L’épisode en détail.
Dans ce nouvel épisode du podcast Inspirez : Le podcast qui vous révèle, j'ai le plaisir de recevoir Loïck Bonavita-Courpron, un ancien sportif de haut niveau en paracyclisme, ingénieur, conférencier et entrepreneur, dont le parcours de vie est une véritable source d'inspiration.
Né avec une maladie rare, une ostéomyélite, Loïck apprend très tôt à composer avec la douleur, les opérations et les contraintes physiques. Le vélo entre d’abord dans sa vie comme un outil de rééducation, avant de devenir une passion, puis un véritable chemin vers le sport de haut niveau et le rêve paralympique.
Dans cet extrait, Loïck revient sur une rencontre déterminante avec Jean-René Bernaudeau, alors manager de l’équipe Bouygues Télécom. Une porte qui s’ouvre, un maillot professionnel, des stages aux côtés de coureurs du Tour de France… et surtout le sentiment puissant de ne plus être seul.
Au fil de notre échange, il partage ce que l’accompagnement, le collectif et le sentiment d’appartenance peuvent changer dans une carrière, mais aussi dans une vie. Un témoignage fort sur la résilience, la confiance et la capacité à transformer les épreuves en moteur. Son parcours est un véritable modèle de dépassement de soi, il nous rappelle que les défis extrêmes peuvent être transformés en opportunités.
Que vous soyez passionné de sport, d'entrepreneuriat ou simplement en quête de personnalités inspirantes, cet échange vous apportera des réflexions enrichissantes sur la vie, la résilience.
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Transcription de l’épisode
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspirez. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Loïck Bonavita-Courpron. Salut Loïck.
Bonjour Fabien.
Tu es ancien sportif de haut niveau, tu es aussi conférencier, entrepreneur, on va parler de tout ton parcours. Mais avant, on a l'habitude de poser une question aux invités, c'est : comment tu expliquerais ton ou tes métiers, en l'occurrence, à un enfant de 5 ans ? Si tu devais le faire de façon pédagogique, comment tu t'y prendrais ?
Alors, quand je suis né, j'avais un corps qui était différent de celui d'autres enfants. Les médecins pensaient que j'aurais beaucoup de difficultés à faire de nombreuses choses. Ils m'ont dit : tu vas faire du vélo pour permettre à ton corps d'être plus fort. Le vélo est devenu une passion et j'en ai même... j'en suis même devenu à être sportif de haut niveau par la suite. Quand j'étais petit, j'adorais voir les avions, tout ce qui volait. Mon rêve, c'était de les piloter, mais à cause de mon handicap, je n'ai pas pu devenir pilote. Mais j'avais cette envie de travailler dans ce milieu de l'aéronautique, et c'est comme ça que je suis devenu ingénieur en aérospatiale, dans le domaine de l'aérospatiale. Un peu plus récemment, avec ma femme Annabelle, on produit des documentaires sur, notamment, le dépassement de soi et sur les projets de sportifs qui souhaitent réaliser leurs rêves. Et j'ai aussi une autre activité de conférencier où j'explique mon parcours, mon chemin de vie, pour montrer que même si un rêve semble impossible, il y a toujours un chemin qui nous permet de le réaliser.
Une belle façon d'inspirer les gens, de faire le lien.
On essaye. J'essaye de le faire.
Tu es né à Angoulême, tu as connu très tôt ces soucis, puisque c'est à l'enfance que tu as connu ça, quand tu es né. Pour expliquer aux gens, parce qu'on va parler de termes un peu médicaux, pour vulgariser : qu'est-ce qui t'est arrivé à la naissance et comment ça a été diagnostiqué ?
Alors en fait, si on doit vulgariser, c'est comme un virus, c'est comme un staphylocoque, je pense que les gens peuvent comprendre ce terme-là. Le terme officiel, c'est une ostéomyélite à foyers multiples. C'est en fait une infection que j'ai contractée à la naissance, à la maternité en fait, et qui a détruit mes articulations du côté droit, à savoir la mâchoire, l'épaule et la hanche. Donc en fait, le corps médical a mis très, très longtemps à découvrir l'infection. Si j'avais beaucoup de fièvre, je pleurais beaucoup, j'avais des douleurs, ils ont mis un long moment pour diagnostiquer cette infection. C'est ce qui a engendré, c'est ce qui a causé cette déformation, et voilà. Et après, le mal était fait. Donc, schématiquement, en fait, j'ai des asymétries corporelles au niveau de mon bras droit qui est plus court que le gauche, et la jambe droite qui est plus courte que la jambe gauche, en fait. Jusqu'à peu de temps, parce qu'on l'expliquera tout à l'heure dans les modifications. Et la mâchoire, au niveau de la mandibule, qui avait été dévorée, et l'ouverture buccale s'en est retrouvée réduite.
Quand tu racontes ton histoire aujourd'hui, tu as le sentiment de raconter une injustice, une confrontation, une fondation de quelque chose ?
En fait, injustice, non, parce que je l'ai toujours... et je le dis dans mes conférences, que pour moi, ce handicap, ou en tout cas ce parcours de vie, a été pour moi une opportunité. Je suis persuadé que sans ce handicap, je n'aurais pas fait du sport de haut niveau. Sans ce handicap, je n'aurais pas eu le caractère que j'ai aujourd'hui. Cette force, ou je ne sais pas comment on peut le dire, cette volonté d'aller au bout de ses rêves. Donc pour moi, non, je l'ai vraiment pris... il y a peut-être ce côté d'insouciance quand on est enfant, et on ne se pose pas de questions. J'ai peut-être cette chance-là aussi, que ça me soit arrivé très jeune. Si ça m'était arrivé un peu plus tard dans ma vie, je l'aurais peut-être vécu d'une autre manière. On me le dit souvent, que des personnes qui ont des accidents de vie en cours de parcours, c'est beaucoup plus complexe. Mais en tous les cas, non, je ne l'ai jamais vécu comme une injustice. Et je pourrais presque dire merci de m'avoir fait vivre ça.
Tu as réussi à transformer la contrainte, le défi, en opportunité.
Oui, complètement. Et c'est ça qui est chouette, je trouve. Mais oui, ça m'a donné cette force, cette envie de me battre, de réussir des choses, d'être, comme je le disais, d'être sportif de haut niveau. On ne peut jamais dire ce qui se serait passé si je n'avais pas eu ces éléments-là. Mais je suis profondément persuadé que je n'aurais probablement pas été sportif de haut niveau si je n'avais pas connu cette infection à la naissance.
