L’épisode en détail.
Dans cet épisode d’Inspirez, j’ai le plaisir d’accueillir Margaux Rifkiss, athlète de haut niveau, maître d’armes et entrepreneuse.
Margaux découvre l’escrime à l’âge de 10 ans presque par hasard, lors d’une initiation. Très vite, elle s’engage pleinement dans cette discipline exigeante, jusqu’à intégrer les plus hauts niveaux du sabre français, entre clubs, INSEP et compétitions internationales. En 2017, elle connaît un moment fort en décrochant l’or par équipes dès sa première Coupe du monde senior à New York, avant d’enchaîner les performances sur la scène européenne et mondiale.
Vice-championne du monde par équipes en 2023, championne d’Europe par équipes, championne du monde militaire par équipes, Margaux vise ensuite les Jeux Olympiques de Paris 2024. Mais malgré des années d’engagement, de travail et de préparation, elle ne décroche pas sa place. Un revers qu’elle choisit de transformer en élan.
Car au-delà des pistes, Margaux porte aujourd’hui une autre ambition : faire de l’escrime un levier de reconnexion pour des publics qui en sont souvent éloignés. Aujourd’hui, après avoir annoncé sa retraite sportive, elle se consacre pleinement à son entreprise Seniors de haut niveau, avec laquelle elle propose des interventions autour du sport, de la cohésion et du bien-être, auprès des seniors, des jeunes et des entreprises.
Dans cet épisode, Margaux nous parle de :
⚔️ Son parcours de sabreuse de haut niveau et ses plus grandes compétitions
🧠 La résilience, la pression et l’identité d’une athlète de haut niveau
🤝 Son aventure entrepreneuriale
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Transcription de l’épisode
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspirez. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Margaux Rifkiss. Salut Margaux.
Salut.
Margaux, tu es sabreuse, tu es vice-championne du monde, tu es également entrepreneuse, tu es multi-job comme on dit, donc c'est bien parce que tu relies deux activités que l'on voit beaucoup dans le podcast, et tu es également maître d'armes, ce qu'on voit un peu moins, donc on va en parler. J'aimerais, dans un premier temps — la première question que je pose tout le temps dans le podcast — c'est comment tu expliquerais ton métier de façon ludique à un enfant de 5 ans ? Si tu devais le faire, comment tu t'y prendrais ?
Si je devais expliquer à un enfant de 5 ans, je lui dirais que ça revient à mettre plusieurs casquettes, et qu'on peut changer sa casquette en fonction de l'activité. Du coup, j'ai plusieurs casquettes. Donc, sportive de haut niveau, ça serait mettre une casquette pour ne pas avoir le soleil dans les yeux et pouvoir faire de l'activité sportive, être bien dans une tenue confortable. Et après, la casquette de l'entrepreneur : entrepreneur, c'est une tenue de travail qui fait sérieux. Mais comme moi, je fais des cours d'escrime adaptés pour les personnes âgées, en réalité, je ne suis pas une personne âgée, je peux remettre ma casquette de sportive, et c'est un peu l'avantage. J'ai des tenues hybrides.
Tu switches entre les deux. On va parler de ton entreprise. Justement, tu l'as évoqué un petit peu, le côté entrepreneuriat social, qui est un chouette projet — plus qu'un projet, puisque maintenant c'est quelque chose de concret depuis quelques années — et qui fait le lien avec le sport de haut niveau et ton envie de transmission. Justement, je l'ai dit, tu es sabreuse de métier, tu es vice-championne du monde. Avant de te connaître, toi, dans ta profondeur humaine, avant tout ça, j'aimerais savoir qui était Margaux, l'enfant de 10 ans, la petite fille qui a découvert l'escrime par hasard ?
Alors, la petite Margaux, c'était une petite fille qui a été sensibilisée aux bienfaits du sport assez jeune. Donc, j'ai toujours fait une activité extrascolaire sportive, voire plusieurs. Et le moment où j'ai découvert l'escrime, donc à 10 ans, ça a été une révélation. C'était vraiment ce sport-là, ça a été un coup de foudre, une sorte de match. Et une fois que ça a matché, tout ce que j'avais envie, c'était de progresser, de devenir meilleure dans cette discipline.
C'est né d'une rencontre très hasardeuse, je crois, la découverte de l'escrime, avec un cours d'anglais qui s'éternisait un petit peu et profiter d'une pause pour aller voir ce qui se passe à côté.
Oui, c'est bien ça. En fait, je ne me suis pas inscrite au cours d'escrime. D'abord, je ne connaissais pas ce sport à 10 ans. Je n'en avais pas entendu parler. Ce n'était pas dans mon environnement. Mais ma mère voulait que je fasse des cours d'anglais avant d'entrer au collège. Je prenais des cours d'anglais et j'avais le droit de faire le deuxième cours d'anglais. Et j'avais une pause entre les deux cours d'anglais. Donc en attendant, il y avait un cours d'escrime dans ce lieu-là. Et c'est comme ça que je me suis inscrite à ce cours. Et en fait, il y a eu un deuxième match, parce que moi, je pense que c'est une vie remplie de rencontres. Mais le maître d'armes qui m'a initiée, ça a beaucoup matché, et c'est lui qui m'a détectée et qui m'a conseillé d'intégrer un vrai club pour faire de la compétition.
C'est fou de penser à comment un hasard peut décider d'un destin comme ça. Est-ce que tu crois au hasard ou à la synchronicité, aux rencontres ?
Je crois... Je ne sais pas trop à quoi je crois. Je pense qu'il y a une sorte d'énergie — je ne sais pas si c'est une énergie, quelque chose, un dieu. Je pense qu'on l'appelle un peu comme on veut. Mais c'est vrai que là, pour le coup, imagine que ce hasard-là va avoir de l'impact sur les 20 années de ma vie qui vont suivre, puis finalement mon projet entrepreneurial. C'est assez fou, parce que ça aurait très bien pu ne jamais avoir lieu. Mais c'est ça, c'est comme ça que ça s'est passé.
Et du coup, tu as démarré le sport très jeune, au niveau de l'escrime tu disais à 10 ans, et puis d'autres sports auparavant. Comment ça s'est concrétisé pour toi dans la jeunesse, l'escrime, et pour arriver jusqu'à ce que tu sois sélectionnée en équipe de France ?
J'ai eu un parcours très progressif et à la fois assez fluide. Je ne sais pas si je peux dire par chance, mais je suis entrée en club, j'ai commencé les compétitions dans la Ligue de Paris, puis ensuite régionales, nationales. Je me suis vite placée dans les meilleures de ma génération, ce qui m'a permis de me sélectionner sur mes premiers championnats d'Europe, auxquels je me suis placée. J'ai été vice-championne d'Europe en individuel en moins de 17 ans. Donc ça a été très vite une révélation, ça se passait bien, surtout que ça me plaisait énormément, la compétition. Ça m'a plu très vite. Et à l'issue de ça, j'ai commencé les compétitions en surclassée, ce qui m'a permis de me classer aussi chez les plus grandes. Et donc, j'ai été pressentie pour intégrer l'INSEP. Je ne sais pas, pour ceux qui ne connaissent pas : l'Institut national du sport, de l'expertise et de la performance. C'est là où les équipes de France, il y a 21 sports différents qui s'entraînent dans ce centre sportif. Et donc là, c'est le début du parcours de très haut niveau, avec finalement les mêmes compétitions, championnat d'Europe, championnat du monde, mais au niveau senior, donc c'est la catégorie des plus de 20 ans. Et voilà, ça a été une vie pleine de tumultes, pleine d'aventures, avec des voyages, beaucoup de rencontres, des hauts, des bas, des difficultés. Une vie extraordinaire. La vie de sportif de haut niveau, ça reste quelque chose qui est quand même hors du commun. Et ça s'est fait par hasard.
Par hasard, c'est fou de se dire ça. C'est génial quand même. Et tu parlais de ta première compétition jeune, c'était en quelle année ? Tu avais quel âge ? Est-ce que tu as un souvenir précis, j'imagine, de cette première compétition internationale ?
Alors, ce n'était pas la première compétition internationale, mais c'était mes premiers championnats. Parce qu'on a des coupes du monde, des circuits européens. Et les championnats, la grosse différence, c'est un peu comme les championnats, ça nous donne le titre. Donc on peut être vainqueur d'une coupe du monde, ça serait une compétition internationale avec le monde entier. Mais quand on va au championnat du monde, on est championne du monde. Et du coup, le championnat, c'était mon premier championnat d'Europe. Donc moins de 17 ans, j'avais 16 ans. Et c'était une compétition où je suis très vite dépassée par l'enjeu. Je suis à la fois émerveillée de voir toutes ces filles, de me rendre compte qu'elles font la même chose que moi, qu'après l'école, elles vont s'entraîner. Donc j'ai un peu ce truc de « c'est magnifique » et à la fois « ça me dépasse trop ». Je rate un peu le début, l'entame de compétition, je ne me classe pas très bien, j'ai des tableaux assez difficiles, et il y a une sorte de lâcher-prise : de toute façon, je ne suis pas à la hauteur de cet enjeu, de ce truc-là, je vais juste profiter et puis on verra. Et souvent, c'est le meilleur état d'esprit, bien qu'il soit très difficile à mettre en place volontairement. Mais là, il est venu un peu de manière naturelle, et du coup... Finalement, je passe les matchs les uns après les autres jusqu'à arriver en finale, où là, je switch d'entraîneur. Donc, ce n'est pas moi qui décide. Et l'entraîneur, il vient me dire : c'est les championnats d'Europe, il faut que tu le fasses. En fait, il me remet dedans et j'explose toute seule. Mais c'est parce que j'étais très jeune, et je me dis, mais ça va être trop dur. Et donc, je perds en finale, mais ravie de cette magnifique première médaille en championnat.
C'est intéressant, ce que tu dis, de réussir à switcher et d'avoir ce lâcher-prise là, parce que c'est le parcours d'une vie pour certains. Est-ce que tu as pris le temps d'analyser ça, de réussir, si jeune, à 16 ans, à faire ce step-là ?
Mais comme tu dis, je pense que des fois, il y a des choses qu'on essaye de mettre en place par des outils, des choses comme ça. À ce moment-là, je ne l'avais pas, et ça a été un switch naturel. Je pense que dans le parcours de vie, on se rend compte, des fois, c'est d'arriver, de lire le titre et la question de la copie de la dissertation, de se dire : non, mais en fait, c'est le chapitre que je n'ai pas révisé. Donc là, à part me dire pendant tout le contrôle « je ne vais rien pouvoir faire pour moi-même », bon, OK, j'y vais, yolo, et tant pis. Et puis finalement, on se retrouve, on se dit : j'ai eu 12, alors que c'est ce que j'espérais avoir sur les chapitres que j'avais révisés. Et c'est un peu, moi, ce qui s'est passé pour moi, en tout cas, sur cette compétition. Évidemment, après, on essaye d'avoir la mainmise sur ce genre d'événement pour pouvoir le reproduire. Mais en tout cas, ce jour-là, c'était quelque chose qui a été naturel. Et là, c'est en nous. Il y a des choses, des fois, ça s'enclenche. Et c'est pareil pour tout le monde. Tout le monde l'a. Donc, c'est juste que des fois, on ne se rend pas compte qu'on l'a enclenché et qu'on a résolu nos problèmes de manière naturelle.
