dans une bulle, en fait.

Donc oui, ce premier moment est fort pour moi.

Et puis après, évidemment, chaque combat et le podium.

Le podium, c’était plein, plein, plein d’émotions.

Tu vois, c’est 20 ans qui défilent dans ta tête en une fraction de seconde.

C’est ce que j’allais te dire.

Tu arrives jusqu’à une finale, jusqu’à ce combat final, et tu remportes la médaille d’argent.

Qu’est-ce qui se passe dans ta tête au dernier coup de gong que tu vas entendre dans ta vie de boxeuse ?

En fait, juste avant, je suis dans le vestiaire et le vestiaire se vide petit à petit.

Je fais le dernier combat du programme.

Et je suis là et je me dis : « Waouh, Sarah, c’est la dernière fois que tu vas enfiler tes bandes. Tu vas passer au contrôle. »

Donc on contrôle tes bandes, on protège tout.

Tous ces moments, tu vois, ce sont des rituels un peu de passage.

Et donc je coche comme ça.

Je me dis : « Oui, c’est la dernière. Profite, profite, profite, profite. »

Sans rentrer dans l’émotion.

J’étais aussi dans ce truc de : oui, c’est la dernière, oui, c’est important, il faut que tu t’en rappelles, mais ne te laisse pas embarquer par de la nostalgie.

Donc oui, j’ai pleinement conscience que c’est le dernier combat.

Et quand je passe les cordes, je me dis : « Waouh, ce sont les quatre derniers rounds de ta vie. Mais kiffe, quoi ! Kiffe parce que c’est fort, c’est dingue, tu y es. C’est une finale olympique. »

Imagine-toi deux ans plus tôt.

Tu n’aurais jamais imaginé être là.

Tu ne savais même pas si tu allais te qualifier aux Jeux.

Tout le monde te disait que c’était n’importe quoi, que j’allais encore vivre un échec.

Et donc là, je me dis : « Waouh ! Je l’ai fait. »

Et je suis heureuse.

J’ai eu le sentiment d’être super puissante en me disant qu’il s’était passé deux années hyper intenses, fortes, parfois difficiles.

J’ai eu beaucoup de doutes, mais toujours cette force d’y croire.

Il y avait un truc au fond où je me disais : « Je vais y arriver, ne lâche pas. Ça passera, ça va passer, ça va passer. »

Et en fait, ce moment, on y est.

J’avais l’impression de vivre un film.

De me dire : « Ce n’est pas possible, c’est un truc qui a été écrit, ce n’est pas la réalité. »

Et en fait, je vis ce combat-là.

J’ai du mal les premières secondes à rentrer dans le combat.

Je suis un peu crispée.

Je me prends deux ou trois touches bêtes.

Et je suis là : « Mince, allez, allez ! »

Et je perds le premier round.

Je me dis : « Ce n’est pas possible. »

Il y a 9 à 10.

Et je commence à essayer d’être dans les calculs, dans les statistiques.

Quand tu perds le premier, tu perds le combat.

Tu as plus de 80 % de risque de perdre quand tu as perdu le premier.

Et je suis là : « Non, non, ce n’est pas fini, il reste trois rounds, vas-y ! »

Donc j’y retourne.

Je retourne au deuxième.

C’est un peu mieux, mais j’ai encore un peu de mal à trouver ma boxe.

Et pourtant, on se connaît par cœur.

En fait, c’est surtout ça.

Avec l’Anglaise, on se connaît par cœur.

C’était : je gagne, tu gagnes, je gagne, tu gagnes.

Compliqué.

Je perds le deuxième.

Et là, waouh, je suis à mi-combat et je me dis : « Ce n’est pas possible. C’est ta dernière chance de faire basculer. »

Parce que, quand tu finis fort le combat, quand tu es à égalité et que tu as fait les deux derniers, dans un monde juste, tu es déclarée vainqueur.

Donc j’y retourne, j’y crois.

Et je gagne le troisième, je gagne le quatrième.

On finit le combat et j’y crois encore.

Je suis là en disant : « Oui, il y a 2-2. Dans n’importe quelle compétition, si tu as un jugement honnête, tu es déclarée vainqueur. »

Donc j’y crois encore avant de voir…

Tu sais, ils ont une raquette de tennis de table avec un rouge et un bleu et ils montrent à l’arbitre central quel bras il doit lever.

J’ai envie d’y croire.

Mais en même temps, je me dis : « Waouh, elle est championne olympique en titre, elle est ambassadrice de la Fédération internationale de boxe. »

Et donc, même en ayant fini fort, je sais que ce n’est pas suffisant.

Mais tu te dis : « C’est la magie des Jeux. Devant tout le monde, ils ne vont pas oser. »

Et en fait, ils la déclarent vainqueur.

Je n’aurais pas pu faire mieux.

Elle a fait son job.

Elle mérite sa médaille.

Mais si ça avait basculé de l’autre côté, ça aurait été normal.

Il n’y avait pas d’injustice.

Non, non, non.

C’est comme ça.

Ça se joue parfois sur des trucs.

Voilà, tu ne maîtrises pas tout.

Bien sûr.

Combien de temps il te faut pour passer de la déception, s’il y en a une, d’avoir la médaille d’argent, à avoir de la gratitude envers toi et te rendre compte que tu es vice-championne olympique et que tu as atteint un rêve incroyable ?

Il a fallu, je ne sais pas, peut-être 15 ou 20 minutes au début.

Quand ça s’arrête, je ne suis pas déclarée vainqueur.

Je pleure.

Je suis triste, en fait.