Tu as passé beaucoup de temps à l'hôpital, on imagine. Qu'est-ce que l'hôpital t'a appris très jeune sur la patience, sur la douleur, sur le contrôle ?
Ça m'a appris beaucoup de choses. J'ai fait beaucoup de voyages quand j'étais jeune. C'est des voyages hospitaliers. J'ai fait tous les hôpitaux de France.
À l'échelle ?
Oui, parce que la mâchoire, c'était à Limoges. Pardon, ça a commencé à Limoges. J'ai fait Bordeaux, j'ai fait Paris, pour finir à Marseille. Et je suis arrivé à Marseille, c'était en gros l'opération de la dernière chance. Parce que j'avais l'ouverture de la bouche où il y avait à peine une cuillère à café qui pouvait passer. Mes repas, ils étaient résumés à mixer, c'était qu'à une paille que je me nourrissais, donc c'était compliqué, ça devenait vraiment très, très compliqué. Et à cette époque-là, j'avais 14-15 ans. Et en fait, j'ai fait la rencontre d'un professeur — c'est l'hôpital de la Timone à Marseille — qui m'a proposé cette opération de la dernière chance. Il faisait de nombreuses recherches sur tout ce qui était mandibule, et il cherchait presque un cobaye. Je suis arrivé presque au bon moment. Et en fait, il voulait tenter une première mondiale, à savoir reconstituer une mandibule en prélevant un morceau de côte et un morceau de peau derrière l'oreille, donc double greffe, greffe osseuse et greffe de peau, pour pouvoir reconstituer une mandibule et me permettre d'avoir une ouverture buccale correcte et quasi normale. Donc ça a été...
Pari réussi ?
Pari réussi. Alors ça n'a pas été de tout repos. Très, très long, parce que j'ai passé deux mois à l'hôpital. Et en plus, il y a eu un événement particulier durant cette intervention, parce que l'intervention a duré presque 8 heures. Donc ils m'ont ouvert sur le côté droit du visage. Et durant l'intervention, avec les instruments, ils ont touché le nerf facial, et ça m'a paralysé tout le côté droit du visage. Donc je ne pouvais plus fermer l'œil, je n'avais plus de sensation quand je passais ma main sur la peau. Le sourcil... je mettais un scotch pour fermer mon œil. La bouche ne bougeait plus. C'était assez complexe, au moment. Et le chirurgien m'a dit : je suis désolé, l'opération, c'était un succès, mais à part ce fait qu'on a touché le nerf facial et que vous êtes paralysé. Et il m'a dit : tu seras paralysé à vie. Tu ne retrouveras jamais la mobilité que tu pouvais avoir avant. Et en fait, là aussi, je l'ai toujours remercié d'avoir dit cette phrase-là. Parce qu'en fait, je lui ai dit : mais non. La mobilité, je la retrouverai. Je peux te prouver que je la retrouverai. Ça a été un long processus. Et je mentionnerai toujours, parce que dans les services où on opère les mandibules et les mâchoires, il n'y a pas de... les stomatos, les services de stomato. Il n'y a pas de glace dans les chambres, pour qu'on ne puisse pas voir les dégâts, tout ce qui a été fait pendant l'opération. Et en fait, le premier jour où j'ai fait ma rééducation, je me suis retrouvé devant un miroir à rééduquer le sourcil, l'œil, la bouche. Et là, j'ai vu les dégâts qui avaient été occasionnés par les instruments. Et sans m'en rendre compte, j'ai une larme qui a commencé à couler sur ma joue droite, que je n'ai pas sentie, je l'ai vue. Et là, je me suis dit que c'était la première et la dernière larme qui coulerait ici, et que je ferais tout pour arriver à retrouver cette mobilité. Et je l'ai retrouvée. Je crois qu'il m'a fallu 7 ou 8 mois. Ça a été long, mais le chirurgien m'a toujours dit : mais je ne sais pas comment tu as fait. Alors je lui ai dit : je ne sais pas non plus, mais en tout cas, je pense qu'intérieurement, j'ai été puiser des choses pour me permettre de retrouver cette mobilité intégrale du visage.
On parle beaucoup de résilience.
Oui.
Donc en tant qu'homme, quelle serait ta définition, ta vision de la résilience ?
La résilience, je pense, pour moi, c'est de... quand on est confronté à un choc quelque part, ou à un accident, ou à un événement brutal, c'est de pouvoir survivre ou s'en sortir, ou faire en sorte d'utiliser tout ce que l'on a autour de soi, tous les éléments qu'on peut avoir autour de soi qui nous permettent d'aller de l'avant, qui nous permettent d'avancer, même si c'est lentement, même si c'est pas à pas. Mais tu vois, c'est vraiment de prendre tout ce que l'on a autour de soi, d'observer ce qu'il y a autour de soi pour se servir de ça comme moteur, comme carburant et comme énergie pour pouvoir avancer. Je pense que c'est autre chose. On parle souvent de résilience, dépassement de soi, mais je pense que ce sont deux notions qui sont vraiment différentes. La résilience, c'est vraiment le moment où, sur l'état de choc, on fait en sorte de faire l'état de vie et de prendre tout ce qu'on peut prendre pour pouvoir avancer, alors que le dépassement de soi, c'est plus après, ou une fois qu'on a dépassé ce stade-là. On met en place d'autres éléments pour chercher un autre objectif.
Est-ce que tu t'es longtemps senti l'enfant malade dans l'école, au lycée, avec les copains, ou est-ce que tu as refusé cette étiquette-là ? Le regard des autres ?
Le regard des autres, ça a été compliqué. Surtout entre les enfants, c'est assez dur.
À l'époque, on ne parlait pas tant de harcèlement, etc.
On ne parlait pas du tout de harcèlement. On m'appelait le canard boiteux. Comme j'avais ma jambe droite plus courte de 4 cm, donc je boitais. On m'appelait le canard boiteux, le vilain canard. J'ai eu droit à plein de surnoms. En fait, là aussi, je pense que leur regard, ou ce qu'ils ont pu me dire, m'a aidé à aller au-delà. J'ai des camarades de classe qui m'ont dit « tu ne feras rien de ta vie ». Il y en a un qui m'a dit un jour « tu finiras éboueur ». Et je n'ai rien contre ce métier-là, mais c'était la connotation dans la façon dont il me l'a dit. C'était « tu ne feras rien de ta vie ». Comme moi, je suis ingénieur. Et quand je l'ai recroisé quelques années plus tard, j'ai été très heureux de le dire, que j'étais ingénieur quand même. Je ne savais pas ce qu'il avait fait. Mais ça m'a aidé à faire mon parcours et à me donner cette force-là aussi de pouvoir me dépasser et prouver aux autres que tout est possible, malgré le fait qu'on soit en situation de handicap.