Ce qui est génial, c'est que tu as pris des années d'expérience en une compétition.
Oui, c'est ça. C'est ça. Mais... ça ne suffit pas à ce que, derrière, on n'ait plus d'échecs. Au contraire.
Bien sûr. Au contraire.
On va trouver des nouveaux défis, des nouvelles difficultés, voire même être confrontée aux mêmes problématiques et cette fois ne pas réussir à trouver la solution.
C'est intéressant.
Il n'y a plus d'aventure.
C'est intéressant. Je voulais en parler plus tard, de la notion de relativiser l'échec. Quelle est ta perception de l'échec ? Est-ce que tu as réussi avec le temps à l'apprivoiser, à en faire à quelque part une force ?
Oui, alors je pense que ma relation avec l'échec a énormément évolué au cours de ma carrière. En début de carrière, parfois on a un rapport à l'échec qui est assez léger, parce qu'on n'a pas beaucoup investi. Ensuite, au milieu de carrière, quand on investit, qu'on donne le plus, qu'on se rend compte que c'est possible, que tout est aligné pour réussir — parfois, moi en tout cas, pour moi, ça a été le cas — c'était très compliqué. Chaque échec me coûtait énormément. Et en fin de carrière, j'avais un rapport à l'échec bien meilleur, mais aussi à la victoire. Parce qu'en fait, j'avais une définition de la victoire qui était très, très restreinte en début de carrière et en milieu de carrière. Pour moi, la victoire, c'était ramener des médailles, et ne pas en ramener était un échec, voire même des fois ramener une médaille mais pas la couleur que je voulais était un échec. Alors que je suis arrivée à un stade, en fin de carrière, où rater une compétition en termes de résultats mais atteindre des objectifs annexes ou parallèles pouvait être une victoire. Et du coup, le rapport à l'échec s'est bien amélioré au fil du temps.
C'est-à-dire que tu gardais aussi un objectif, la vision long terme peut-être, sur le contenu de la séance, du championnat, et pas forcément la résultante à court terme, c'est ça ?
Oui, il y a ça. Et puis, il y a le fait de... ça fait un peu bateau de le dire comme ça, mais de ne pas se concentrer que sur le sommet de la montagne, mais aussi se concentrer sur tout le chemin. Parfois, on me dit : j'ai trop hâte de voir la vue, parce qu'il y a un super panorama tout en haut. Mais en réalité, 10 mètres plus tôt, c'était déjà beau. Et 20 mètres plus tôt aussi. Et c'est un peu ça, c'est d'apprendre aussi à se satisfaire d'autres réussites que seulement la médaille.
J'imagine que tu as dû bénéficier d'accompagnement par rapport à ça, puisque maintenant, le métier de sportif de haut niveau — même en escrime, où ce n'est pas forcément un sport qui a les mêmes moyens que d'autres — vous avez cet accompagnement-là. Et tu parlais aussi de cet investissement. J'imagine que tu as tout un staff autour de toi, comment ça se passe ?
Alors, le staff, l'environnement, ça fait partie des choses qui sont vraiment ultra importantes pour le bien-être du sportif, mais aussi pour sa réussite et sa performance. Donc moi, j'avais un staff choisi et un staff imposé. Il y a quand même quelque chose d'intéressant là-dedans. L'entraîneur qui m'a formée faisait partie de mon staff choisi, parce que finalement j'ai évolué avec lui, c'est avec lui que je voulais grandir, et c'est lui qui m'a initiée, qui m'a donné goût à tout ça. Ensuite, j'ai aussi choisi mon préparateur mental, qui était à l'extérieur de la structure de l'INSEP, alors qu'on pouvait en bénéficier de manière gratuite dans le cadre de notre accompagnement. J'avais une psychologue en plus, qui était à l'INSEP, que je n'avais pas spécialement choisie finalement, mais qui me convenait très bien. Et ensuite, pour ce qui est de l'entraînement, une fois qu'on intègre l'INSEP, c'est l'entraîneur national. Donc là, pour le coup, ce n'est pas nous qui choisissons. Il est salarié de la Fédération française d'escrime. Il s'occupe de manager l'équipe de France et on s'entraîne tous ensemble. Donc les 12 meilleures Françaises, en général, sont regroupées dans ce centre d'entraînement. Voilà le staff, un peu comment il est. Mais ensuite, à ça s'ajoute toute la partie récupération, kiné, les médecins, nutritionnistes si besoin. On a quand même un entourage très, très solide, qui permet qu'on se sente bien et qu'on performe. Et sans ça, c'est impossible.
C'est vrai qu'on n'a pas — enfin, je parle par rapport aux discussions avec différentes personnes sur le podcast — on n'arrive pas forcément à imaginer, quand on n'est pas dans le milieu, que quelquefois un sport individuel, je pense à toi, je pense au tennis, je pense au sport mécanique, etc., d'une personne, tu vas avoir peut-être 15 personnes dans son staff, alors que le sport co, c'est l'inverse. C'est-à-dire qu'ils sont 15, ils sont 30, ils sont 40, et ils ont 10 personnes pour tout le monde.
Oui, c'est vrai. Bon, alors, je ne compare pas trop au sport co, parce que je ne connais pas trop leur fonctionnement. Mais je pense qu'aujourd'hui, par exemple, sur la préparation mentale et le suivi psychologique, de plus en plus d'athlètes souhaitent se faire accompagner de manière personnelle, même s'ils sont sur un sport collectif. Mais c'est vrai qu'on a un gros staff. Après, l'entraîneur national, on le partage. L'entraîneur de club, on le partage avec tout le club. Le psychologue, de la même manière, il va travailler avec un grand nombre de sportifs. Il n'est pas qu'à nous, malheureusement. Mais oui, on a besoin d'un accompagnement. En fait, je ne dirais pas que c'est nécessaire au début de la carrière, mais quand on vient chercher des résultats qui sont extrêmes — parce qu'être champion olympique, être champion de France, c'est des extrêmes, c'est de l'excellence — on a vraiment besoin de ces petits détails, et là, à ce moment-là, ces personnes, elles deviennent indispensables.
Et tu parlais de cette équipe de 12 Françaises réunies qui forment l'équipe de France. J'imagine que vous vous êtes affrontées dans la jeunesse, les unes et les autres. Comment vous vivez ça, comment se passe cette relation ?
Alors, c'est une relation très particulière. Je ne sais pas si ça s'apparente un peu au monde du travail, où on a des collègues avec qui on va travailler en symbiose parce qu'on a des objectifs communs, et à la fois on a nos objectifs individuels. Donc on va dire que pour récupérer nos primes individuelles, aussi pour se sélectionner et pour avoir l'augmentation ou bien la promotion. Donc c'est un petit peu ça : on a nos objectifs collectifs et on a nos objectifs individuels, et on doit manager avec ça, sachant qu'on est coéquipières et à la fois adversaires. Donc c'est une relation qui est assez particulière. Je trouve qu'elle était gérée, en tout cas dans notre groupe, de manière très intelligente et bienveillante. On a réussi à se servir de notre concurrence comme une force et une émulation, ce qui était très, très... ça, c'est assez fort. Ça n'empêche qu'évidemment, oui, des fois il y a des tensions, de la jalousie ou de l'envie, et on apprend à vivre avec.
J'imagine la particularité qu'il doit y avoir, où tu as ton sparring partner pendant toute l'année et des fois tu te retrouves face à face en finale.
Quand c'est en finale, tout va bien. Je crois qu'on est toutes les deux contentes. Tout va bien, mais parfois c'est bien avant ça. C'est vrai que le match franco-français est un match qui est toujours très particulier, puisqu'il y a un aspect psychologique différent. Puis il y a aussi le fait que : est-ce que c'est la fille du groupe avec qui tu t'entends le mieux, avec qui tu partages tes plus grands secrets, ou est-ce que c'est la fille avec qui tu as moins d'affinités mais que ça se passe bien, ou même celle avec qui tu ne t'entends pas ? Ça va aussi jouer. Mais en tout cas, quoi qu'il se passe, les liens qu'on va tisser avec ces filles-là, c'est quand même des liens très forts, parce qu'on va partager cinq heures par jour d'entraînement pendant des années, puis des émotions très fortes lors des compétitions, des grands chagrins et des grands moments de joie. Donc ça reste dans tous les cas des filles avec qui on va se lier, alors soit d'amitié, ça peut arriver. Franchement, moi je n'ai pas de filles avec qui je me suis vraiment opposée au point que je ne voudrais pas lui adresser la parole. Donc finalement, je me dis que ça a été plutôt bien géré. Mais par contre, je sais qu'il y a des filles qui seront là le jour de mon mariage, si je me marie, et qui seront là pour mes plus grandes réussites, ça c'est sûr.
Tu es de quelle génération au niveau de l'équipe de France ?
1996.
OK. Et alors, 1996, ça ne va peut-être pas parler à tout le monde. Quels sont les collègues que tu as, l'équipe que tu as autour de toi en équipe de France ? Est-ce qu'il y a des noms comme toi qui sont connus, reconnus ?
Alors, ma génération est une très, très forte génération. Elle est exceptionnelle. Elle est exceptionnelle, la génération 96. Notamment la championne olympique à Paris 2024, qui s'appelle Manon Brunet, qui fait partie de ma génération. L'année juste avant, la vice-championne olympique à Paris 2024 en individuel, Sara Balzer, qui est de 95. Donc cette période-là a été une grosse génération. Et il y en a beaucoup d'autres que je ne cite pas. Mais on a une très, très forte génération.
Oui, et puis en plus, l'équipe de France a performé, surperformé, et c'est encore le cas, au-delà de Paris 2024, en équipe, en individuel.
Oui, en individuel comme en équipe, c'est là où c'est assez fort. Aux Jeux Olympiques, on a eu deux médailles en individuel, malheureusement pas par équipe. Et ça, c'était assez étonnant, mais c'est le sport, ça arrive. Par contre, par équipe, on était numéro une mondiale. Donc, on a réussi à se hisser sur tous les podiums de l'année avant les Jeux Olympiques. L'été dernier, les filles sont championnes d'Europe, championnes du monde par équipe. Cette équipe-là, c'est l'équipe numéro une mondiale. Donc, on a une très, très forte équipe.
Ça va être génial, comme tu dis, l'émulation juste avant, de pouvoir être prêt, se sentir au summum quelque part, et avoir toutes les planètes alignées. Parce qu'en individuel, tu ne dépends que de toi, mais par équipe... Peut-être que tu peux expliquer d'ailleurs comment se passe un match par équipe ?