Je suis triste.

Il y a de la déception parce que j’ai eu ce moment où j’y crois et où je me dis : « Oui, j’ai tout donné. C’est possible, c’est possible, c’est possible. »

Et tout s’effondre.

Donc oui, j’ai 15-20 minutes où je ne suis pas bien.

Et en fait, tu es vite secouée parce que tu descends et on te dit que, comme tu es le dernier combat, tu as le podium tout de suite après.

Sur les autres combats, tu as toujours deux combats de pause et après ils installent le podium sur le ring.

Donc deux combats, c’est une demi-heure pour te reprendre.

Et en fait, moi, on me dit : « Tu descends, tu enfiles ta tenue de cérémonie. »

Parce qu’on avait des tenues officielles pour chaque temps aux Jeux.

Et là, on te dit : « Vas-y, tu t’arranges. »

Donc tu sais que tu viens de sortir du combat, tu as les cheveux comme ça, tu as enlevé ton casque.

Je me dis : « OK, il faut quand même que je me recoiffe, je vais être prise en photo avec une médaille. »

Mais bon, tu n’es pas dedans.

Tu te dis : « Bon, je mets mon truc », mais je suis encore en larmes.

Et en même temps, je suis hyper pudique.

Donc je n’ai pas envie de pleurer devant tout le monde.

J’ai envie qu’on me laisse tranquille.

Mais je sais que, si on me laisse tranquille, je vais me laisser déborder.

Donc c’est un peu le brouillard dans la tête.

Et puis tu as tout le monde qui est à côté de toi.

Tout le monde est content, puis toi, tu n’es pas bien.

Et puis tu as ceux qui font partie du protocole qui te secouent parce que, vite, c’est du direct, il faut que tu te remettes bien.

On te demande : « Allez, essuie-toi, mouche-toi, vas-y. »

Et en fait, j’ai mis du temps.

Même sur le podium, j’étais encore dans mon échec.

Puis après, tu as ce moment où le public est hyper heureux pour toi.

Et puis, à un moment, tu as un peu peur.

Moi, j’ai eu beaucoup de peur, quelques secondes.

Parce que tu te dis : « Waouh, ça fait 20 ans, il y a eu tout ça. Qu’est-ce qui va se passer après ? »

Parce que cette fois, c’est la vraie fin.

Même si on a eu plein de fausses fins, cette fois, c’est clair que je ne remonterai pas sur un ring.

C’était une décision que j’avais prise deux ans auparavant en me disant : même s’il y a une médaille, même si tu as des propositions qui peuvent être très intéressantes, cette fois, ce sera la dernière.

Et après, tu passes à autre chose.

J’avais ma vie de famille, envie de m’épanouir autrement.

Et puis j’étais allée au bout et c’était dur.

Donc je sentais aussi que je n’avais pas envie de donner la même force, la même énergie dans d’autres combats.

Et oui, beaucoup de peur de me dire : « Est-ce que je vais être heureuse, en fait, sans la boxe ? »

Parce que, quand tu es athlète, on te parle beaucoup de la petite mort.

C’est ce que j’allais te dire.

Tu l’as ressentie ?

En fait, je l’ai ressentie quelques secondes parce qu’on m’en avait parlé.

On me disait : « Tu verras, tu as la petite mort, tu as la petite mort. »

Et en fait, je me suis dit : « Il n’y a pas de petite mort. J’ai une vie qui m’attend. J’ai ma famille, j’ai plein de projets. Et surtout, j’ai 20 ans de ring. Qu’est-ce que j’en fais ? »

Je suis sûre que ça peut se transformer, se transmettre.

Donc tu ne peux pas partir comme ça et mourir, en fait.

Construis-toi une autre identité.

Et puis après, j’ai très vite été aspirée.

Je n’ai pas eu le temps de me rendre compte de ce que j’avais fait.

Parce que tu descends à peine du ring et là, tu as tout un parcours de presse.

Tu descends, tu fais dix mètres, tu as les directs français, les directs étrangers.

Tu passes de box en box et ça dure peut-être trois heures où tu racontes la même histoire, tes Jeux, ce que tu vas faire après, tes sensations et tout.

Et en fait, ça m’a aussi permis de sortir tout ce que j’avais en moi.

Finalement, tu fais ton introspection.

J’ai fini ce parcours médiatique et le fait d’avoir un retour hyper positif…

Les gens te disent : « Mais c’est incroyable ! »

Et toi, tu es là : « Non, j’ai tout foiré, j’ai perdu. »

Et les gens : « Non, mais tu ne te rends pas compte. Ta médaille, ça vaut une médaille d’or. Regarde d’où tu viens. »

Moi, ça a été beaucoup le regard de journalistes qui ne me connaissaient même pas, beaucoup d’étrangers, qui voyaient mon parcours avec beaucoup de joie, de positivité.

Et ça m’a permis de me dire : « OK, non mais attends, c’est vrai. Regarde, tu es là. Sois heureuse, tu as une médaille d’argent. »

Et puis il y a mon mari qui est arrivé en me disant : « Mais attends, tu ne peux pas pleurer. Regarde-toi. En 2012, si on t’avait dit que tu gagnerais une médaille d’argent, qu’est-ce que tu aurais donné ? »

Je lui ai dit : « Oui, en 2012, je n’y croyais pas. Enfin, si on me l’avait dit, je n’aurais jamais misé sur moi. »

Donc j’ai commencé à me rendre compte du poids de cette médaille et à me dire : « OK, c’est une médaille d’argent, mais pour moi, c’est énorme. Pour mon entourage aussi. »

Et qu’est-ce qu’on peut en faire ?