Tu as parlé de tes longs parcours à l'hôpital. Quels souvenirs tu as gardés du milieu hospitalier et des gens qui le composent ?
Honnêtement, c'est des bons souvenirs. Récemment, j'ai de nouveau été opéré. Et en fait, je le dis souvent, c'est un lieu dans lequel je me sens bien. C'est presque ma seconde maison. J'y ai passé, je pense, tellement d'années, que j'ai créé un lien particulier avec ces lieux, avec ce personnel. C'est vraiment... il y a des gens qui n'ont jamais mis les pieds dans un hôpital et qui, on peut le comprendre, ont peur ou une certaine crainte, et c'est normal. Moi, c'est limite : je vais aller dans un hôpital ou une clinique, je me sens bien. Je me sens chez moi.
Tu as tes repères.
J'ai mes repères.
Tu as ton rond de serviette.
Oui, c'est vraiment... Ça peut être surprenant de dire ça, mais j'en garde vraiment un bon souvenir. Ce n'était pas le meilleur souvenir, quand même pas. Mais dans tous les cas, même s'il y a eu des moments très durs, parce que des fois, on se retrouve, quand on est jeune... tout seul dans ma chambre. Donc c'est vrai que quand on est un enfant, ce n'est pas évident. Le corps médical, le corps infirmier étaient toujours là pour m'aider. C'était vraiment... je ne me suis pas senti délaissé ou seul. Ça a quand même été de la solitude, quelque part. Mais l'encadrement était là.
Tu parles de cette solitude qui a dû peser en tant qu'enfant. Quel enfant il a fallu être pour devenir l'adulte que tu es devenu ?
En fait, je crois que je me suis toujours battu. J'ai toujours été... quand on me disait non, en fait, ça voulait dire oui. Et donc, une fois de plus encore, je remercie les gens qui ont pu m'avoir dit non. Et mon parcours a toujours été comme ça. J'ai toujours été contre vents et marées. C'est vraiment... ouais, ça a été mon ADN et ma force dans ce parcours-là.
Tu pourrais appeler une de tes conférences « Non merci ».
C'est exact, ça peut être une bonne idée, effectivement. Mais non, c'était vraiment... Après, je pense qu'il y a toujours ce que je dis — ça, je l'ai découvert récemment — c'est ce côté insouciance, en fait. On se pose beaucoup moins de questions. On ne se regarde pas. Même si on regarde les autres, on y accorde beaucoup moins d'importance que je peux peut-être en accorder aujourd'hui. Tu vois, ça évolue. Mais quand on est enfant, je pense qu'on est tellement insouciant. Et je pense que j'avais cette joie de vivre ou cette énergie au fond de moi pour faire plein de choses. Il n'y a pas grand-chose qui m'arrêtait, je crois.
Et est-ce que — tu l'as dit tout à l'heure — le fait d'avoir eu ça dès la naissance, c'était quelque chose de normal en toi ? Aussi, peut-être, pendant les premières années, où ça faisait partie de toi ?
C'est ça, ça fait partie de moi. Moi, j'ai grandi avec mon handicap, en fait.
C'est ça.
Je n'ai jamais connu rien d'autre. Moi, ça fait... jusqu'à très peu de temps, avant mes deux interventions sur les hanches, j'ai vécu pendant 47 ans avec mon handicap. Comme je le dis souvent, on a signé un CDI ensemble, en fait. On vit ensemble et on a une relation particulière ensemble. Et c'est ce qui fait que je suis là aujourd'hui.
Tu as parlé, sur cette grosse opération de la dernière chance tout à l'heure, que tu as fait huit mois de rééducation. À quoi ça a consisté, cette rééducation ? Et surtout, où est-ce que tu allais puiser cette ressource pour pouvoir te challenger au quotidien, même, j'imagine, dans les jours où ça ne devait pas être simple ?
En fait, c'était tout simplement qu'il fallait que je relève mon sourcil avec les doigts, tu vois. Faire juste ce mouvement-là, plusieurs fois par jour. Après, il fallait que je le fasse naturellement. Au début, je ne le faisais qu'avec mes doigts. Et puis après, je le faisais naturellement. J'essayais de le faire moi-même. L'œil, c'était pareil. Il fallait que je me... parce que l'œil était toujours ouvert. Donc il fallait que je me force à le fermer. Parce que pendant les premières semaines, je dormais avec des... je mettais un scotch, en fait, pour fermer l'œil la nuit. Et la bouche, pareil, c'était les mouvements pour... En fait, le but, c'était vraiment de... presque, c'est comme un massage, quoi. De réactiver les terminaisons nerveuses, de réactiver les muscles, de...
Et réapprendre, peut-être, le mouvement.
Réapprendre, oui, exactement. C'était réapprendre, retrouver ces sensations. Même quand je mangeais, au niveau de la mastication, de la mandibule, j'essayais aussi de faire fonctionner toutes ces terminaisons-là et toute cette partie de mon visage. Donc c'était tout simple, en fait, comme rééducation. En fait, on m'a montré les gestes au début. Et après, on m'a dit : c'est ce qu'il faut que tu fasses le plus possible. Et puis tu verras. Parce qu'ils étaient persuadés, au fond... enfin, je le voyais très bien, dans leur discours ou dans leur regard, que pour eux, c'était impossible de retrouver cette mobilité-là.
Et est-ce que, justement, à cette heure-là, ça t'a traversé l'esprit que les croyances ne doivent pas être des condamnations, des pronostics ?
Oui, oui. En fait, moi, je n'ai jamais accepté, et dans toutes les interventions que j'ai pu avoir quand il y a eu des aléas, tous les pronostics dans lesquels on me disait « c'est impossible que tu retrouves ci, c'est impossible que tu retrouves ça »... moi, j'étais toujours persuadé que ce n'était pas impossible. Ça a été mon moteur. C'est pour ça que je dis souvent, je les remercie de m'avoir dit que c'était impossible, parce que pour moi, c'était inenvisageable de me dire que c'était impossible.
Tu ne connais pas le mot fatalité dans ton dictionnaire ?