Oui, bien sûr. Alors, en individuel, les tableaux d'élimination, donc les matchs qu'on fait où soit on gagne, on continue la compétition, soit on perd. On va en 15 touches : le premier qui a mis 15 touches remporte le match. Alors que par équipe, c'est un format de relais. Il va y avoir des équipes de 4 avec une remplaçante. Et les 3 filles de chaque équipe vont rencontrer les 3 filles opposées. Et ça va aller jusqu'en 45 touches, avec des relais de 5 touches. Donc c'est une rencontre qui va durer à peu près 1 heure par équipe. Et c'est hyper sympa. On a plusieurs postes. On a le poste de poumon : c'est la fille qui va enchaîner les matchs avec le moins de repos. On a le poste de finisseuse : souvent, c'est la fille qui est la mieux classée ou considérée comme la plus forte mentalement pour pouvoir assumer le rôle de finisseuse, c'est-à-dire réussir à finir le match. Et l'avant-dernière, elle a aussi un rôle important, puisque le but, c'est de mettre dans les meilleures conditions la dernière.
D'accord, il y a des rôles comme ça, titrés. OK, intéressant. Tu avais quel rôle, généralement ?
Moi, j'ai été pas mal poumon. J'ai souvent été considérée comme une des filles du groupe la plus physique. Pour moi, c'était un rôle qui me convenait bien. Et aussi parce que cette équipe était tellement forte que pour être dernière, il y avait déjà des filles comme Manon Brunet ou d'autres, Sara Balzer, comme la championne olympique, la vice-championne olympique. Puis on en a eu vraiment d'autres. On a une équipe tellement forte que j'ai rarement atteint ces postes-là, parce qu'il fallait être numéro 1, numéro 2 française pour se mettre là.
C'est trop bien. Génial. Et tu te décris comme quelqu'un de déterminée, d'explosive, mais aussi rebelle. Est-ce que c'était le cas déjà enfant et ça t'a poursuivie pendant toute ta jeunesse ?
Oui, je dirais que oui. J'ai toujours été un peu rebelle, mais je ne me rendais pas trop compte. La chose qui revenait beaucoup, c'était l'esprit de contradiction. Après, rebelle, ça a été un surnom qui est arrivé quand j'étais en équipe de France, par les coéquipières. Ça s'est fini avec une fin de carrière où je suis sortie de structure pour m'entraîner avec mon entraîneur formateur. J'ai fini en apothéose de « je suis mon chemin à ma manière ».
Tu te montres bien rebelle.
Voilà. Et ça m'a rendue très heureuse. Donc j'étais rebelle dans ma manière de faire, bien sûr il y avait un cadre, et le cadre était toujours respecté et me convenait bien, mais il y avait aussi cette partie où garder un peu le lead de cette carrière qui m'appartient quand même. Et plus je grandissais, plus je m'affirmais, donc plus les choix, ils étaient engagés entre guillemets. Mais ça m'a bien portée, et je crois que ça restera. C'est une personnalité, c'est comme ça.
Ça fait partie du tempérament. Et puis derrière rebelle, on peut mettre plusieurs choses. Ça peut être anticonformiste, ça peut être justement se faire son propre chemin. Peut-être que tu vois une autre définition qu'au simple mot rebelle.
Oui, c'est ça.
Tu as grandi dans un univers qui n'était pas forcément prédestiné au sport de haut niveau. Tu me dis si je me trompe, mais je ne crois pas que dans ta famille, il y avait des champions du monde de ça. Qu'est-ce qui t'a donné cette rage de performer ? Et ce serait quoi, de viser l'excellence ?
Eh bien, lors de ma première année d'initiation à l'escrime, donc quand j'avais 10 ans, ce maître d'armes que j'ai eu, il a tout de suite cru en moi. Dès la fin d'année, il a convoqué ma mère. Donc là, j'avais un peu peur. Et en fait, il lui a dit : Margaux, elle a un talent pour l'escrime. Et si elle commence, si elle va dans un club, qu'elle s'entraîne de manière plus régulière — parce qu'à ce moment-là, j'étais à une heure par semaine d'escrime, vraiment sous un format découverte — si elle participe à des compétitions, elle va être forte. Et en vrai, c'est ça. Je crois que quand on a 10 ans et qu'il y a quelqu'un qui vient te dire « fais ça, parce que tu vas être forte et tu vas pouvoir aller très loin dans ça », c'est tellement gratifiant que moi, ça a été vraiment ça qui m'a donné envie. Et après, je me sentais aussi valorisée, et j'avais cette chance que finalement, oui, probablement que j'avais un talent, parce que je m'entraînais et ça payait. Donc quand on a des résultats qui suivent l'investissement, c'est trop génial. Et puis, j'ai aimé tous les aspects à côté : l'aspect social du club, les compétitions, prendre le train, puis après l'avion, vivre toutes ces aventures, c'était vraiment trop cool. À côté de l'école, finir les cours — alors je n'allais pas boire un petit café avec les copines, mais j'allais vite à l'entraînement — et j'avais mon groupe d'amis en dehors, c'était une sorte de refuge.
Oui, et puis ça t'a ouvert un monde que tu ne pensais peut-être même pas accessible, et du coup avec les yeux grands écarquillés, je pense. Pour expliquer l'escrime — tu vas le faire mieux que moi — il y a trois types d'armes, si je ne dis pas de bêtises, entre le fleuret, l'épée et le sabre. Toi, tu as choisi le sabre. Est-ce que tu peux expliquer les différences, pour un non-initié, de ces trois armes ?
Alors, du coup, moi je n'ai pas choisi le sabre, c'est l'arme à laquelle j'ai été initiée dès la première année, et ça a bien matché et j'ai continué avec celle-là. C'était aussi celle que mon entraîneur enseignait. Mais pour les trois armes : en fait, le sabre, c'était l'arme de la cavalerie, donc les personnes qui étaient à cheval. Et la particularité, donc, c'est qu'on touche tout ce qui est au-dessus des hanches, les jambes ne comptent pas, et c'est la seule arme qui est une arme de tranchant, donc on peut toucher avec toute la partie de la lame et la pointe, alors que l'épée et le fleuret, on touche seulement avec la pointe. Pour l'épée, de la tête jusqu'au pied. Et pour le fleuret, seulement le tronc.
D'accord.
Donc voilà un peu pour les différentes armes. Après, esthétiquement, elles sont un tout petit peu différentes. Mais dans la globalité, c'est des armes assez légères, entre 500 grammes et 850 pour l'épée. Et ça fait environ 1 mètre 05, la lame. Donc c'est des armes qui sont quand même... la grosse différence se voit au niveau de la coquille. C'est la garde qui protège la main.
D'accord. Et est-ce que — j'imagine que par rapport à ces différentes typologies de sport, puisque ce sont des... je ne sais pas si on peut le différencier un peu comme l'athlé, où c'est un ensemble avec différentes disciplines. L'escrime, l'escrime, je ne sais pas si c'est ça.
C'est ça, ouais.
Et du coup, il y a des personnes qui sont, ou il y a des aptitudes qui sont privilégiées pour tel ou tel type d'arme ? Par exemple, toi, très bonne sabreuse, est-ce que tu aurais fait une très bonne fleurettiste ? Je ne sais pas si on dit comme ça, je ne sais pas.
On rigole un peu, on a l'impression qu'il y a des personnalités ou des types de personnes qui vont plus s'orienter sur une arme ou sur une autre. Mais pour la plupart des escrimeurs, ils ont une histoire un peu similaire à la mienne. C'est-à-dire que c'est très rare de retrouver aujourd'hui un escrimeur qui a essayé les trois armes et qui a choisi celle qu'on considérait qui lui convenait le mieux. Mais par contre, je ne sais pas si c'est l'arme qui force la personnalité ou pas, mais on retrouve au sabre des gens assez énervés, qui sont — c'est l'arme la plus rapide — qui sont plus excités, qui sont des personnes de prise de décision. À l'épée, on va retrouver des personnalités plus calmes en général, qui sont très réfléchies, qui sont plus posées. Et le fleuret, c'est un peu l'entre-deux. Mais je ne saurais pas trop dire si c'est parce qu'on se lisse ou si c'est le sport qui veut ça. Ou si finalement, ceux qui réussissent, c'était ceux qui avaient ces personnalités, parce que c'est ceux qui matchent le mieux. Mais en tout cas, que ce soit l'une ou l'autre des armes, c'est un sport qui est très complexe. Ce qui fait qu'on n'a pas de nécessité d'avoir une qualité en particulier. On peut très bien avoir des carences sur certains domaines et exceller sur d'autres. Et on voit différents types de champions qui n'ont rien à voir. On a des très grands, très physiques, mais on a aussi des personnes qui ne sont pas tellement très athlétiques, qui ne vont pas nous impressionner physiquement, mais qui vont être très techniques, qui vont être très précis, qui vont être très stratèges. On a vraiment de tous les profils. Ça, c'est une belle richesse, et ça permet de s'identifier et de se dire que, quelle que soit notre apparence physique ou nos qualités, c'est possible.
Et quelles étaient tes qualités à toi ? Tes points forts ?
Numéro 1, vraiment, j'étais considérée comme une athlète très physique. Quand on dit une athlète physique, c'est avec de belles qualités d'explosivité, de vitesse, de précision. Ensuite, forcément, quand on arrive à ce niveau-là, on a de la technique, on a un peu de tout, on a un beau mental. Mais une des choses, je dirais que j'avais des qualités physiques un petit peu hors normes. Un truc qui est assez fou dans ma carrière, c'est que je ne me suis jamais blessée. Dans une carrière de haut niveau, c'est assez exceptionnel.
En 20 ans, oui.
En 20 ans de carrière, pas une seule blessure.
365 jours par an à l'entraînement.
C'est un palmarès qui devrait être affiché sur mon mur.
On le mettra en titre d'épisode, si tu veux. 20 ans de carrière, sans aucune blessure.
Oui, voilà.
Incroyable.
Les qualités physiques, je pense. Les qualités physiques en numéro 1.
Et tu disais que le sabre, c'est une arme rapide, tranchante, fluide. Tu t'es reconnue en ça, dans ces traits ?
Oui, la vitesse, mais la prise de décision surtout. C'est une arme où on a très peu de temps. Les touches vont très vite. On a peu de récupération entre les différentes touches. Je suis aussi stratège, j'aime beaucoup ça. Et après, l'escrime en général, l'idée, c'est quand même de piéger son adversaire. Donc cette relation aussi, elle est hyper sympa. Ce n'est pas un sport de combat, c'est un sport d'opposition. Et ça, ça rend ça assez drôle. Après, il faut vraiment imaginer, pour expliquer l'escrime, c'est comme si on avait deux chats, et les deux, leur but, c'est de toucher l'autre. Sauf qu'il faut vraiment que ce soit nous, la personne qui va être récompensée par le point, qu'elle soit offensive. Donc, il faut que ce soit elle qui vienne toucher l'autre, et pas qu'elle se fasse toucher. Donc, c'est comment réussir à toucher un chat. C'est une personne qui essaye de nous toucher, sans qu'on le fasse en même temps. Et c'est hyper drôle, c'est très intuitif. Et même une personne qui n'a jamais fait d'escrime, sur une initiation, elle va pouvoir s'amuser tout de suite, parce que c'est très intuitif.