Comment on peut exploiter cette médaille autrement ?

En me disant : elle peut aussi donner envie à d’autres, créer des opportunités.

Donc voilà : transforme-la.

Et ce jour-là, tu as sûrement été l’exemple, le modèle pour une petite fille qui n’avait pas la référence que tu avais, toi, à 14 ans.

Complètement.

Je m’en suis rendu compte assez vite.

Parce que de toute façon, quand il y a une Olympiade et qu’il y a des médailles, tout de suite, tu vois dans les clubs…

Quand tu as des médailles en natation, les clubs de natation sont débordés.

Et là, ça a été le cas pour la boxe.

C’est vrai qu’après Rio, dans les clubs de boxe, ça a été complètement la transformation puisqu’il y a plein de jeunes filles, mais aussi des femmes de tout âge, qui se sont mises à faire de la boxe.

Et donc oui, ça, c’est une vraie victoire.

Ce qui est génial, c’est que tu n’as pas eu le temps — enfin, génial, tu vas me donner ton point de vue — de te reposer puisque tu as tout de suite été embarquée dans d’autres responsabilités pour capitaliser sur ton vécu et ton parcours.

À commencer par le CNOSF.

Et puis il y avait aussi une candidature à défendre.

Complètement.

C’est vrai que je m’étais déjà beaucoup engagée dans les instances dirigeantes du monde du sport pendant ma carrière.

Notamment pour défendre justement les athlètes et les boxeuses sur les conditions d’entraînement, les moyens, la reconnaissance.

Et en fait, quand j’arrête la boxe en 2016, au retour des Jeux, c’est le renouvellement du conseil d’administration du Comité olympique.

Et il se trouve que je me retrouve embarquée dans une nouvelle aventure puisque j’ai à peine quitté le ring que je me retrouve vice-présidente du Comité olympique sur tous les sujets de mixité, diversité.

Et là, c’est autre chose.

C’est un autre combat.

C’est un combat qui devient beaucoup plus politique.

Mais en même temps, j’ai cette expérience de terrain, ce regard à la fois d’athlète, mais aussi de dirigeante de club puisque, en 2016, j’ai déjà des clubs de boxe.

Et donc ce sont ces expériences-là qui me permettent de prendre une place autour de cette table, de pouvoir porter ma voix, de me découvrir autrement et de faire en sorte que cette médaille aussi m’apporte peut-être de la légitimité, de la visibilité et des opportunités.

Qu’est-ce que tu as réussi à créer ou à défendre dans ce rôle de vice-présidente ?

Il y a plein de sujets.

Mais le premier, pour moi, c’était de faire en sorte que les femmes prennent des places dans les instances du monde du sport, en tant que présidentes de fédération, de ligue, de comité.

J’ai lancé un programme qui s’appelait « Dirigeantes », dont l’objectif était vraiment d’accompagner des femmes, notamment dans leur campagne politique, de faire du lobbying pour leur permettre d’être élues.

Parce qu’après le Comité olympique, quelque temps après, il y avait les élections des présidents et présidentes de fédération.

À l’époque où je lance le programme, il y a une seule femme qui est présidente de fédération olympique.

Donc l’idée, c’est de faire en sorte qu’il y ait beaucoup plus de femmes qui soient élues parce que je suis persuadée que la diversité est une vraie richesse.

Voilà, c’est ce programme-là que j’ai porté pendant quatre ans.

Et ça a porté ses fruits ?

Pas vraiment.

Quand tu regardes aujourd’hui le paysage du sport français, on est encore sous-représentées, que ce soit sur des fédérations olympiques ou non olympiques.

Par contre, là où ça a bien évolué, c’est qu’on a eu une ministre femme, une présidente du Comité olympique.

Et là, c’est la deuxième, d’ailleurs, avec Amélie Oudéa-Castéra, qui est aussi ancienne ministre.

Et puis une présidente aussi du Comité paralympique.

Donc, au niveau des grosses instances du monde du sport, tu as des femmes.

Mais après, quand tu regardes le paysage des fédérations, notamment des grosses fédérations et des fédérations olympiques, ça reste quand même très compliqué et ça a très peu évolué.

Parmi tes combats, parce que tu appelles ça des combats, tu as aussi celui d’avoir porté, avec d’autres personnes devant le CIO, la candidature de Paris 2024.

Tu as fait partie des sept speakers à défendre cette candidature-là.

Apparemment, tu t’es bien débrouillée !

Tu étais à côté, en plus, de personnes que l’on connaît : Anne Hidalgo, Emmanuel Macron, Tony Estanguet…

Ça a dû être une expérience relativement particulière quand on t’a appelée pour te dire : « Écoute, viens en parler » ?

C’était une expérience incroyable.

À la fois la période de candidature et puis après les Jeux.

La période de candidature…

C’est vrai que j’avais déjà eu plusieurs prises de parole, notamment pour impulser une culture du sport en France, pour permettre de reconnaître l’impact du sport sur la jeunesse, sur la santé, sur l’éducation, vraiment sur tous les secteurs.

Et puis je défendais aussi tout ce qui est en lien avec l’éducation et l’insertion par le sport.

Donc les membres du Comité olympique, et notamment Tony Estanguet, m’ont très vite proposé de rejoindre les équipes.

Au départ pour des prises de parole, puis après pour défendre la candidature devant le CIO à Lausanne.

C’est vrai que j’ai vécu des choses incroyables.

Parce qu’il y a la manière dont on construit cette candidature face à d’autres villes candidates.