Je le redis, c'est ce côté insouciance que j'avais à cet âge-là. Je ne me posais aucune question. J'y allais tête baissée. Pour moi, il n'y avait aucune ambiguïté sur le sujet. J'allais y arriver. Même s'il me fallait un an, je n'avais pas d'objectif de temps. Je n'avais pas de temporalité. Je ne me disais pas : dans trois mois, il faut que j'aie retrouvé ci, il faut que j'aie retrouvé ça. Je mettrais le temps qu'il faut, mais je le retrouverais.
Toi qui parles beaucoup d'insouciance, tu trouves qu'en tant qu'adulte, d'une manière générale, on perd cette insouciance-là du gamin ?
Ah oui, là, je l'ai vécu très récemment avec mes deux interventions, où on se pose beaucoup trop de questions, en fait. Je pense que c'est la façon dont on grandit, dont on évolue dans son parcours de vie, où on se pose beaucoup plus de questions, on mentalise beaucoup plus les choses, il y a le regard des autres, il y a le regard de soi, et donc on se dit : waouh, ça va être beaucoup plus complexe que ça ne pouvait l'être quand j'avais 10-15 ans. Et oui, c'est plus compliqué, je trouve, dans des âges plus tardifs.
Quand tu as vu ton visage changer, est-ce que tu as eu l'impression de perdre une partie de toi ? Même si tu n'acceptais pas que ce soit quelque chose de pérenne, mais sur le moment ?
Honnêtement, je ne pense pas que je me sois posé cette question-là. Je me souviens très bien du moment, et je pense qu'il restera gravé pour un moment. La phrase que je me suis dite sur le moment, c'est « à la vache ». Ah oui, il y a quand même du boulot. Il y a quand même eu du dégât. Je ne m'attendais pas à ça. Mais non, je ne me suis pas... ce n'était pas une fatalité. Ce n'était pas irréversible. C'était vraiment... je me disais que j'ai puisé ce qu'il faut, puisé en moi l'énergie qu'il faut pour retrouver cette mobilité.
Et en parallèle, une fois que tu as eu ces nombreux défis dans cette enfance et cette adolescence, tu as voulu poursuivre tes études, être un garçon normal, des études d'ingénieur à La Rochelle, je crois.
Oui, exactement. Là aussi, sur le parcours scolaire, on m'avait prédit un avenir peu glorieux.
Et puis avec toutes les absences ?
Oui, avec les absences, ça a été compliqué, notamment à Marseille, parce que quand je me suis fait opérer, j'étais en troisième, j'allais avoir mon brevet, et donc j'ai intégré la seconde. Et la seconde, quand elle est arrivée, je l'ai zappée. Je n'étais pas dedans, j'étais fatigué de mes deux mois d'hospitalisation. En plus, j'avais fait la rentrée en décalé, je crois, rentré en octobre ou en novembre. Et au final, j'ai redoublé ma seconde parce que c'était trop compliqué pour moi. Mais j'ai eu mon bac, voilà. Puis après, au bac, il s'est passé un événement qui fait que je voulais avoir la mention, parce que je m'étais plus fixé un objectif aussi personnel. Au final, je ne l'ai pas eue. Mais voilà, il faut bien qu'il y ait des échecs dans la vie, qu'on apprenne de nos échecs. Et en fait, c'était sur l'épreuve de maths, qui était coefficient 7 ou 8, je crois, où j'avais 15 à l'année, et j'ai eu 4 le jour de l'épreuve. Le blackout complet le jour de l'épreuve. En rentrant chez moi, je relis l'épreuve, j'arrive à tout faire chez moi. Ça a été un vrai blackout sur le moment. Et donc je suis passé à l'oral, j'ai quand même eu mon bac. Mais à ce jour-là, je me suis dit : je ne poursuivrai jamais mes études supérieures... enfin, je ne ferai plus que du contrôle continu. Je ne veux plus d'examens finaux où on se rate à la fin et on rate une année pour quelques points. C'est pour ça que j'ai fait un DUT génie mécanique, en fait, où j'ai fait mon stage de fin d'études chez Dassault Aviation à Bordeaux, pour retrouver le milieu de l'aéronautique. Et en fait, j'ai eu l'occasion de passer un concours d'entrée dans l'école d'ingénieurs de La Rochelle, qui s'appelle l'EIGSI, dans lequel j'ai été pris, j'ai été reçu. Et en fait, j'ai sauté sur l'occasion. On y va pour trois ans et puis voilà, c'est parti. Et c'est comme ça que je suis devenu ingénieur, en fait.
Ça s'est bien passé, ces trois années ? Quels souvenirs tu en as gardés ?
Trois années d'études à La Rochelle, c'est pas mal. Parce que le cadre de vie est quand même plutôt agréable. Mais c'est des super souvenirs. Moi, ça a été compliqué. Je ne te cache pas que ça a été compliqué, la troisième année, parce que je suis sorti d'un DUT et on n'a pas les deux années de préparation du cycle des cinq ans d'ingénieur. Donc il faut faire un peu de rattrapage. Donc c'était un peu costaud, la troisième année. Mais après, ça s'est bien poursuivi, bien goupillé. C'était très chouette.
Diplômé, même. Tu t'es projeté sur une carrière traditionnelle, normale, dans ta tête ?
Là aussi, ça a été un hasard.
Une rencontre ?
Une rencontre, oui. En fait, c'est que mon stage de fin d'études de cycle d'ingénieur, je devais le faire à Toulouse, dans une société d'aérospatiale. Et quelques mois avant, alors que je dis à mon école « j'ai un stage pour six mois dans telle entreprise », l'entreprise me dit : malheureusement, on ne va pas pouvoir vous prendre parce qu'on a des soucis. Et là, je fais aïe, patatras. J'appelle mon école, je dis : je n'ai pas de stage. Et comment je fais ? Parce qu'on était au mois de décembre, donc il fallait que je commence début janvier. Et l'école m'envoie une liste de stages qui leur restaient, que les autres élèves n'avaient pas sélectionnés. Et il se trouve qu'il y avait un stage à Bordeaux, donc à l'époque, c'était EADS Space Transportation. Donc là, une entreprise dans le spatial, sur tout ce qui est fusées et missiles militaires. J'ai fait mon stage de six mois chez eux, qui s'est très bien passé. C'est un sujet hyper intéressant. Et au bout de mes six mois, je me retrouve avec une proposition d'embauche dans cette société-là. Donc c'était juste parfait. Donc là, une fois de plus, merci aux événements, merci aux planètes qui s'alignent. Finalement, les choses se sont bien alignées pour moi.