À t'écouter, il y a ce côté un peu roublardise qui a l'air de pas mal te plaire.
Bien sûr, mais même dans le sport de haut niveau. Ensuite, l'idée, c'est aussi une preuve d'intelligence, de jouer avec les règles, de jouer avec l'adversaire. Donc bien sûr, il y a ça. Il y a d'autres personnes qui comparent l'escrime à un jeu d'échecs avec une partie physique. Mais c'est vraiment ça : c'est poser ton pion en plein milieu, donner à la personne envie de le manger, il fait ça avec son cavalier, il est trop content, et puis ensuite tu lui bouffes sa reine.
Exactement. Voilà, échec et mat. À peu près ça.
Tu entres vite du coup dans le haut niveau. Comment tu as réussi, avec le recul j'ai envie de dire, à garder l'équilibre entre la vie d'ado et cet entraînement un peu de guerrier, et aussi cet univers qui s'ouvre à toi ? Parce que c'est une vraie dualité, on n'est pas préparé à ça, je pense.
C'est une vraie dualité. Les structures y ont participé quand je suis entrée à l'INSEP. On avait des horaires aménagés, avec une école qui était directement dans le centre sportif. Donc ça, forcément, ça aide. On avait un vrai accompagnement si on avait des difficultés au niveau scolaire. On avait aussi un responsable de pôle qui surveillait qu'on ait des bonnes notes. Et si on n'avait pas des bonnes notes, on était privées d'entraînement. Donc pas trop de choix.
Il y a la carotte et le bâton.
Voilà, exact. Et après, je voulais vendre un petit peu l'INSEP, parce que le directeur de l'école, il est super, mais il y a 100 % de réussite au bac. Donc, c'est quand même assez fort pour des élèves qui ont bien moins d'heures de cours et qui, en plus, ont beaucoup d'absences. Donc, là, pour le coup, les structures, ça a beaucoup aidé. Et après, forcément, je n'avais pas le même quotidien qu'un enfant qui n'avait pas de compétition à ce niveau-là, mais finalement... On ne passe pas nos week-ends avec les copains à aller au cinéma, mais on est quand même avec des copains ailleurs. On se fait des amis du monde entier. Et aujourd'hui aussi, les réseaux sociaux participent énormément. On avait quand même notre vie sociale, d'une autre manière. Et je pense que je me suis quand même beaucoup amusée dans tout ça. C'était, pour moi, je voyais ça comme du sport de haut niveau, mais aussi beaucoup comme un jeu. Donc ça allait, ce n'était pas que de la contrainte et du sacrifice.
Oui, tu as vraiment vécu ça comme une aventure, une expérience, avec tout le côté positif que tu pouvais en ressortir.
Oui, mais vraiment, je ne peux pas vendre ça comme un truc trop, trop beau, parce que ce n'était pas que trop beau. Il y a beaucoup de choses très difficiles. Rester à l'INSEP est très difficile. On est sur un siège éjectable. Parfois, on va tout donner, et l'année suivante, on peut être virée de l'INSEP et notre rêve peut s'arrêter là. Parfois, on a un club qui ne peut plus nous aider financièrement, et ensuite, si on ne peut pas payer la prochaine Coupe du Monde, on n'y va pas. Il y a plein de choses difficiles. Et puis, les échecs, quand on n'atteint pas nos objectifs et qu'au fur et à mesure, on n'est plus sélectionnée sur les compétitions. Il y a quand même pas mal de choses difficiles. Et vivre avec nos concurrentes numéro une n'est pas la chose la plus facile. Mais il y a tellement de choses merveilleuses. Franchement, il y a une vraie dualité. Les gens le disent, c'est l'école de la vie. Je pense que le sport, c'est l'école de la vie. Le sport de haut niveau, c'est Sciences Po de la vie. C'est les écoles d'élite. Quand on en sort, on est capable de grandes choses.
Mais c'est sûr que je pense que c'est le niveau d'intensité. Tu vis les choses avec une très forte intensité, que ce soit en positif ou en négatif.
Oui, c'est ça. Quand les victoires sont là, c'est très, très fort. Mais du coup, de la même manière, quand c'est difficile, c'est très difficile.
Et tu disais qu'on rentre en équipe de France après 20 ans, senior. Tu fais donc en 2017 ta première Coupe du Monde avec l'équipe de France, senior cette fois. Et tu décroches dès ta première Coupe du Monde la médaille d'or par équipe. J'imagine que ça a dû être un sentiment hyper particulier.
Alors c'est trop beau. Moi j'étais très fière d'intégrer cette équipe parce que, comme tu dis... Quand on fait une première Coupe du Monde par équipe et qu'on la gagne, ça montre à quel point cette équipe est forte. Intégrer, jeune, et réussir à gagner, ça montre à quel point il y a un vivier et une relève.
C'est ce que j'allais te dire. C'est que tu es en plus arrivée dans une équipe où il y avait le niveau là-haut et tu n'as pas le droit de décevoir.
C'est très rigolo, parce que l'été, avant de faire ma première entrée en équipe, les filles sont championnes du monde par équipe et j'assiste à ça parce que je suis remplaçante. Donc j'étais cinquième. Je vais en Chine, c'était en Chine. C'est exceptionnel : à ce moment-là, on n'était pas encore l'équipe de France comme on l'est maintenant, qui a un statut très, très élevé. Le groupe commençait à être fort, mais c'était le premier grand championnat gagné comme ça. Et je me souviens, parce que je suis remplaçante, toute cette saison je fais des super résultats, et j'y crois beaucoup et j'ai envie d'aller chercher cette place. Et à l'issue de cette compétition, je me dis : Margaux, retourne au travail, il y a encore énormément à faire. Honnêtement, elles sont championnes du monde sans toi, tu vas pouvoir retourner à l'entraînement et continuer de gravir les échelons. Finalement, dès le début de la saison, il y a une fille qui est blessée, donc je rentre dans cette équipe et là, on gagne. Et ça me conforte et je me dis : je me suis trompée dans mon analyse. Elles ont été trop fortes, elles ont été championnes du monde parce qu'elles sont trop fortes, et elles auraient pu le faire avec moi aussi. Et du coup, mon mindset, il change. Et c'est vrai que rentrer dans cette équipe et vivre une victoire, ça m'a aussi permis de grandir, moi, dans ma tête, et de me dire : si, si, c'est possible. Ce n'est pas parce que tu ne peux pas y aller que tu n'es pas assez forte. C'est juste que les autres sont très, très fortes, elles aussi. Et il faut juste réussir à se placer plus haut.
C'est intéressant, cette capacité d'analyse que tu as eue. Tu l'as eue sur le moment venu ou c'est après, ça a mis du temps à mûrir ?
Du coup, c'est vraiment venu après cette victoire-là, où je me suis dit... Je pensais que je n'avais pas du tout le niveau, parce qu'en les voyant championnes du monde, je me disais : mais ça, je n'en suis pas là. Et le fait de gagner la Coupe du Monde dès la première entrée, je me suis dit qu'en fait, si. Mais il va juste falloir réussir à se hisser dans cette équipe. Et aujourd'hui, cette équipe, elle le montre hyper bien, parce que je crois que sur les trois derniers championnats d'Europe, les équipes, elles sont différentes à pratiquement 50 % et elles sont toutes championnes d'Europe. Il y a eu, en deux ans — sachant qu'une équipe, c'est quatre filles — en deux ans, il y a eu sept championnes d'Europe par équipe. Ça veut dire qu'on a changé l'équipe de 80 %, pratiquement 75 %. Et elles sont quand même championnes d'Europe. Donc c'est une équipe très forte. Mais la grosse difficulté, forcément, c'est... moi, par exemple, je ne me suis pas qualifiée pour les Jeux Olympiques. Mon combat, il était contre les Françaises. C'était les filles avec qui je m'entraîne qui sont trop fortes. Peut-être que si j'avais été dans un autre pays, je me serais qualifiée. Et peut-être même que j'aurais fait quelque chose. Mais en tout cas, en France, le niveau était tellement dense que c'était très compliqué.
Alors tu fais un saut de 7 ans, on va y arriver. Mais j'imagine justement que 2017, c'est ta première médaille d'or par équipe. C'est toujours un sentiment particulier. Est-ce que tu te souviens d'un moment précis ou d'un flashback ? Il y a un souvenir, il y a un moment de cette première médaille ensemble, comme tu dis, en équipe, dans un sport individuel, où tu arrives à tenir la dragée haute avec l'équipe de 2017 ?
Je me souviens surtout des moments sur les bancs. En gros, la grosse particularité de l'épreuve par équipe, c'est comme c'est des relais, on se débranche, on a nos fils. Ça, en général, les gens le visualisent bien parce qu'aux Jeux Olympiques, on débranche ce fil, et en fait, on passe le relais à notre coéquipière. Et en fait, à chaque fois qu'on fait ça, on n'est plus seule sur la piste, et on se débranche et finalement... on continue, c'est comme si on était encore sur la piste, alors que c'est l'autre qui fait son match. Franchement, ce qui m'a vraiment portée, c'était cette ambiance, cet esprit bleu. Moi, après, je suis fan de mon équipe, de mes coéquipières, mais elles étaient plus âgées que moi à ce moment-là, ces filles-là, et elles nous donnent confiance, elles nous disent des mots, elles nous encouragent, alors que peut-être qu'un jour, on prendra leur place. Mais en tout cas, sur ce match-là, on est toutes ensemble, c'est trop fort. Les émotions par équipe, honnêtement, elles sont décuplées. Et moi, j'ai un plus gros palmarès par équipe qu'en individuel. Et j'ai pris plus de plaisir sur mes médailles par équipe.
Et l'esprit, c'est autant mental que physique. Tu le retranscris bien dans tes propos.
Je ne saurais pas dire si c'est... Je ne saurais pas le dire non plus.
Mais du moins, il y a les deux sphères à prendre en compte. Tu as l'impression qu'il y a un vrai changement de paradigme là-dessus, sur ces 15-20 dernières années, sur l'aspect mental par rapport au physique ?
Oui, vraiment. Ça nous vient un peu des pays étrangers, où ils ont plus de moyens dans le sport. Parfois, ils investissent plus. Ils n'ont pas hésité, très vite, à rajouter des accompagnements annexes. Alors qu'en France, c'était peut-être un peu plus tabou. Mais aujourd'hui, aucun sportif ne se prive de se faire accompagner sur le plan mental, parce que c'est prouvé que cet accompagnement-là, il nous permet forcément soit d'être plus performants, soit d'être mieux dans notre carrière. Et comme on dit, on vit des choses tellement hautes qu'on a besoin d'avoir un endroit, un exutoire, une personne à qui parler, une personne qui comprenne, une personne qui nous écoute. Et cet accompagnement-là — et des conseils aussi, mais oui, cet accompagnement-là — aujourd'hui, il est beaucoup plus démocratisé, beaucoup plus populaire. Alors que quand on est entrées, non, ce n'était pas le cas. En tout cas, mes 10 premières années, je ne me suis pas fait accompagner ni par une psychologue, ni par un préparateur mental.