Et puis tout le lobbying à l’international.

Honnêtement, c’était passionnant.

Je suis rentrée dans un projet qui était immense, avec une équipe qui se construisait et qui était super forte.

Parce qu’en fait, il y avait ce projet commun de gagner les Jeux et de les réussir.

Donc on a réussi.

Surtout les équipes dirigeantes, avec Tony Estanguet à la tête.

Ils ont réussi à créer vraiment un groupe, une vraie solidarité parce qu’il y avait cet objectif puissant dans lequel tout le monde se retrouvait.

Donc oui, sept ans de candidature pour, après, se retrouver aux Jeux de Paris.

Et là, je ne sais pas si tu as vécu ces Jeux, mais c’était fort.

Moi, j’ai eu la chance de les vivre de l’intérieur.

Pas aussi intensément que toi, voilà.

Oui, non, non !

Là encore, je vis une expérience dingue puisque je rejoins les équipes du CIO qui montent une task force pour gérer toute la compétition de boxe.

Parce qu’il y a des problèmes à l’international sur la boxe, des sujets d’éthique, etc.

Donc on monte toute une compétition avec de nouveaux modes de jugement pour faire en sorte que la compétition se passe bien, pour sauver la boxe aux Jeux.

Parce que sa place était menacée.

Il était question de la sortir du programme olympique après les Jeux de Paris.

L’idée, c’était de pouvoir réussir cette compétition, faire en sorte qu’il n’y ait pas de manipulation, de triche sur les combats, pour la préserver.

Parce que perdre un statut olympique pour un sport, c’est presque sa mort.

Et notamment pour la boxe parce que ça reste une petite fédération, un petit sport qui vit aussi grâce à l’agrément, grâce aux subventions et grâce au fait qu’on soit olympique.

Ça reste quand même un sport historique.

Que ce soit les Jeux antiques ou les Jeux olympiques modernes, il y a toujours eu la boxe.

Et moi, qui suis à la fois une ancienne athlète qui a rêvé des Jeux et puis une dirigeante de club, je vois bien combien ce statut olympique nous permet de survivre, de faire en sorte que les jeunes pratiquent.

Sans ça, en fait, on risque de beaucoup perdre.

Donc voilà, c’est aussi pour ça que je me suis engagée pour tenter de préserver mon sport.

Et parce que je suis une amoureuse des Jeux, du sport et des valeurs olympiques.

Tu es aussi administratrice du COJO de Paris 2024. Comment tu as vécu de l’intérieur ces Jeux à domicile, à Paris, avec tout ce que ça a comporté ?

Je les ai vécus avec beaucoup d’envie, beaucoup d’espoir aussi.

Celui de transformer notre pays, d’impulser beaucoup plus cette culture sportive à la fois dans les écoles, mais aussi pour tous.

Je pense que, comme beaucoup, on a beaucoup espéré de ces Jeux.

Il y avait à la fois la compétition sportive où on voulait qu’elle soit réussie, que ce soient des Jeux paritaires, que ce soient des Jeux respectueux de l’environnement, etc.

Mais aussi…

Moi, j’y suis allée aussi pour l’héritage.

Parce que j’espérais que ces Jeux puissent transformer notre société, faire en sorte de rendre le sport beaucoup plus accessible à tous.

Notamment aux personnes en situation de handicap, aux jeunes filles, aux seniors, vraiment à tout le monde.

Il y a eu de l’impact.

Peut-être pas autant que ce qu’on espérait.

En tout cas, moi, je pense que, comme beaucoup, j’espérais davantage.

Mais on a vécu une parenthèse enchantée.

Et moi, pour l’avoir vécue de l’intérieur, franchement, c’étaient des Jeux magiques.

Qu’est-ce que tu penses que la France a gardé de cet élan des JO, de cet élan olympique, au niveau des valeurs ou, comme tu dis, au niveau des moyens ?

Il y a peut-être une chose que je vois encore qui fonctionne, c’est l’engagement des bénévoles, de tous les volontaires.

Tous ceux qui ont donné de leur temps, qui ont voulu vivre ces Jeux en partageant, en faisant partie aussi de cette aventure.

Je sais que ce sont des volontaires qui ont, je crois, la semaine dernière, fêté les deux ans de Paris 2024, qui se retrouvent et qui s’engagent aujourd’hui sur d’autres compétitions, sur des courses.

Là, il y a eu le marathon, le semi.

J’ai recroisé énormément de volontaires des Jeux.

Et donc je crois que ça a peut-être donné cette envie de renouer avec le bénévolat sportif.

Et on en avait besoin.

Moi, je le vois dans les clubs.

On le sent au niveau associatif : cet engagement bénévole est de plus en plus difficile.

Il y a eu une époque où on trouvait facilement des bénévoles.

Aujourd’hui, c’est beaucoup plus compliqué.

Et je crois que les Jeux, avec tout ce programme de volontaires, ça a peut-être donné envie à certains de continuer à s’engager.

Parce qu’ils ont vécu des expériences qui, j’espère, leur ont beaucoup apporté sur le plan personnel, mais peut-être même professionnel aussi, de pouvoir valoriser ces moments-là.

Après, là où je reste quand même sur ma faim et un peu déçue, c’est sur toute la place du sport à l’école parce que j’espérais plus.

Je vois combien le sport m’a transformée.

Et je vois chez les jeunes que j’accompagne et qui ont la chance d’être dans des dispositifs de sport-études ou des programmes adaptés autour du sport…

Là, il y a des classes, notamment en Île-de-France, à Paris et quelques-unes en banlieue, qui permettent aux jeunes d’aller à l’école le matin et au sport l’après-midi.