Plutôt que l'aviation, tu es allé un step plus haut.
Oui, un step plus haut, on était vers les étoiles.
Toujours viser plus haut.
Ça volait, c'est les choses qui volent. Ça m'intéressait, c'était passionnant.
Est-ce que le fait de devenir ingénieur t'a aidé dans ta carrière sportive, sur la partie organisation, analytique, préparation ?
Oui, complètement. Je pense qu'il y a des similitudes en termes de management ou d'organisation. Moi, j'ai toujours aimé, dans le sport de haut niveau, m'encadrer d'une team, ne jamais être seul. Le vélo, c'est vraiment un sport individuel. Et en plus, dans le handisport, à l'époque où j'ai commencé, c'était vraiment des sports confidentiels. On était vraiment seul. Moi, j'ai toujours aimé m'entourer, avec un staff médical, un staff technique, pour vraiment... j'aimais quelque part cette émulation, ce qu'on retrouve aussi dans le cursus d'ingénieur, c'est de créer des équipes. C'est ce que j'aime.
C'est cet esprit de groupe.
Exactement. Oui, il y a des corrélations et des passerelles évidentes entre ingénieur et sport de haut niveau. Clairement, ça m'a aidé, c'est clair.
Comment tu as créé ton équipe autour de toi ? Est-ce que tu as cherché des profils, des tempéraments particuliers ?
En fait, moi, je fonctionne surtout au premier ressenti. La première impression que je peux avoir d'une personne. C'est que je vais peut-être avoir la présomption de me tromper rarement, mais je me suis trompé parfois. Mais je fonctionne plus à ça. Et évidemment, il faut que la personne soit compétente, on est d'accord sur le sujet, mais c'est mieux. Mais le premier critère, c'est quand je rencontre la personne, si je vois que le feeling passe bien, que je me sens bien avec la personne, c'est hyper important pour moi. Parce que je préfère avoir, entre deux personnes compétentes, je préfère avoir la personne avec qui je m'entends le mieux.
C'est plus sympa. Le vélo a fait partie de ta rééducation, initialement, et tu as découvert le handisport, un axe très peu connu à l'époque. On en parle un peu plus aujourd'hui, heureusement.
Heureusement.
Le handisport, le paralympisme. Est-ce que tu te souviens de la première course que tu as vue, et où tu t'es dit... ton déclic ?
La première course en handisport, je m'en souviens, c'était dans le nord de la France, dans la région parisienne. Et déjà, ça m'avait interpellé parce qu'on n'était pas nombreux au départ. C'était vraiment, pour dire, ultra confidentiel. C'est vraiment... on était, en plus il y a des catégories dans chaque... tu as des catégories en fonction du handicap.
Comme en natation ?
Alors, dans le vélo, je ne saurais plus dire aujourd'hui comment c'est. Je crois que ça a encore évolué. Mais à mon époque, la première catégorie, c'était les amputés au niveau des membres supérieurs. La deuxième catégorie, c'était amputés tibiaux. Et troisième catégorie, c'était amputés fémoraux.
D'accord.
Donc moi, je faisais la deuxième catégorie. Même si j'avais ma jambe intégrale, j'étais dans la deuxième catégorie. Et je crois qu'on était sept. Et au total, toutes catégories confondues, on était une vingtaine. Et auparavant, j'avais fait quelques courses en valide. On était déjà presque une centaine. Donc ça m'a fait bizarre. Je me suis dit : mais où est-ce que j'arrive ? C'est quoi ce truc ? Mais voilà, c'était l'univers de l'époque dans le handisport, dans la compétition du handisport, qui était assez confidentielle. Je pense que ça s'est amélioré. C'est vrai qu'au départ, c'était... je ne sais pas où je suis.
Quelle émotion, quelle saveur tu as ressentie ? Non plus courir contre toi-même, mais contre d'autres personnes, et avoir cet esprit de compétition partagé avec d'autres ?
C'était intéressant de se retrouver avec des personnes qui avaient un handicap. Même si je courais plus souvent avec des valides, parce qu'en fait c'est pareil aussi, il y avait une certaine confidentialité. Il y avait très peu de courses dans l'année. Donc j'avais besoin de courir. Donc je courais autour de chez moi, autour de la région bordelaise, avec des valides. Mais l'émotion que j'en garde, c'est vraiment... j'ai toujours des bons souvenirs des courses en handisport. C'était vraiment des moments particuliers où il y a une atmosphère hyper sympathique, une bonne ambiance. Tout le monde se soutient, tout le monde s'encourage. Même s'il y a toujours un gagnant et un vainqueur à la fin, ça reste bon enfant, un bon état d'esprit. Donc c'est hyper bienveillant. Non, c'était que des bons souvenirs.
Fin 2003, tu as été repéré par l'équipe de France, par le sélectionneur de l'équipe de France en handisport, de cyclisme.
2003.
Pardon, je faisais... 2023, pardon, pardon. Non, quand même pas. Tu serais toujours aussi jeune, bien sûr. Fin 2003, par le sélectionneur de l'équipe de France. Comment s'est passée cette rencontre et quelle a été la première prise de contact ? Tu t'y attendais ?
Pas du tout. Ça a été la surprise. En fait, c'était une course où il y avait le sélectionneur de l'équipe de France qui était présent pour voir les nouveaux, pour voir ceux qui étaient déjà en équipe de France, comme il le fait, pour suivre la détection et pour suivre les athlètes qui étaient déjà dans le groupe France. Et moi, je me suis dit : purée, il est là, waouh, c'est impressionnant. Je voyais qu'à chaque tour, quand j'étais sur la ligne de départ, il me regardait à chaque fois. Je me disais : purée, mais qu'est-ce qu'il pense de moi ? Et à la fin de la course, il est venu me voir. « C'est chouette ce que tu fais. Tu as un bon niveau. » Et puis il me demande : comment tu te projettes pour la suite ? Est-ce que tu veux aller plus loin ? Et c'est ce que je lui ai dit : oui, j'ai toujours envie de faire plus. Ça m'intéresse. Je ne sais pas si j'ai le niveau, ce que je lui avais dit. Je ne sais pas si j'ai le niveau pour intégrer l'équipe de France. Mais si j'en ai les... en tout cas, je me donnerai les moyens d'y arriver. Et si ça ne se fait pas, ça ne se fera pas, ce n'est pas grave. Mais en tous les cas, je ferai en sorte d'y arriver. Et ça s'est construit comme ça. Et après, il a commencé à me faire confiance, à me suivre de plus en plus, à prendre de mes nouvelles. Et jusqu'au jour où j'intègre l'équipe de France.