Et puis, tu avais peut-être ce côté encore un peu tabou de « il ou elle a besoin d'aide ». C'est limite anormal.
Non, nous, c'était plus l'entraîneur qui disait : quand tu rates une compétition, tu ne vas pas chercher des excuses ailleurs, il faut que tu retournes au travail, et que tu fasses plus de marche-marche-fente, plus de déplacements devant les miroirs, les fondamentaux. Peut-être que, tu vois, tu fasses plus de footing. C'était plus ça, les croyances de l'époque. C'était que si on commençait à dire qu'on avait perdu parce qu'on était stressée, on se donnait des excuses. Alors qu'aujourd'hui, on perd une compétition parce qu'on est stressée. C'est comme ça. On peut bien connaître son texte et avoir super bien révisé notre oral, on peut très bien rater notre oral, pas parce qu'on n'a pas bien travaillé, mais parce qu'on n'a pas su gérer notre stress. Et c'est très dommage de ne pas travailler là-dessus, parce que si ça se reproduit encore et encore, ça finit par créer des sentiments assez difficiles pour l'athlète. On retourne au travail, on donne toujours plus. On va aller chercher du surentraînement parce qu'on se dit que ça n'a pas suffi. Alors que finalement, peut-être que les problèmes à régler, ils sont ailleurs.
Tu parlais de compétition en équipe, où tu as pris le plus de plaisir. Tu as fait aussi une petite escapade en 2019, parce que l'équipe de France ne te suffisait pas, donc tu es allée en équipe de France militaire.
Oui.
Tu peux en parler ?
Oui, c'est vrai, c'est bien.
Donc ça, c'était en 2019 ? Si je me souviens bien, c'était plutôt une réussite aussi ?
Oui, donc j'ai des coéquipières qui sont soutenues par l'armée, donc qui sont militaires et qui sont détachées pour pouvoir s'entraîner. Et elles avaient besoin d'une coéquipière par équipe. Et du coup, j'ai eu la chance de participer à l'épreuve du championnat du monde militaire. On est championnes du monde militaire. Et c'était très cool. Et d'ailleurs, à cette époque-là, on perdait énormément contre la Russie, qui était un grand pays de l'escrime, et on avait battu les Russes et on était ultra contentes.
Tu as eu... Alors, c'est très résumé ce que je vais dire, mais tu as eu un parcours, un sommet de réussite de façon très régulière, de ton début à la jeunesse jusqu'à 2023, où tu as été vice-championne du monde par équipe. Tu as ce JO Paris 2024 dont tu voulais parler tout à l'heure, qui était une échéance très particulière, parce que j'imagine la pression : c'est en France, c'est dans ton pays, c'est avec tes copines. J'imagine même pas, justement, la préparation, comme elle a dû être difficile, et aussi la pression que vous deviez avoir, de se dire : c'est les Jeux en France, il faut faire les fameuses 100 médailles, il y a toute l'attente du public autour de vous.
Il y avait un double enjeu, parce qu'honnêtement, oui, il y avait une pression comme on n'a jamais connu avant, mais on avait aussi un engagement comme on n'a jamais connu avant. Un engagement au niveau des partenaires, mais un engagement fédéral, un engagement institutionnel qui était très différent, qui a fait beaucoup de bien, beaucoup de soutien aussi. Donc, il y avait les deux. Maintenant, moi, pour résumer, globalement, je ne me suis pas qualifiée parce que les autres filles étaient plus fortes. Et finalement, j'ai assez bien vécu cet échec, parce que dans les équipes, en fait, il y avait deux filles — les deux qu'on a citées tout à l'heure, Sara et Manon — qui étaient déjà pratiquement qualifiées avant le début de la qualification, tellement elles étaient placées haut dans le classement mondial. Et dès la première Coupe du Monde qualificative, une troisième fille est venue et a fait un podium : c'est Cécilia Berder, qui est une athlète qui avait déjà fait pas mal d'Olympiades et très forte aussi. Ce qui fait qu'en fait, la qualification, elle s'est finie pratiquement dès le début. C'était déjà une qualif' olympique, c'est dur, mais là, c'était une course à réussir, à repasser devant des filles qui sont excellentes et qui ont déjà excellé. Et en fait, j'ai eu toute une année pour me dire : je vais tout donner quand même, mais ça va être très, très, très compliqué. Et c'était une course dans une course. Donc, moi, je n'ai pas eu de regrets sur ça, parce que j'ai fait tout ce que je pouvais. Et finalement, j'ai eu moins de pression, peut-être, du fait que les filles, elles ont pris leur place aux Jeux Olympiques bien trop tôt pour nous laisser espérer.
Oui, c'est ce que j'allais te dire. C'est-à-dire que dans certaines disciplines, ça se décide quelques mois avant la fin de parcours, tandis que toi, comme tu l'as dit, tu l'as su assez tôt, quelque part.
En fait, ça se décidait quand même assez tardivement, mais la manière dont on les sélectionnait faisait que les filles qui ont performé dès le début, elles étaient pratiquement intouchables.
Parce que c'est un quota par pays, c'est ça ? Pour participer aux Jeux ?
Je vais vous expliquer. Pour l'escrime, pour le sabre : si jamais on arrive à placer l'équipe de France — donc c'est là où on a un double enjeu, c'est de qualifier par équipe l'équipe de France aux Jeux Olympiques — et pour ça, il faut qu'on soit dans les quatre meilleures nations mondiales, donc soit première, soit quatrième mondiale, mais pas plus loin. Et ensuite, il y a un pays par continent qui est qualifié par équipe. Si on arrive à faire ça, on peut présenter trois filles en individuel. Si jamais l'équipe de France n'est pas dans ses quatre premiers pays mondiaux ou le premier pays européen, c'est seulement une Française maximum — donc même pas obligatoire — qui pourra participer aux Jeux Olympiques en individuel, et donc pas d'équipe aux Jeux Olympiques. Donc nous, on s'est fait qualifier par équipe. Et du coup, cette qualification, elle a été due au fait que... Enfin là, c'était au moment où j'étais en équipe, donc en 2023. La qualification, elle commence au moment des championnats d'Europe où on est championnes d'Europe et vice-championnes du monde. Donc là, on prend plein de points pour les Jeux Olympiques. L'équipe, elle est qualifiée. Et on sait qu'en fait, sur l'année 2024, c'est la place en individuel qui va se jouer. Maintenant, on a qualifié l'équipe, il faut continuer à bien placer l'équipe pour qu'elle reste très haut et qu'on ait un bon tableau. Mais ensuite, il restait juste à savoir qui composerait cette équipe. Et c'est ça qui est un peu difficile. C'est le jeu. Mais moi, du coup, j'ai participé à qualifier cette équipe, et une fois qu'elle était qualifiée, je n'ai pas réussi à me hisser pour prendre une de ces places. Et ça, c'est quelque chose qui est quand même assez dur et qui est particulier.
C'est ce que j'allais te dire, c'est très frustrant. Maintenant que l'on connaît le système, comme tu as dit, une équipe de France, c'est 4 plus 1 avec la remplaçante, donc c'est 5 personnes. Et au final, tu n'as que 3 individuelles qui ont été prises maximum, qui pouvaient être prises maximum.
3 individuelles, et il y a une quatrième fille qui est sélectionnée pour les Jeux Olympiques, qui participe seulement à l'épreuve par équipe.
Exactement. Et tu as connu, j'imagine que oui, ton rang. C'était quoi, après ? Au final, tu étais cinquième, juste derrière ?
L'année des Jeux, non. Au final, l'année des Jeux, mes résultats ne sont pas extraordinaires. Je ne suis même pas cinquième. Je suis peut-être plus loin, 6, 7. En fait, à partir du moment où je n'étais pas dans les trois, très vite... D'ailleurs, c'était une place qui ne me donnait pas envie. Je n'avais pas envie d'être au plus près des Jeux Olympiques, remplaçante. En plus, c'était un poste que j'ai déjà connu dans le passé, qui est très formateur mais très douloureux aussi. À ce stade de la carrière, c'était vraiment quelque chose que je n'avais pas envie de vivre de cette manière.
Et alors, comment tu les as vécus, toi, les JO ? Tu n'as pas pu être qualifiée, mais une fois avoir fait ce petit deuil, on va dire, que tu as fait au final assez rapidement, comment tu as vécu cette effervescence et ces JO, et de voir tes copines match après match gravir les échelons ?
D'abord, je me suis laissé l'opportunité de ne pas aller voir les Jeux Olympiques. Je me suis dit que si je ressens que c'est douloureux, peut-être que je partirais à l'étranger, que je fuirais les Jeux Olympiques. Et finalement, j'ai très vite senti que j'étais en paix avec ça. Donc, j'ai pris des places quand l'opportunité s'est présentée, et j'ai assisté à la finale historique des deux filles en individuel. Et les épreuves par équipe, j'ai pu aller voir, j'ai adoré, c'était magnifique, le Grand Palais. Et je les ai assez bien vécues, je les ai vécues en paix. Donc déjà, c'est quand même assez fort quand l'objectif est de se qualifier, de pouvoir regarder ses coéquipières et les encourager. J'étais hyper contente pour elles. À partir du moment où, de toute façon, moi, je ne pouvais pas ramener de médaille, j'avais vraiment envie que mon équipe et que les filles récompensent leur travail. Et puis ça légitime encore plus leur place. On ne se dit pas : oh purée, ça aurait été mieux que ce soit moi.
Oui, c'est vrai. Et puis ça reste tes partenaires aussi. Et de réussir à faire le pas de côté, comme tu dis, c'est génial.
Et de se réjouir de leur victoire, qui est très cool, parce que ça aurait pu ne pas être le cas. Et si ça n'avait pas été le cas, j'aurais été totalement alignée et très sûrement très loin.
Et justement, pour faire un petit rewind de ce qui s'est passé aux JO — tu pourrais l'expliquer mieux que moi — mais c'était un scénario un peu idyllique. Déjà le cadre, tu en as parlé, le Grand Palais qui était magnifique, qui rendait super bien à l'image. Je n'étais pas à Paris, mais au moins je l'ai vu à l'image. Donc tu as le Grand Palais qui était magnifique, tu as eu ce parcours, elles n'ont pas été trop inquiétées, j'ai eu l'impression, mais je ne suis pas expert, tu en parleras mieux que moi. Et cette fameuse descente où tu les voyais émues toutes les deux et presque à se soutenir du regard et à se dire, ben voilà, en fait, comme tu l'as dit un peu plus tôt : quand il y a eu une finale, on l'a fait.
Ouais, c'est ça, vraiment, c'était ça, je pense. Après, elles ont toutes les deux été très guerrières, trop bien, mais elles ont mis le match, c'est la plus belle des batailles. Mais ouais, c'était un scénario idyllique et moi je suis très fière. Ça rend fier notre pays, ça rend fier notre sport, ça fait une belle visibilité aussi. Moi, je l'ai commencé par hasard. Et tous les autres sports que j'avais faits, je les avais choisis. Donc celui-là, si je ne l'ai pas choisi, c'est parce qu'il n'est pas connu, parce qu'on n'en parle pas. Donc quand les filles, elles arrivent à faire ça à domicile, sur la plus grande compétition, elles mettent en valeur notre sport. On est fiers, on est heureuses. Et voilà, c'était trop cool.