Là, vraiment, on voit combien ça leur apporte des compétences sociales, notamment ce qu’on appelle les soft skills, qu’ils arrivent à transposer à la fois dans leurs études, mais potentiellement plus tard dans leur emploi.

J’aurais voulu plus.

J’aurais voulu plus de sport.

Qu’on reconnaisse un peu plus son impact, qu’on puisse le mesurer.

Je crois qu’il y a quand même une prise de conscience.

Et en tout cas, cette prise de conscience qu’on était capables de faire de belles choses, ça nous a fait du bien aussi.

Je ne sais pas si tu as pris le métro à cette époque-là, mais c’était super !

Les gens étaient polis, gentils.

On se dit qu’on est capables.

Et moi, je l’ai vu ne serait-ce que dans la candidature : capables d’avancer ensemble dans la même direction.

Même s’il y a des animosités, même s’il y a des points de vue complètement différents.

Parce que, dans les membres du comité de candidature, tu avais des partis politiques complètement différents, de vraies oppositions.

Et pourtant, quand tu as cet objectif-là de dire : « OK, on veut tous réussir », on a réussi à faire ensemble.

Et je trouve que c’est un message super positif de se dire : on est capables de le faire.

Alors il ne faut pas l’oublier pour pouvoir faire la même chose ailleurs.

Bien sûr.

Cet engagement d’avoir quelque chose au-dessus et cette fierté d’être Français, c’est vrai qu’on l’a ressentie complètement à travers les Jeux.

Tu parles d’engagement et tu es quelqu’un de très engagé puisque tu as une liste longue comme le bras de choses que tu fais aujourd’hui.

J’aimerais qu’on parle des Puncheuses, qui est un collectif, un programme d’accompagnement pour aider les femmes à prendre leur place.

Est-ce que tu peux nous en dire quelques mots ?

Oui.

Les Puncheuses, c’est un programme que j’ai lancé il y a cinq ans maintenant.

J’ai accompagné 140 femmes.

Et vraiment, l’objectif, c’est d’utiliser à la fois la boxe, puisque c’est mon outil et que j’ai vu combien il était transformateur, et la prise de parole pour accompagner des femmes à prendre leur place, à incarner davantage leurs compétences réelles.

Parce qu’en fait, je me rends compte qu’il y a un écart complètement dingue entre ce qu’elles savent faire et ce qu’elles arrivent à montrer, ce qu’on perçoit d’elles.

Et c’est vraiment le parallèle avec le ring et ce que je te disais sur la manière dont j’ai repris des cours de théâtre et appris à travailler ma posture parce que ça ne correspondait plus aux attentes des juges-arbitres.

Ils ne voyaient pas mon potentiel, ils ne voyaient pas la capacité que j’avais à boxer, à gagner.

Mais il fallait que je leur montre que j’en étais capable.

Et dans ce programme, c’est un peu ça.

C’est travailler à la fois sur la visibilité, la posture et surtout leur capacité à incarner ce qu’elles ont dans le ventre.

C’est un programme qui dure cinq mois.

Ce sont des collectifs de 20 femmes que j’accompagne à travers des ateliers collectifs où on travaille sur différentes thématiques : la négociation, le leadership, la vision.

Et puis des séances de boxe qui sont en lien avec ces ateliers.

Donc, tu vois, on va travailler sur prendre sa place sur un ring, être complètement ancrée.

Comment on arrive à être vraiment dans le moment présent et pas parasitée.

Et puis travailler sur le goût de l’effort, la discipline, l’engagement.

On a tout un travail sur la prise de parole avec de l’art oratoire, du jeu scénique.

Et puis je leur ai lancé un petit défi à la fin du programme, qui est celui de monter sur un ring.

Non pas pour boxer, mais pour prendre un micro et se raconter.

Et notamment raconter un combat intérieur, un combat qu’elles ont gagné ou perdu, mais un combat, en tout cas, qui leur a permis de tirer des leçons et potentiellement de grandir.

Et ça, c’est un vrai défi.

Se dire : « Je prends ma place, je passe les cordes du ring, je prends le micro, je m’expose au regard des autres, je me livre. »

Voilà.

Et donc là, je lance en septembre la huitième promotion et je suis actuellement en train de constituer le groupe.

Génial.

C’est sûr que ce n’est pas donné à tout le monde d’être à l’aise en prise de parole en public.

Et c’est bien de pouvoir montrer que tout est possible et qu’il y a des ponts comme ça qui peuvent être faits entre le sport, la prise de conscience et la prise de confiance aussi.

Tu es très engagée sur les inégalités, sur la place des femmes, sur la place des enfants.

Tu soutiens des associations avec Imagine for Margo, Octobre Rose, la Fondation des Femmes.

Tu as ce besoin de transmettre et de partager et, peut-être aussi, d’être actrice de quelque chose que tu aurais aimé avoir ou toucher du doigt quand tu étais enfant ?

Je pense qu’il y a surtout cette prise de conscience de la chance que j’ai eue.

À la fois de rencontrer ma passion, la boxe, de rencontrer des alliés, des personnes qui m’ont vraiment aidée à aller au bout de mon chemin, à m’épanouir, à grandir.

Tout à l’heure, je te parlais de cette fin de carrière et de potentiellement la petite mort.

Il y a eu ce besoin aussi de me dire : « Attends, je n’ai pas fait tout ça que pour moi. »

Toutes ces années de ring, d’entraînement, ces heures de combat, comment je peux aussi les partager à d’autres ?