Comment ça s'est passé ?
Il y a une forme de fierté quelque part, de se dire... Parce que moi, je me suis vraiment mis... la compétition, c'était en 2000, quand j'ai commencé mon cycle d'ingénieur. Je me dis : trois ans après, déjà d'être en équipe de France... moi, je ne m'y attendais pas du tout, honnêtement. Donc c'était une belle fierté. C'était quelque part une belle revanche aussi, je crois, sur la vie, de me dire... j'ai repensé à tous ces camarades de classe qui me disaient que je ne ferais rien de ma vie, ou toutes ces personnes qui m'ont dit que ce serait impossible.
Et tu te retrouves pro, à porter la veste d'équipe de France, le bleu-blanc-rouge. Ce n'est pas rien.
Même quand je portais le maillot de l'équipe de France, c'était hyper cher de le porter. C'était vraiment une immense fierté pour moi de porter les couleurs de notre pays.
Comment s'est passée ton épopée ? Tu as commencé en remplaçant à Athènes en 2004. C'était ta première Olympiade.
Je ne suis pas parti à Athènes. J'étais sur une liste de remplaçants, au cas où un athlète qui partait, lui, à Athènes, se blesse, et c'était potentiellement moi qui pouvais le remplacer. Et puis après, on gravit les échelons dans l'équipe de France, on se projette sur l'Olympiade suivante qui est Pékin, donc là on est en 2008. Donc 2004 se passe, 2005... pareil, le vélo, c'est vraiment un sport ingrat, c'est très dur comme tous les sports d'endurance. Le vélo, c'est devenu ma passion. Je ne sais pas si on peut dire le métier, parce que je n'étais pas rémunéré pour ça, mais je dormais vélo, je vivais vélo, je mangeais vélo. Le vélo était ma priorité du moment. Je faisais énormément de kilomètres, d'entraînement, de course. L'objectif, c'était d'être sélectionné pour les Jeux de Pékin. Et en 2006, il y avait les pré-mondiaux à Bordeaux, donc en plus à domicile. Donc là, un peu de pression quand même. Si on connaissait le parcours, j'avais la chance de pouvoir le repérer. J'avais presque six mois pour me donner toutes les chances de faire un résultat. Et puis en fait, je passe à travers la compétition. Complètement à travers. Je finis au fin fond du classement. Je ne comprends pas du tout ce qui m'arrive. Ça, c'était en juin, juillet 2006. Et puis... bon, sur le moment, je dis : waouh, c'est compliqué. Je ne comprends pas trop ce qui se passe, parce que je me dis : je fais tout pour être le meilleur. Je ne comprends pas. J'ai le meilleur matériel possible, mais ça ne fonctionne pas. Je n'ai plus d'énergie. Et c'est au mois d'août, il y a un matin, je n'arrive pas du tout à me lever. Complètement cloué au lit, et je ne comprends pas ce qui m'arrive. Je dis : voilà, qu'est-ce qui se passe ? Le premier déclic, c'est d'appeler mon médecin qui était dans mon staff, mon médecin du sport, pour lui dire : écoute, j'ai un problème, je ne peux pas me lever, je n'ai pas de force, je ne sais pas ce qui m'arrive. Il m'a dit : tu vas essayer de prendre quand même quelques forces pour aller faire une prise de sang, pour qu'on puisse voir ce qui se passe et si on peut trouver une cause à cette sensation-là. Et le verdict tombe : à l'époque, je fais une mononucléose, en fait. Et donc, la mononucléose, en fait, c'est un épuisement, il n'y a plus de réserve dans l'organisme, c'est complètement à plat, les batteries sont à plat. C'est lié à du surentraînement, et c'est lié à autre chose que j'ai compris très, très récemment : c'était lié aussi à mon alimentation. Parce que dans le vélo, on est à la recherche de la performance, mais la performance passe par le poids aussi. Moi, je me disais : plus j'étais maigre, plus léger je serais, meilleur je serais. Sauf qu'à un moment donné, il faut quand même du carburant dans le moteur, dans la machine. Et en fait, je n'en avais plus. Et à l'époque, en 2006, il y avait déjà Internet, mais ce n'était pas aussi développé que ça l'est aujourd'hui. On n'avait pas de notion sur la nutrition. On n'était pas suivis nutritionnellement parlant. On m'a dit, on m'a appris des choses : tu vas partir à l'entraînement à jeun avec une cuillère à soupe d'huile d'olive, tu vas voir, ça va te faire du bien. Je ne suis pas sûr que ça m'ait fait du bien. On me disait : surtout, après l'entraînement, tu ne manges pas. Tu manges des pommes, des endives, du jambon. Et pour te le dire, jusqu'à la bêtise où j'en suis arrivé, à la fin, juste quelques mois avant, je mangeais des aliments lyophilisés. Convaincu que ça me ferait du bien, que je perdrais du poids ou la graisse que j'avais en trop, mais j'étais déjà trop maigre, trop affaibli.
Tu as piqué ça aux astronautes que tu envoyais là-haut ?
Non, mais c'était... Aujourd'hui, tu vois, en fait, je l'ai compris très récemment, ce qui s'était passé en 2006. À l'époque, jusqu'à très peu de mois, je pensais que c'était du surentraînement, mais il n'y avait pas que ça, en fait. Il y avait cette alimentation, cette nutrition qui m'ont... qui m'a littéralement détruit. Et je me suis rendu compte, avec ces deux récentes interventions sur mes hanches, je me suis aperçu que ce n'était pas résolu, que j'avais ce qu'on appelle des TCA, ou des troubles du comportement alimentaire, notamment en termes de ce qu'on appelle l'anorexie mentale. Donc c'est, en gros, je fais attention à tout ce que je mange, je suis persuadé que tel aliment est malsain pour mon corps, qu'il ne faut pas que je le prenne, plus je suis maigre, mieux c'est. Et psychologiquement, c'est très dur, en fait, de s'en sortir, de cette maladie. Et je pense que c'est important aujourd'hui d'en parler, parce qu'il y a beaucoup de gens qui, finalement, des fois n'osent pas en parler.
Ou ne le savent pas.