Et puis comme tu dis, l'attitude, d'avoir les deux drapeaux français comme ça sur le podium, et cette union qu'il y a eu à la fin, où je crois que c'est Manon qui est allée la voir, pareil pour la féliciter, et tout ça, c'était une belle image dans l'attitude et dans la cohésion. Et avoir ces deux drapeaux français, c'est génial.
Ouais, c'était trop cool.
Tu as été une partenaire efficace avec d'autres.
Ouais, super. C'est tout ce dont je rêvais.
Non, mais quelque part, une fois que tu es en paix, tu leur souhaites le meilleur.
Oui.
Ça, c'est chouette. Justement, on va parler un peu de la suite, puisque tu as 30 ans à peine, si je ne dis pas de bêtise.
29.
Pardon. Tu vas sur ta 30e année. À ce stade de ton parcours, quelle est la carrière, la suite ? Jusqu'à quel âge on va, en escrime ?
Je ne savais pas trop si j'allais poursuivre pour aller jusqu'à Los Angeles. Et là, il y a deux semaines, j'ai participé à une compétition qui s'est bien passée. C'était trop cool avec les copines. J'ai fait de bons résultats. Je perds contre la sixième mondiale à une touche, deux touches. Mais j'ai fait une très belle compétition. Je fais un strike en poule — strike, ça veut dire que je bats toutes les filles de ma poule — et je suis directement qualifiée pour le tableau principal. Enfin, super compète. Et en fait, sur le retour dans l'avion, je me rends compte que c'était trop bien et que je suis censée repartir. Donc là, on était le lundi. Le lundi suivant, pour les États-Unis, pour la Coupe du Monde suivante. Et à ce moment-là, je me dis : non, c'est trop, c'est trop, trop. En fait, j'ai ressenti vraiment le... euh, d'abord... j'ai une entreprise à côté et un projet que j'adore. Et j'avais beaucoup de choses à faire. Et en fait, c'était un déclic. Je me suis dit : mais waouh, ça va faire trop. Il y a trop de choses. Et ce que j'ai envie, c'est d'être à Paris avec mon entreprise et pas de reprendre cet avion pour aller aux États-Unis. Et ça n'a pas du tout été prévu. Alors, je ne sais pas si ce n'est pas l'esprit rebelle, mais c'est vraiment aussi un peu ma manière d'être, prendre des décisions sans avoir besoin de les mûrir trop longtemps. Mais j'ai ressenti que c'était le moment et je me suis dit : je ne savais pas que la reconversion pouvait se passer comme ça. Bien sûr, j'y ai pensé très longtemps, de nombreuses fois : comment ça allait finir, programmer la date. En général, c'est comme ça que je l'imaginais. Et finalement, à ce moment-là, j'ai su. Donc, on est rentrées le soir. Le lendemain matin, j'ai pris mon téléphone. J'ai appelé l'entraîneur adjoint national et je lui ai dit : bon bah... je voulais t'annoncer que je libère ma place pour la prochaine Coupe du Monde et aussi que je me retire de la scène internationale. Et après, c'est parti : entraîneur de club, présidente de club, toutes les personnes qui ont participé de près ou de loin, mon préparateur mental, tout ce truc. Et voilà, ça fait deux semaines que je suis retraitée.
Tu es retraitée. Et personne ne s'attend à ce coup de fil, tu imagines, en plus ?
Non, personne ne s'attendait. Surtout que la compétition, elle se passe bien. Je viens de participer à deux Coupes du Monde depuis le début de l'année. Je me place dans les 6 meilleures Françaises, je suis sortie de la structure d'entraînement INSEP, je ne m'entraîne que de mon côté, à ma manière, c'est quand même assez exceptionnel, et je m'entraîne bien moins que ce que je faisais, je mène deux projets de front avec mon entreprise. Mon début de saison, il est très bon, il présage de belles choses, donc il n'y a aucune raison à ce moment-là que j'arrête, sauf le fait que j'ai envie de faire autre chose.
C'est ce qu'on appelle un magnifique happy end.
Oui, vraiment.
Tu crois que c'est dans ces moments-là que l'on renforce le leadership ?
Je ne sais pas si je peux affirmer ça, mais...
On en reparlera dans quelques années, parce qu'à l'initiative, c'est la bonne chose.
Je n'ai pas assez de recul depuis deux semaines.
Justement, j'aimerais qu'on parle de ta deuxième casquette, puisque tu l'as dit en préambule, tu fais partie de ces quelques personnes qui mènent deux projets de front : la vie professionnelle sportive et la vie professionnelle, mais pas salariée, entrepreneuriale. Tu as souhaité vraiment t'engager et créer un projet social et même sociétal. Est-ce que tu peux parler un petit peu de ce projet-là, s'il te plaît ?
Oui, avec plaisir. On l'a dit que j'étais maître d'armes. Il s'avère que dans toute cette carrière, dans l'environnement, la partie dont on n'a pas trop parlé, c'est la famille. Moi, j'avais une famille très soutenante, mais qui restait aussi assez loin de tous les résultats, qui ne me mettait pas la pression. Et une des personnes qui me soutenait particulièrement était ma grand-mère. Donc, en fin de vie — elle a vécu jusqu'à 91 ans — et en fin de vie, elle était institutionnalisée en établissement, donc en EHPAD. Et quand j'allais lui rendre visite, tout ce qui l'intéressait, c'était l'escrime. Donc, elle me posait toujours énormément de questions sur les règles, sur ce sport, sur mes voyages, sur mes résultats. Tout l'univers de l'escrime, c'est quelque chose qui la faisait voyager. Et donc, elle prenait beaucoup de plaisir à m'écouter parler de ça ou que je lui montre des photos, des vidéos. Et en fait, dans le cadre de ma formation de maître d'armes, j'ai appris que la Fédération française d'escrime proposait une formation pour adapter l'escrime aux personnes âgées. Ma grand-mère n'était déjà plus là à ce moment-là, mais je me suis imaginée, j'ai eu l'image, la vision d'elle qui pouvait pratiquer l'escrime dans son établissement. Et très vite, je me suis tout de suite dit : il faut que j'apprenne, il faut que je me forme et que je voie ce que ça donne. Révélation : dès la première initiation, j'ai des résidents qui essayent et il y a une dame qui me dit « Je ne pensais pas qu'à mon âge, je pourrais faire de l'escrime. Mais si ça, c'est possible, tout est possible. » Et moi, je me dis : ça y est, je sais où je vais. Je me dis, j'ai mon diplôme de maître d'armes, je suis en carrière. C'est vrai que je ne me sens pas encore d'aller entraîner des jeunes — j'ai eu une première expérience quand même en club, où j'entraîne des jeunes, mais c'est très proche : les jeunes, ils s'inspirent de mon parcours de sportive de haut niveau, ils rêvent du haut niveau, ils vont vers de la compétition. Et je ne me sentais pas dans un moment de répit, en fait, quand j'entraînais, parce que j'avais l'impression de faire de l'escrime de compétition la journée et de retourner le soir en club et faire ça. Alors que là, à ce moment-là, quand je suis formée avec les personnes âgées, c'est une dimension totalement différente. C'est une dimension qui touche le bien-être, qui touche la santé. Il y a une partie où on vient leur toucher le mental, mais c'est la confiance en soi, c'est la dignité. C'est des dimensions tellement différentes. Et puis, il y a aussi le fait que les personnes âgées sont très reconnaissantes. Moi, je suis attendue comme le messie quand j'arrive. Elles installent la salle, elles restent avant, après. Ce moment-là, c'est un moment très précieux, peut-être moins mis en valeur par des jeunes qui sont à l'école et qui, pour le coup, vivent plein d'autres choses merveilleuses. Et du coup, à ce moment-là, je décide de m'engager vers ce public. Mais je me dis : je suis en carrière, je vais donner un cours par semaine. Le mercredi après-midi, parce que c'est notre jour de repos, je suis encore à l'INSEP. Mercredi après-midi, c'est le moment où je suis disponible. Je donne un cours de 1h30 en résidence autonomie, pour des personnes âgées qui ont très peu de pathologies. Et ensuite, une heure de cours en EHPAD, pour des personnes avec plus de pathologies physiques et mentales. Et voilà, là, c'est le début de l'aventure, parce que je prends énormément de plaisir. J'ai de la chance aussi qu'à l'approche des Jeux Olympiques — vu que c'était juste avant — on a une couverture médiatique qui fait qu'au lieu de les amener à l'INSEP, moi je les amène pour voir un peu ce que je fais avec les personnes âgées, parce que ça me plaît trop. Et le projet grandit au fur et à mesure. Je teste, puis je monte ma structure, qui s'appelle Senior de Haut Niveau. Et aujourd'hui, j'ai rédigé une méthode d'entraînement. Pendant le mois de février, je vais former des STAPS APA, donc des étudiants qui sont éducateurs sportifs spécialisés dans les publics fragiles, à ma méthode. Ils vont pouvoir enseigner l'escrime aux personnes âgées avec le format que j'ai créé. Et là, maintenant, tout ce dont j'ai envie, c'est que l'escrime se diffuse dans toutes les résidences autonomie, tous les EHPAD, tous les centres médico-sociaux qui s'occupent des personnes âgées, et vraiment montrer que c'est un sport qui s'adapte parfaitement aux gens, qui a énormément de bienfaits et qui mérite d'être beaucoup plus connu aussi.
On sent beaucoup de sourire et d'engagement, d'une façon ou d'une autre.
Oui, j'ai de la chance d'avoir vécu une vie de passion dans le sport. Et c'est vrai que la reconversion, c'est un grand sujet pour les sportifs de haut niveau, qui peut être très appréhendé, et qui a été appréhendé même par moi pendant ma carrière, parce que je me disais : est-ce que je vais trouver quelque chose qui va me plaire autant ? Et quand j'ai commencé à travailler sur ce projet entrepreneurial, je me souviens que c'était avant l'entraînement, je me mettais sur mon ordinateur et je me mettais à écrire des idées très vite, et ça m'excitait, et je sentais mon cœur qui battait un peu plus vite. Et parfois, je regardais l'heure, j'avais peur d'être en retard. Et en fait, très vite, j'ai senti que j'avais de l'adrénaline à travailler sur ce projet, qu'il y avait cette partie humain, vraiment avec l'humain au cœur du projet. Et en fait, ça me convenait tellement parfaitement que c'est ça aussi qui m'a poussée, là, à prendre cette décision. C'est que je commençais à avoir ces deux projets et passions, et je me disais : il y en a un qui est en train de prendre plus de place et qui a besoin aussi de plus de temps. Et du coup, j'avais vraiment envie de me dire : allez, c'est parti, je pars dans cette nouvelle aventure.