C’est aussi pour ça que je me suis engagée.

Parce que je me rends compte que, moi, j’ai cette chance-là et j’ai envie de la partager avec ceux qui, peut-être, ne l’ont pas.

Que ce soient des femmes, des jeunes ou, effectivement, des enfants atteints de cancer avec Imagine for Margo.

Faire profiter peut-être de l’écho, de l’énergie que j’ai, de cette rage de vaincre.

La partager avec ceux qui ont besoin d’être un peu poussés, encouragés.

Donc voilà, c’est aussi une manière, si tu veux, de rendre ce que la vie m’a donné.

Et à travers ces actions, tu le fais aussi à travers ton livre.

Quelle idée du livre tu aimerais que les lecteurs appliquent dès demain ?

Dans ce livre, je partage un peu ma méthode, les leçons de 20 ans de ring.

Mais pas que.

Ce sont aussi les leçons d’expériences dans des conseils d’administration, des grosses réunions, des grosses prises de parole où il faut prendre sa place, oser, reprendre presque son pouvoir.

Ce dont j’ai envie quand les personnes qui le lisent ferment mon livre, c’est qu’elles se disent : « En vrai, je suis puissante, il faut y aller. »

Et puis voilà, ça peut être un peu stratégique.

Je donne plein de conseils.

C’est à la fois un partage d’expérience, et puis après, j’ouvre aux questions pour que chacun puisse se questionner et décider du chemin qu’il veut prendre.

Mais c’est cette prise de conscience qu’en fait, on est forts.

Il faut juste y croire et il faut oser.

Cette force-là, notamment chez les femmes et les jeunes filles, cette puissance féminine, elle est bien présente.

C’est juste qu’on n’a jamais osé la regarder ou osé l’exprimer.

Dans tes conférences, tu abordes justement le leadership, la cohésion d’équipe et l’énergie juste.

Je trouvais ce terme-là très à propos : l’énergie juste.

Qu’est-ce que tu aimerais dire aux femmes qui t’écoutent ?

J’aimerais leur dire d’oser faire ce premier pas.

De se poser la question : qu’est-ce qu’elles ne s’autorisent pas à faire parce qu’il y a des injonctions, parce qu’il y a l’éducation, peut-être des regards limitants ?

Qu’est-ce qu’elles n’osent pas et qu’elles pourraient faire dès aujourd’hui ?

Peut-être un premier pas, faire une demande, prendre la parole dans une réunion alors qu’elles ont laissé passer leur tour plein de fois.

Peut-être envoyer un mail, oser négocier leur salaire, poser une candidature.

Peu importe.

Mais en tout cas, se poser la question : « Qu’est-ce que je ne m’autorise pas à cause des autres, à cause des injonctions, et que je pourrais faire maintenant ? »

Et donc j’ai envie de leur dire : foncez, faites ce premier pas.

Vous serez assez surprises de tout ce qui peut arriver.

Et à propos de ne pas oser, Sarah, quelle qualité chez toi tu as mis le plus de temps à reconnaître ?

Est-ce que…

Peut-être…

Quelle qualité j’ai mis du temps à reconnaître ?

C’est une bonne question que je ne me suis jamais posée.

Je ne saurais pas te dire.

Honnêtement, c’est une très bonne question.

Je crois que la boxe fait que tu te regardes assez vite en face.

Et je dirais que les premières qualités, en tout cas, ça a été d’abord le courage et l’honnêteté envers moi-même.

Et ce qui est arrivé beaucoup plus tard, peut-être, c’est justement être honnête avec moi-même et accepter de dire que je subis encore les injonctions.

Et moi aussi, des fois, j’ai beau avoir eu un parcours avec 20 ans de boxe, des expériences dans des instances décisionnelles et gouvernementales, j’ai encore très peur.

Il y a plein de fois où je me laisse effacer par le fait d’avoir des gens qui peuvent m’impressionner, par le fait de douter encore de ma légitimité.

Et il faut régulièrement que je regarde dans le rétroviseur pour me dire : « Oh, détends-toi, tu as fait des choses et ta place, tu la mérites. »

Et ça, c’est encore quelque chose sur lequel je travaille.

Parce que moi aussi, je laisse passer mon tour en réunion avant d’allumer le micro et d’oser.

Et puis parfois, je me dis : « C’est bon, il l’a dit, donc je n’ai plus besoin de le dire. »

Donc je n’ai pas complètement répondu à ta question, mais honnêtement, c’est une bonne question.

Je vais continuer à y réfléchir.

Tu vas la gamberger !

À ce propos, qu’est-ce que tu apprécies le plus chez la personne que tu es devenue ?

Ce que j’apprécie le plus, c’est d’être complètement alignée.

D’avoir réussi à trouver la paix.

De me sentir pleinement heureuse.

Et de sentir qu’aujourd’hui, je choisis pour moi et j’arrive de plus en plus à dire non.

Tu peux dire non avec beaucoup de bienveillance et en l’expliquant.

Mais c’est quelque chose que, il y a quelques années, je n’arrivais pas à faire.

Ce fameux « non »…

J’étais beaucoup dans la générosité, mais en même temps dans la peur de ce que les autres allaient pouvoir penser si je refusais.

Donc il y avait beaucoup de « oui » que j’acceptais par contrainte, que je subissais.

Et je me suis souvent mise en second, à faire d’abord pour les autres et moins pour moi.

Et ça, ça ne fait pas longtemps.