Ou ne le savent pas, déjà, et peuvent se dire « mais mince, moi aussi je suis concerné, et je n'osais pas le dire, je ne pensais pas l'être, être concerné, ou je ne pensais pas pouvoir en parler ». Mais voilà, c'est un sacré sujet, ça aussi.
Plus sûrement qu'en 2006, on ne diagnostiquait pas les TCA.
On ne m'a jamais dit : c'est ton alimentation, en fait, qui t'a amené à cette mononucléose. On m'a dit : tu as fait trop d'entraînement, tu en as fait trop. On m'a dit : tu n'as pas assez dormi. Mais moi, à l'époque, je me dis : je ne suis pas à la hauteur, en fait. Je me dis : je ne suis pas bon. Et là, je me dis, tout s'est écroulé. Pour moi, en août 2006, tout s'est écroulé, parce que je me suis dit : tous ces sacrifices... parce que c'était vraiment des sacrifices. En termes de vie privée, vie sociale, parce qu'on se dit, on ne va pas faire les repas chez les parents, les copains, les sorties. Et même des fois, il y a une certaine forme de coupure sociale, quelque part. Parce que moi, je me souviens, quand j'étais en école d'ingénieur, il y avait les soirées, je leur disais : mais moi, je n'irai pas parce que demain, j'ai un entraînement et il faut que je dorme. Et mes camarades de promo me disaient : mais en fait, le mec, il est tout seul. Je m'isole complètement. Donc c'est ça aussi. Il y a une certaine forme de danger aussi dans cette relation-là avec cette nourriture. Mais pour moi, ça a vraiment été un... je ne sais pas si c'était un échec à l'époque, mais en tout cas, je l'ai vraiment très mal vécu. Une dépression s'en est suivie pendant un an et demi, à peu près. Donc voilà, ça fait partie de ma vie, c'est dans mon parcours. Aujourd'hui, je le vois différemment. Je me dis que c'était ma destinée, que c'était comme ça, et que j'ai appris des choses sur cet épisode-là. Et c'est comme ça.
Qu'est-ce que tu aurais aimé entendre, ou que l'on te dise à l'époque, à ce sujet-là ?
Quand on m'a diagnostiqué la mononucléose ?
Les TCA.
En fait, je n'étais pas diagnostiqué.
Qu'est-ce que tu aurais aimé entendre ?
Après, peut-être que... mais je pense qu'à l'époque, le sujet n'était pas du tout connu. En tout cas, on n'en parlait pas assez. En tout cas, dans le handisport. Où après, je n'avais pas rencontré les bonnes personnes qui auraient pu m'aiguiller sur ce moment-là. Après, je n'en avais pas du tout conscience. Je dis que j'aurais pu peut-être consulter une nutritionniste à l'époque, mais ce n'est jamais venu à mon idée. Parce que, comme je te disais, je l'ai compris il n'y a que très peu de temps.
Avec les opérations des hanches ?
Oui. Parce qu'en fait, ces problèmes de TCA sont revenus avec mes deux interventions.
D'accord. Ils n'étaient jamais trop loin.
En fait, pour la première intervention, je mangeais, mais je m'interdisais de manger du gras. Je refaisais de la nourriture mentale, en disant : il ne faut pas que je mange de ça parce que ça va me boucher les artères. Il ne faut pas que je mange de ça parce que ce n'est pas bon pour ce que j'ai. Et je ne voulais pas prendre de poids parce que je savais que je ne pouvais pas faire de sport entre les deux interventions. Et je ne me supportais pas en surpoids. Donc voilà, et c'est après la deuxième intervention que j'ai compris, en allant consulter une nutritionniste, celle qui m'a fait un électrochoc, en me disant : mais en fait, tu détruis ton corps. Ton corps a subi deux interventions chirurgicales extrêmement lourdes, de 4 ou 5 heures chacune, avec des transfusions sanguines. Enfin voilà, ton corps a besoin de cicatriser, il a besoin de retrouver du muscle, il a besoin de repartir, il a besoin d'énergie, de carburant, et toi tu fais tout l'inverse, en fait, tu détruis ton corps. Et en fait, ce moment-là, moi, je ne l'avais pas du tout perçu. Et heureusement, je suis vraiment content qu'elle m'ait dit ça, parce que ça m'a permis de comprendre des choses. C'est comme la phrase où on se dit « je prends soin de moi », que je me disais depuis très longtemps, mais au final, je me suis rendu compte que je ne prenais pas du tout soin de moi. Pourquoi je disais cette phrase ? Est-ce que c'était par rapport à l'image que j'allais renvoyer aux autres, en me disant « moi, je prends soin de moi, je fais attention »...
Ou te rassurer toi-même ?
Ou me rassurer moi-même. Mais en fait, pas du tout. Et en fait, là, il y a, depuis quelques mois, avec ces deux interventions, il y a un travail, je trouve, d'introspection sur moi, je trouve hyper puissant, hyper enrichissant, qui m'apprend beaucoup de choses sur moi, sur mon développement, et que je ne soupçonnais absolument pas, que je n'avais pas du tout intégré auparavant. Et voilà, entre cette époque-là, il y a 20 ans qui se sont écoulés, et je trouve ça... alors, c'est un chamboulement, tu vois. Je suis accompagné par une psy actuellement. Il y a d'autres événements aussi, sur ces deux interventions-là. Quand le chirurgien m'a dit qu'on allait m'opérer des hanches, il avait eu une phrase, c'était « vous allez revivre ». Moi, cette phrase, je ne l'ai jamais comprise, en fait. Parce que moi, ça faisait 47 ans que je vivais avec mon handicap. Quand il m'a dit « je vais revivre »... mais moi, je suis handicapé depuis 47 ans. Qui je suis demain ? Est-ce que je ne suis plus handicapé ?
Une perte d'identité ?
Oui, totalement une perte d'identité. C'est : qui je suis demain ? Est-ce que je suis quelqu'un d'autre ? Je serai toujours Loïck Bonavita, bon, il n'y a pas de souci là-dessus. Mais c'est, oui, moi, qui je suis. Une anecdote : avec Annabelle, on a été voir un concert à Bordeaux, à l'Arkéa. Donc je passais par la file PMR, personne à mobilité réduite. Et j'ai dit à Annabelle : c'était la dernière fois que j'y passe. Voilà, c'était pour te montrer, tu vois, le questionnement. Peut-être les questions un peu idiotes qu'on peut se poser dans ces moments-là, de vraiment de chamboulements identitaires.