Et comment tu te nourris de ça ? Quelle émotion ça te procure ? Est-ce que c'est la transmission ? Est-ce que c'est justement le regard ? Redonner de l'autonomie aux gens ?
C'est le bonheur. Alors, les sourires — franchement, les sourires. La fierté : ils sont super fiers et ils le montrent, mais ils le disent aussi, les résidents. Ils disent « Ah non, mais tu ne peux pas me rendre visite maintenant parce que je fais de l'escrime. » Où des fois les familles viennent, et en plus les familles prennent du plaisir aussi à venir sur le créneau d'escrime pour voir leurs parents s'exercer avec le sourire, s'amuser, se sociabiliser. Donc il y a vraiment de la fierté, il y a les sourires. Et évidemment la transmission, parce que les personnes âgées, surtout pour une personne comme moi qui a évolué dans une structure d'excellence pendant plus de dix ans à l'INSEP, où j'ai été en internat, on n'en voit pas, en fait. Nous, on est dans un cercle où on voit des sportifs de haut niveau toute la journée, puis le week-end, des sportifs de haut niveau. Et finalement, on est isolés de tout ça, un peu comme eux, mais d'une autre manière. Et là, en fait, on recrée du lien entre les différentes populations, avec le sport et avec ma passion. Et c'est trop beau. Moi, je prends énormément de plaisir. Et eux aussi, donc c'est un vrai partage.
Tu vois l'escrime comme un vecteur social puissant, de tes dires ? Oui. Est-ce que, au-delà de ce projet-là, tu as d'autres idées qui te viennent en tête ? Tu as d'autres outils comme ça que tu veux mettre dans ton entreprise ? Est-ce que tu veux en parler ou pas ?
Oui. Déjà, ce projet-là, il n'est pas venu de rien du tout. C'est que dans le club dans lequel j'ai été formée, avec mon entraîneur, qui a quand même été une figure très importante de ma carrière, qui s'appelle Olivier Servard, d'ailleurs.
J'allais te demander son nom, parce que tu en parlais sans arrêt. Au moins, il a un nom.
Lui, c'est un anonyme, bien que... il a fait un téléfilm avec Claudia Tagbo et madame Lamy, qui s'appelle Touchées, qui met en valeur ce que lui, il fait. Donc, en fait, dans le club dans lequel j'ai commencé, il y avait de l'escrime loisir, de l'escrime de compétition, mais il y avait aussi de l'escrime pour les femmes qui ont subi des violences sexuelles. Et il se servait de cet outil comme réparation. Et donc, ce film-là, qui s'appelle Touchées, ce téléfilm, il met en valeur ces ateliers-là. Donc en fait, très vite aussi, j'ai été sensibilisée au fait que ça pouvait être un outil de performance, mais que ce n'était pas seulement ça. Il y avait aussi une session pour les enfants précoces, et ça les aidait à se sociabiliser, à régler des problématiques qui étaient un peu propres à un enfant qui est en avance sur son âge, mais parfois qui a d'autres difficultés. Et du coup, j'ai vraiment appris que l'escrime, ce n'était pas juste une activité pour se défouler et qu'on pouvait faire d'autres choses avec. Et moi, je me suis orientée vers un public qui me touche, avec qui je m'entends très bien. C'est des râleurs, les personnes âgées. Ils n'hésitent pas à dire quand ça ne leur plaît pas. Ils sont très francs. Et donc, on matche bien.
Ouais, super. C'est génial. Tu fais aussi des interventions dans des entreprises ? Je suis sûr que tu avais notamment des partenaires. Tu les accompagnes toujours peut-être ?
Ouais. Alors, du coup, l'accompagnement va prendre fin, puisque là, je suis en reconversion. Mais j'ai de très, très bons liens avec les partenaires qui m'ont soutenue pendant ma carrière. Et c'est vrai que oui, j'ai été avec les Dirigeants Commerciaux de France, j'ai été avec Air Liquide, avec France Travail, et j'ai eu l'occasion de rencontrer les collaborateurs, parfois les dirigeants d'entreprise, et de les initier à l'escrime, et aussi de leur partager les outils, ceux dont on parlait : cette carrière de haut niveau et cette expérience, la gestion des échecs, du risque, la pression, la concurrence, les relations avec les collaborateurs, la hiérarchie. Tout ça, c'est des choses qu'on a beaucoup vécues et qu'on a dû traiter pour pouvoir réussir à allier ces difficultés-là, ou ces défis-là, et la performance. C'est quelque chose qui intéresse pas mal les entreprises. Et avec mon statut de maître d'armes, je peux allier la conférence, mais aussi la mise en pratique. Et du coup, c'est super sympa et c'est très impactant aussi. Donc, je prends du plaisir à faire découvrir l'escrime à tous ceux qui n'en ont pas fait, et ils sont nombreux.
C'est vrai, c'est vrai. Et justement, toi qui as le côté sportif, le côté entrepreneur, quel lien tu ferais entre le sport de haut niveau et l'entrepreneuriat ?
Quand on est sportif de haut niveau, déjà, on apprend très vite à manager un projet, à manager des équipes. On a parlé de cette équipe de presque 12 personnes qu'il faut réussir à mettre en relation. Et très jeune, il faut réussir à se vendre pour les partenaires, les sponsors. En fait, on fait énormément de choses qui touchent différents milieux. Et l'entrepreneur, il doit être aussi un peu... capable de gérer, surtout au début quand on a très peu de finances. Il doit être capable de s'occuper de sa communication, il doit être capable de s'occuper de développer la stratégie, d'être sur le terrain. Donc en fait, toutes ces choses-là, ça se retrouve dans l'entrepreneur. Et puis il y a aussi vraiment le fait que le sport de haut niveau, des fois, on s'investit beaucoup et ça ne paye pas. Et l'entrepreneuriat, c'est un peu dans ce genre-là. On va donner beaucoup, mais ça ne garantira pas la réussite. Et on a beaucoup de résilience. Le sportif de haut niveau, lui, il est très résilient. Finalement, c'est triste à dire, mais il est habitué. Il est habitué à s'investir et que ça ne paye pas. Et ça aide pour supporter les difficultés de l'entrepreneuriat, puisque c'est quand même très rude comme domaine. Ce n'est pas le plus confortable, mais par contre, c'est très riche en rencontres, en aventures. Donc ça ressemble bien à la vie sportive de haut niveau.
Que serait ta définition de la résilience ?
Je crois qu'il y avait une phrase qui disait — je vais essayer de te faire une citation stylée — un champion, c'est un athlète qui a un jour, en gros, qui est tombé plusieurs fois mais qui a refusé d'abandonner. Je ne sais plus exactement, je l'ai vraiment mal dit. Mais en gros, la différence entre juste un athlète et un champion, c'est qu'il y en a un qui a refusé d'abandonner. Donc à chaque fois qu'il est tombé, il s'est relevé, il s'est relevé. Et du coup, ça a été...
J'en ai entendu une un peu similaire : un gagnant, ça va être un perdant qui a persévéré.
Voilà, comment je... La résilience, je dirais que c'est ça, c'est d'avoir vécu un grand nombre d'échecs, mais de s'être toujours relevé, et en tout cas d'avoir poursuivi les objectifs. Parce que parfois, on les poursuit et on est encore à terre. On rentre, on marche à quatre pattes, mais on continue d'avancer. Et à un moment, quand on est en capacité, on se relève. Mais en tout cas, c'est d'avoir vécu plein de choses et toujours être là et poursuivre ses rêves ou ses objectifs.
Justement, ça m'amène une question, Margaux, par rapport à ça. Réussir à se relever, à transformer l'échec et à passer outre son passé. Toi, de ton vécu très subjectif, est-ce que tu as des tips ou des partages que tu aimes donner ?
Comme technique pour se relever des échecs, c'est ça ? Déjà, de ne pas vivre l'échec comme une finalité. Ensuite, un truc très, très important : il y avait un grand athlète qui avait donné ce conseil, je trouvais que c'était un beau conseil, mais sur un entraînement, il disait que quand tu sors, tu dois prendre trois trucs positifs et un truc négatif. Et un peu la même chose en compétition. C'est que quoi qu'il se passe, quand on a vécu un truc qu'on considère comme un échec, il y a forcément des choses positives à en tirer. Et ne vraiment pas se focaliser que sur « je n'ai pas ramené ma médaille », mais dire « qu'est-ce que j'ai aussi réussi ? », et en mettre trois contre une. Ça aide à mieux vivre la chose, mais aussi, des fois, à prendre de la hauteur et à se rendre compte que finalement, est-ce que c'est vraiment qu'un échec, ou c'est plus une réussite ? Parce que trois contre une, au bout d'un moment, scientifiquement, ça prend plus de place. Et en tout cas, je pense que c'est un conseil qui peut être appliqué un peu à tout le monde et un peu dans tous les domaines.
Arithmétiquement, ça marche. Et le cerveau, paraît-il — les chercheurs disent qu'il faut trois objections positives pour contrer quelque chose de négatif. Voilà, ça te fait ça. C'est un bel équilibre. Est-ce que je peux te demander ta meilleure rencontre dans ta vie ? Parce qu'on la connaît, ça a été le fil rouge : l'entraîneur.
Est-ce que la meilleure rencontre, ce n'est pas notre maman le premier jour, quand on est... ? Il y en a quand même énormément. Dans ma carrière, évidemment, celui qui a été décisif, c'est mon entraîneur. Et il aura toujours une place. L'été dernier, j'étais à son mariage. Donc voilà, après ça, on a une relation qui prend une importance incroyable. Mais évidemment, oui, la famille aussi, c'est très, très important.
Et puis, il viendra au tien.
Oui.
J'avais, parmi les dernières questions que j'aime bien poser : c'est quel est le meilleur conseil qu'on t'ait donné dans la vie ? Le genre qui pique, tu vois. La meilleure critique qu'on t'ait donnée, où sur le moment tu dis « celle-là, elle fait mal », et puis avec le recul, tu dis « ouais, en fait, elle est sensée ».
C'est une bonne question, parce que sache qu'on a été très aiguillés, que j'ai été très conseillée. Le meilleur conseil que... Je pense que ce n'est pas un conseil qu'on m'a donné, c'est un conseil que je me suis donné à moi-même. C'est encore mieux. C'est de privilégier les décisions qui viennent de moi, de mon instinct, de mon ressenti, plutôt que les décisions ou les conseils qui viennent des autres. Donc ça va être très contradictoire, parce que si je donne ce conseil, il vaudrait mieux ne pas m'écouter, il vaudrait mieux s'écouter soi-même. Mais vraiment, c'est applicable. C'est que des fois, on a un choix à faire et on ne sait pas trop. Et quand on ne sait pas trop, on va écouter plusieurs versions. Parfois, on va choisir : il y a plus de personnes qui m'ont dit ça, alors je vais aller vers ça. Et finalement, notre voix intérieure, elle nous dit que c'est un peu le mieux, l'autre option. Moi, je privilégierais ma voix intérieure.
C'est intéressant, parce que ça fait...