J’ai toujours été dans ce truc où : oui, il faut être engagée, il faut donner, il faut toujours dire oui, faire pour les autres, passer après, parce que je suis chanceuse, j’ai beaucoup de gratitude envers la vie.

Et oui, j’ai longtemps dit oui.

Aujourd’hui, j’arrive de plus en plus à dire non et à reconnaître que, parfois, je fais des choses que je n’ai pas choisies.

Des fois, tu te retrouves, tu as pris un chemin, tu te retrouves dans des projets : ce n’est pas là où tu voulais aller.

Et ça, j’arrive de plus en plus à en prendre conscience et à me dire : « OK, ce n’est pas moi. »

Donc j’ai le droit de rebrousser chemin et de dire : « OK, en fait, je n’ai pas envie. »

Et est-ce que cet alignement, pour toi, est né ou est venu avec cet ancrage que tu as ressenti en toi ?

Complètement.

C’est venu au moment où tu te poses.

Je pense que c’est aussi avec l’âge.

On dit souvent que, dès que tu passes la quarantaine, tu regardes la vie un peu différemment.

Et en fait, moi, j’ai aussi eu ce moment où je me suis demandé : « Qu’est-ce que j’ai envie de faire vraiment ? »

Parce que quand je boxais, je l’avais choisi.

Et puis après, j’ai eu ce battement entre le moment où j’ai arrêté ma carrière et maintenant.

Tu as dix ans.

Dix ans où j’ai fait plein de choses.

Et parfois, je les ai faites peut-être par nécessité, peut-être parce que c’était bien de le faire, peut-être parce qu’on m’a incitée à le faire en me disant qu’il fallait passer par là pour peut-être réussir tel ou tel projet.

Donc je crois que, pendant ces dix années, il y a eu des moments où je me suis un peu perdue.

Et j’ai fait pour les autres, ou peut-être pour l’image, ou pour autre chose, mais en tout cas pas pour moi.

Et je n’éprouvais plus du tout de plaisir.

Je le faisais parce qu’il fallait le faire.

Et j’ai eu ce temps de réflexion, ce moment où : « OK, prends un peu de recul et regarde le chemin que tu veux prendre les prochaines années. »

Parce qu’en plus, mes enfants grandissent.

Parce que j’ai envie de…

Maintenant, j’ai beaucoup plus conscience que, quand je dis oui à un projet, c’est peut-être du temps que j’enlève à mes enfants, du temps pour moi aussi.

Donc je mesure un peu mieux mes choix.

Et ça, je trouve que c’est précieux.

Je ne sais pas si c’est quelque chose que j’aurais pu faire avant.

Il faut se prendre des murs, tomber, pour prendre conscience.

Et pourtant, ce sont des choses qu’on te dit, que peut-être tu as lues dans des livres, que tu as écoutées dans des podcasts.

Mais il y a des fois, les claques, il faut se les prendre pour prendre conscience.

Et moi, j’ai eu besoin de passer par plein de chemins, parfois de me perdre.

Et en même temps, ce sont des expériences qui me permettent aussi aujourd’hui d’être qui je suis et de trouver l’alignement.

C’est en se perdant aussi que, parfois, on réussit à trouver la bonne route.

Rendre l’expérience.

Oui, exactement.

Toi qui fais plein de choses, Sarah, quelle était ta dernière première fois ?

Ma dernière première fois ?

Écoute, j’ai un projet depuis un peu plus d’un an.

J’ai investi dans un domaine en Bourgogne que je rénove complètement.

Et donc ma dernière première fois, c’était ce week-end.

Je me suis mise à conduire un quad agricole, à traîner des carrioles de boue.

Et je suis tombée avec le quad dans un étang !

Donc voilà, c’était la première et j’espère que ce sera la dernière.

Parce que c’était une expérience un peu fatigante, j’avoue.

Je suis revenue de ce week-end-là crevée, mais super contente parce que j’arrive presque au bout de ma rénovation.

Donc je vais pouvoir me lancer dans une nouvelle vie d’hôtelière.

Voilà.

Incroyable.

Quels sont tes prochains projets ?

Mes prochains projets, c’est essentiellement celui-là.

Et pouvoir faire le lien entre ce projet, qui est un gîte en Bourgogne, et mes autres projets.

Pouvoir accueillir mes Puncheuses dans mon domaine, peut-être des jeunes, peut-être la famille.

J’ai envie de lier tout ça parce que tout est plaisir chez moi et je trouve que ça fait sens.

J’ai envie de pouvoir partager ce lieu et partager un peu de moi avec les personnes que j’apprécie.

Et puis, en t’écoutant, on sent que tu es naturellement et spontanément tournée vers l’autre.

Donc ça fait sens d’avoir ce côté hôtelier où les gens viennent chez toi et tu partages.

Oui, complètement.

Non, non, je crois que là, on peut parler d’alignement.

Je crois que, tu sais, il m’a fallu un peu de temps, mais j’y suis.

Quel est ton plus grand rêve, Sarah ? Si tu en as encore, si tu pouvais rêver le plus grand possible sans qu’on te dise que c’est impossible, ce serait quoi ?

Honnêtement, le plus grand rêve, c’était ce rêve sportif.

Aujourd’hui, mon rêve, c’est d’être heureuse et de voir mes enfants heureux.

Tu vois, quand tu deviens parent, pour moi en tout cas, ça a été…

Ça prend tellement d’importance.

Et je veux juste réussir à faire en sorte qu’ils soient heureux sans leur imposer des choses, sans leur mettre de pression.

Parce que très souvent, on me demande si mes enfants font de la boxe, si je les pousse, si j’ai envie qu’ils fassent du sport de haut niveau.