C'est vraiment ça.
Oui, c'est ce que j'allais te dire. C'est intéressant, j'allais revenir là-dessus, parce que ça fait un peu fil rouge sur les discussions que l'on a jusqu'à maintenant, où tu t'es beaucoup écoutée. Est-ce que c'est culturel ? Est-ce que ça a été ancré en toi par l'enfance ? Ou est-ce que c'est quelque chose que tu as cultivé, d'apprendre à t'écouter ? Déjà d'apprendre à te connaître, peut-être, et après d'apprendre à t'écouter.
Je dirais que dans mon éducation, oui, ça a été valorisé énormément. Mais qu'ensuite, quand je suis entrée en structure, ça a été l'inverse. Parce qu'il faut correspondre au moule, il faut aussi répondre aux attentes. Et puis, on est plusieurs, donc l'individualité a moins sa place dans un collectif comme ça. On a un entraîneur pour 12. Et puis, à chaque fois qu'on s'affirme, des fois, ça nous fait du bien à nous, mais peut-être qu'on va prendre de la place ou on va imposer des choses aux autres. Donc ça, on s'efface pas mal. Et moi, ça m'a coûté par rapport à ma personnalité. Ce n'était pas l'idéal pour mon développement. Et c'est aussi pour ça qu'en fin de carrière, j'ai choisi de faire différemment. Mais c'est quelque chose que j'avais dans mon éducation, que j'ai un peu perdu, et que j'ai réappris et que j'ai amélioré avec le temps. C'est devenu un petit super pouvoir.
OK. Tu en as d'autres, des super pouvoirs ?
Énormément, énormément. Je te dis que c'est tellement long que... Ben non, non, mais oui, j'ai une belle confiance en moi. Alors pas sur tous les domaines, mais franchement, j'ai quand même une belle confiance en moi. Je suis toujours très explosive et très sportive, même si j'ai 30 ans bientôt. Donc qui sait, peut-être que je vais accomplir encore de merveilleuses choses dans le sport. D'ailleurs, j'en ai accompli une très cool : l'été des Jeux Olympiques, quand je ne me suis pas qualifiée, j'ai eu l'opportunité de participer à une émission télé qui s'appelle Gladiators, qui n'a eu qu'une saison parce qu'elle n'a pas fonctionné, mais que j'ai gagnée sur du parcours sportif, etc. Donc voilà. Pour l'instant, vraiment, j'ai envie de porter mon projet entrepreneurial et que mon entreprise puisse proposer cette activité au plus grand nombre. Donc, qui sait, peut-être que j'aurais envie de relever de nouveaux défis sportifs.
Incroyable, on verra. C'est tout ce qu'on te souhaite, Margaux. Et justement, il y a un sujet dont tu viens de parler, la confiance en soi. Ça revient souvent dans le podcast, que ce soit au niveau des entrepreneurs, des sportifs de haut niveau. Si on te demandait ta recette magique, comment tu la cultives, et quelle serait-elle pour toi ?
Je vais essayer de donner une réponse qui puisse servir. Déjà, je pense que le mot « cultiver », c'est un très bon mot. C'est un peu comme une fleur : il ne faut pas imaginer qu'elle va sortir de la terre et qu'il y aura tout de suite les pétales. Ça n'arrive jamais, en fait. Et d'ailleurs, même comme on disait un peu, cette histoire de montagne où le chemin, il est beau : quand on a la pousse, on est déjà quand même content. Quand ça sort de la terre, déjà, il y a le petit truc vert et tout, on est trop content. Les deux feuilles et ce truc-là. Un peu, de se dire... On ne regarde pas quelqu'un qui prend la parole devant 5 000 personnes avec admiration en se disant « je ne serai jamais comme ça ». Tu ne seras jamais une fleur si, pour l'instant, tu n'as pas encore fait ta pousse. Le conseil que je donnerais, c'est qu'en fait, on a des domaines. Dans tous les cas, quoi qu'il se passe, même une personne très introvertie, très timide, elle a des domaines sur lesquels elle est en confiance, parce que c'est des domaines qu'elle maîtrise, dans lesquels elle se sent à l'aise ou qui la passionnent. Et c'est de nourrir un petit peu ça pour se rendre compte, un peu comme tous les process, que si là-dedans on y arrive, alors c'est qu'on l'a en nous, alors peut-être qu'on va pouvoir l'appliquer sur différents domaines jusqu'à ce qu'un jour on arrive à peut-être parler devant 5 000 personnes.
Merci pour ton partage. Il me restait deux questions que je voulais te poser. La première, Margaux : tu es quelqu'un de projet, qui rêve, qui a de l'ambition — tu as de l'ambition, pas pour écraser les gens, mais pour vraiment apporter des choses dans la société. Quel est ton plus grand rêve ? Si tu savais que tu ne pouvais pas échouer, si tu avais un rêve, ce serait quoi ?
Si je sais que je ne peux pas échouer : présidente de la République. C'est pas vrai ? Non, non, je... En vrai, un de mes premiers rêves — mais je pense qu'il va être... qu'il est tellement atteignable, je ne sais pas si je vais le dire — mais j'avais toujours voulu que ma mère, elle soit à l'abri. Enfin, c'était un peu... un de mes rêves depuis toujours, qu'elle soit à l'abri, qu'elle ait tout ce dont elle a besoin. Et je pense que celui-là, il va être très vite atteignable, j'y crois. Et après, un deuxième qui me fait rêver, c'est impacter la vie de millions de personnes avec cette activité, l'escrime pour les personnes âgées. Aujourd'hui, je vois qu'elle impacte celle de ceux qui peuvent en bénéficier. Les personnes âgées représentent une très grande partie de la population, qui évolue en plus et qui augmente de plus en plus. Ça serait impacter au niveau international, et enlever un peu tous ces préjugés et montrer que si une personne a 100 ans et qu'elle peut faire de l'escrime, peut-être qu'il est temps de la reconsidérer et de la replacer un peu plus au centre de notre société, et pas dans des endroits reculés, isolés.
J'aimerais finir par une question très ouverte. Toi qui arrives en fin de carrière, qui as fait 20 ans dans le sport de haut niveau, dans l'escrime, qui as dû répondre à des milliers de questions pendant tout ton parcours : Margaux, quelle question ne t'a jamais été posée et que tu aurais aimé que l'on te pose ?
Je ne vais jamais trouver la réponse à cette question. Qu'est-ce que j'aurais aimé qu'on me pose ?
Est-ce qu'on était focus uniquement sur le côté sportif de la personne et pas assez sur l'humain ? Est-ce qu'il y a des sujets comme ça que tu aurais aimé porter, te servir d'être porte-parole lorsque tu as un micro tendu ?
Déjà, j'ai eu de la chance de prendre la parole et de pouvoir faire passer des messages. Je crois que c'est quelque chose qui me tenait à cœur et qui me donnait envie. Et quand j'étais jeune, je me disais que je le ferais quand je serais médaillée olympique, comme si c'était ça qui me rendrait légitime, et pas avant. Je suis trop contente d'avoir réussi à me sentir légitime bien avant. Et finalement, je ne suis pas médaillée olympique — d'ailleurs, je n'ai pas participé aux Olympiques — mais ça ne m'empêche pas de prendre la parole. Donc ça, je suis vraiment trop contente. Mais pour l'instant, j'ai l'impression... Il y a évidemment eu des journalistes qui m'ont posé des questions où je me disais : pas grand intérêt. Dommage, mais dommage pour ton article ou ta vidéo. Et tant pis. Mais pour le coup, déjà, je trouve que toutes tes questions sont très pertinentes. Et je me dis qu'elles vont plaire aux personnes qui écouteront, j'espère en tout cas, les questions et les réponses, si possible.
Surtout les réponses.
Mais non, pour l'instant, j'ai l'impression d'avoir eu la chance de pouvoir faire passer le message, ce que j'avais à faire passer jusqu'ici. Je ne me dis pas si j'avais l'opportunité... De toute façon, si jamais j'avais un truc et qu'on ne me laisse pas la parole, je compte...
Tu la prendrais.
Exactement, j'allais dire. Alors, je ferais du collage — parce que je sais que c'est illégal, je ne vais pas me mettre dans l'illégalité, mais le collage, ça passe, il y a une vraie tolérance. Mais tu colles et puis ensuite tu mets ce que tu as à dire et tu fais passer ton message. Puis il y a les réseaux sociaux aujourd'hui aussi, qui sont un vrai levier puissant pour faire passer le message. Donc voilà. Et puis parfois, en vrai, on n'a pas besoin d'impacter le plus de personnes possible. Si on impacte très fortement la vie d'une personne, est-ce que ce n'est pas plus intéressant ? Donc non, en vrai, j'ai de la chance, franchement, d'avoir pu prendre la parole et qu'on m'ait donné l'opportunité de m'exprimer. On a de la chance d'être dans un pays comme ça, où on peut le faire de cette manière.
J'aime bien ce que tu viens de dire. J'ai l'habitude de dire que quel que soit le nombre d'auditeurs sur le podcast, si on arrive à impacter une seule personne, peu importe le temps que ça nous ait pris, en fait, le challenge est gagné. Donc, c'est génial.
Oui, carrément.
On arrive justement à la fin de cet épisode, Margaux. Est-ce qu'il y a un sujet que tu aurais aimé aborder, qu'on n'a pas pu aborder ? On a fait le tour de tout ?
On a fait le tour. On a été bien. J'ai passé un très bon moment.
Écoute, c'était un plaisir partagé. Merci à toi pour ton partage, justement, pour ta transmission, et pour le fait d'être aussi animée par tes projets après ta retraite sportive. C'est un nouveau chapitre de vie. On sent vraiment la flamme en toi et cette envie de vouloir développer tout ça. J'espère qu'on pourra te suivre, que ce soit sur Instagram, sur LinkedIn, sur le site. Tu nous mettras tout ça, et puis on mettra tout dans la description, le lien. Si tu veux redonner le nom de ton entreprise et le projet ?
Ça serait un plaisir : Senior de Haut Niveau. Et peut-être qu'on pourrait mettre un lien sur YouTube pour que les personnes voient comment les personnes de plus de 70 ans s'expriment... s'expriment.
Et s'expriment après l'escrime. Enfin, c'est-à-dire... mais tu as peut-être une belle baseline, c'est mon côté créatif.
Parfait, n'hésite pas, tu as des idées.
Je te la laisse. En tous les cas, merci à toi. On mettra du coup l'Instagram sur lequel tu es aussi, et en attendant, on mettra sur YouTube, etc. Merci pour ton partage et ta volonté de transmission. Et puis merci à vous d'avoir écouté cet épisode, que vous pouvez retrouver sur l'ensemble des plateformes, que ce soit Spotify, Apple, Deezer ou Amazon. Vous pouvez aussi regarder des extraits vidéo sur LinkedIn et Instagram, et la version complète de cette interview est disponible sur YouTube, sur la chaîne Inspirez, avec toutes les autres. Merci à toi, Margaux, et à très bientôt pour un prochain épisode d'Inspirez.


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