Et en fait, j’essaye de faire attention à ça parce que j’ai cette culture du sport, de l’engagement, de la discipline, de la compétition.

Et j’ai envie de leur partager des choses de mon parcours.

Mais je ne veux pas qu’ils se sentent obligés.

Complètement.

Mon plus grand rêve, ce serait de les voir complètement heureux et épanouis.

Et là, j’aurais réussi.

Tu le dis avec tellement de sourire, pour ceux qui voient l’épisode, que ça transpire en toi quand tu le dis.

On arrive sur la fin de l’épisode.

Tu as fait des centaines d’interviews dans ta carrière.

Est-ce qu’il y a une question que l’on ne t’a jamais posée et que tu aurais aimé que l’on te pose ?

Non, je ne crois pas.

C’est vrai que, comme tu dis, on m’a souvent posé des questions.

Et le fait d’avoir osé écrire…

Ce qu’on ne m’a pas demandé, je l’ai raconté par moi-même, soit à travers l’écriture, soit dans des podcasts.

Tu vois, ça m’arrive souvent d’écrire, ne serait-ce que pour moi.

Mais c’est vrai que le fait d’avoir écrit des livres, ça m’a permis de dire ce que j’avais envie de dire sans attendre qu’on me le demande.

Donc non, je crois que je n’ai pas de…

Mais bon, tu vois, regarde, tu m’as surprise toi aussi avec ta question.

Donc il y en a forcément plein d’autres.

Pour faire le lien entre le bouquin et ta fille, qui sont tes deux dernières réponses…

Qu’est-ce que tu aimerais que ta fille retienne quand elle va lire ton livre dans 15 ou 20 ans, admettons ? Qu’est-ce que tu aimerais que ça lui apporte ?

J’aimerais qu’elle se voie forte.

Tu vois, quand je vois ma grande…

J’ai deux filles.

J’en ai une qui vient d’avoir 13 ans et l’autre qui a 8 ans.

Et en fait, quand je les vois, je me vois.

Je vois cette réserve, cette discrétion, cette timidité.

Mais en même temps, je perçois la force.

Et j’aimerais qu’elles ne passent pas par des chemins que j’ai pris.

Notamment tout ce dont je me suis privée par timidité, par effacement.

Je voudrais qu’elles comprennent très vite qu’elles peuvent faire, qu’elles ont le droit de prendre leur place, qu’elles ont le droit d’exister, qu’elles ont le droit d’être heureuses.

Donc voilà.

Là, elles sont en vacances et je leur ai réservé deux livres chacune avec de longues dédicaces.

Et je vais prendre le temps de lire avec elles.

Je sais que ça va nourrir pas mal de discussions assez sympas.

Parce que ça a été le cas avec le premier livre, où elles vont me poser plein de questions pour avoir des anecdotes, en savoir un peu plus.

Et en fait, je voudrais qu’on termine cette lecture un peu commune et qu’elles aient le sentiment qu’elles sont fortes et qu’elles peuvent tout oser.

C’est vraiment l’objectif que je me fixe à la fin de cette lecture.

C’est un beau moment à venir avec tes filles.

Oui, j’ai hâte.

On arrive à la fin de cet épisode, Sarah.

Est-ce qu’il y a un sujet ou une question que tu voulais aborder, qu’on n’a pas eu l’occasion d’aborder, ou est-ce qu’on a fait le tour ?

Écoute, on a fait le tour.

Je te remercie, c’était très complet.

On a parlé des Puncheuses, on a parlé de mon livre.

J’ai des salles de boxe, mais ça, c’est encore une autre expérience.

Mais tu vois, j’ai très vite eu envie de partager ma passion pour la boxe en créant des salles de boxe et en les transformant presque en tiers-lieux sportifs.

Parce que je suis convaincue qu’au-delà de la boxe, c’est aussi un lieu de rencontre, de vivre-ensemble, de connexion.

Ça, c’est une autre envie, un autre projet que j’ai aussi en parallèle et qui m’anime beaucoup.

Et que je partage en famille puisque je fais ça avec mon mari, mon beau-père Marcel, qui a été mon entraîneur.

C’est un projet auquel beaucoup d’amis et de membres de ma famille participent.

Et c’est une réelle chance parce qu’on passe beaucoup de temps au travail.

Et moi, je n’ai pas le sentiment de travailler.

Par contre, je passe énormément de temps avec mes amis et ma famille sur ce projet.

Et honnêtement, je ne vois pas ma vie professionnelle autrement.

Merci pour ton partage, pour ton témoignage, Sarah.

Pour ton parcours et ton vécu qui, j’en suis sûr, vont inspirer énormément de gens.

Je rappelle : tu as été multiple championne de France, tu as été trois fois championne de l’Union européenne.

Tu détiens le record du plus grand nombre de combats, avec 265 combats, que ce soit chez les femmes ou chez les hommes, et tu es vice-championne olympique.

Tu as un parcours complet, rempli, que ce soit par la boxe ou grâce à la boxe, et tout ce qui a suivi en dehors.

Merci pour ton témoignage et d’avoir pris le temps.

C’était un vrai plaisir, merci beaucoup.

Merci à toi.

Et merci à vous d’avoir écouté cet épisode, que vous pouvez retrouver sur l’ensemble des plateformes, que ce soit Spotify, Deezer, Amazon Music ou Apple Podcasts.

Vous pouvez également retrouver l’épisode en vidéo, que ce soit sur YouTube, LinkedIn ou Instagram.

Et quant à moi, je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode d’Inspiré.

Salut !