C'est comme si tu avais un autre corps, peut-être, en fait, dans le sens figuré, quelque part.
Oui, oui. Et puis je ne voyais pas, en fait, à l'époque, je ne comprenais pas comment ces deux prothèses de hanche allaient modifier mon corps, comment j'allais les intégrer.
Allaient te permettre de revivre.
Oui, comment elles allaient me permettre de revivre, en quoi elles allaient me permettre de revivre. Jusqu'à aller me dire : je vais peut-être pouvoir faire des choses que je ne pouvais pas faire avant. Mais est-ce que c'est sûr ? Ça allait dans tous les sens. C'est pour ça que, c'était quasiment 5-6 mois avant l'opération, j'avais fait le choix de me faire suivre par une psy pour pouvoir m'aider et m'accompagner, parce que ça devenait très compliqué dans ma tête. Même si des fois, ça peut paraître absurde, pour moi c'était vraiment très compliqué comme moment.
C'est sûr que tant qu'on ne l'a pas vécu, on ne peut pas comprendre, je pense.
Oui, oui.
Tu parlais de la psy, d'une nutritionniste, du médecin qui t'a opéré de la mâchoire. C'est une histoire de rencontres. Parmi les rencontres, tu en as eu une autre, avec Jean-René Bernaudeau.
Oui.
Est-ce que tu peux nous expliquer qui est cette personne, qui était cette personne à l'époque, et ce qu'elle t'a apporté ?
Jean-René, c'est le manager. À l'époque, c'était le manager de l'équipe Bouygues Telecom, qui aujourd'hui est TotalEnergies. Et à l'époque, on est en 2005, 2004-2005. Et en fait, je suis déjà en équipe de France. Mais je me dis... on ne sait pas, j'en veux plus, mais j'ai envie de... pourquoi pas ? Pourquoi pas ? Puis il y avait déjà, dans les coureurs, il y avait déjà un coureur qui était dans l'équipe Cofidis. Et donc, c'est lui qui m'a un peu ouvert les yeux, qui m'a permis de me dire : tiens, pourquoi pas moi ? Et cette équipe, et notamment Jean-René, cette équipe me plaisait beaucoup, de par son ADN, de par l'état d'esprit que Jean-René pouvait avoir, qui est quelqu'un de très attachant et qui fonctionne au coup de cœur, tu vois, qui est vraiment quelqu'un d'humain, profondément humain. Et puis là, je me dis, en fait, je vais aller toquer à la porte du manoir, parce qu'ils sont en Vendée, et puis je verrai bien. Tout le monde m'a dit « mais tu es fou, il ne va jamais te recevoir, il ne sera jamais là ». Ça, ce n'était pas faux. Donc je suis arrivé là-bas et puis il était là. Il me reçoit dans son bureau avec les maillots de Thomas Voeckler, Laurent Brochard accrochés au mur. Là, on se dit « waouh ».
Tu rentres dans un bureau-musée.
Je rentre dans un bureau-musée, ça devient impressionnant. Et puis il me dit : qu'est-ce que tu veux ? Qu'est-ce que je peux faire pour toi ? Quelle est ta demande ? Je lui explique mon projet, ma volonté d'intégrer un team professionnel. Parce que le vélo, c'est un matériel qui coûte extrêmement cher, qui évolue très vite. Et puis j'avais cette envie, comme je t'ai dit, d'être encadré dans un staff. Et là, c'était vraiment l'occasion d'être dans un vrai staff, de connaître vraiment le milieu, qu'il puisse vraiment m'apprendre des choses, parce que j'étais toujours dans l'optique d'apprendre et de comprendre et de progresser. Et donc je commence à parler, et puis je crois qu'il ne s'est même pas écoulé 5 ou 10 minutes, il me coupe la parole, et là, intérieurement, je me suis dit : bon ben, c'est râpé, il va me dire de rentrer gentiment chez moi. Et puis là, il me dit : OK, on va t'aider. On va aller dans le hangar à côté et on va t'équiper de la tête aux pieds. Tu intègres le team. On t'intégrera aussi au stage de présaison. Tu viendras nous voir. Et là, on se dit : waouh, c'est juste fabuleux. C'est incroyable de se retrouver avec un maillot. C'est là aussi encore une grande fierté de pouvoir porter un maillot d'une équipe pro, de pouvoir faire les stages de début de saison avec des professionnels comme Thomas Voeckler, comme je disais, Laurent Brochard, tous ces athlètes que l'on voit à la télé et que l'on voit faire le Tour de France. Moi, j'étais presque un petit enfant au début de tout ça. Et ouais, c'était une super époque, et jamais je ne remercierai assez ces gens-là de m'avoir permis de vivre ça à leurs côtés.
Qu'est-ce que cette aventure t'a apporté ? De retrouver un vrai collectif, une équipe aussi peut-être, et une identité à laquelle être accroché ?
En fait, c'est de se dire qu'on n'est plus seul. C'est vraiment de se dire qu'on est accompagné. Parce que c'est vrai que des fois, c'est compliqué de retrouver de la motivation, de retrouver une étincelle ou l'envie d'aller s'entraîner, d'aller faire des courses. Et je sais que quand le Tour de France passait pas très loin de Bordeaux, Jean-René m'appelait en disant : passe nous voir demain à l'hôtel, tu mangeras avec les coureurs, tout ça. Ça, ça dure une journée et demie, une demi-journée, mais ça te reboost pendant des semaines et des mois.
Tu te sens dans une famille.
En plus, je trouve, dans cet esprit qu'a su insuffler Jean-René. C'est vraiment une famille. J'en garde vraiment de grands souvenirs. J'ai fait des courses grâce à l'équipe. J'avais fait le Chrono des Herbiers, en Vendée. C'est un circuit qui se déroule sur le format contre-la-montre. Je l'avais fait une fois, et je me retrouve là une fois de plus sous les couleurs de Bouygues, sur leur terre, en Vendée, avec du public sur le bord des routes comme moi je n'ai jamais vu, des gens qui te crient dessus, tu as les poils qui se dressent, tu as les frissons. Et ça aussi, tu te prépares dans le bus, c'est génial, c'est des super souvenirs.
Cette reconnaissance du monde pro, ça t'a donné le sentiment d'être enfin pris au sérieux ?
Ben ouais, je pense que quelque part, il y avait, comme je dis, cette fierté, de se dire, quelque part, de peut-être avoir cette prétention, de se dire : ben ouais, moi je suis chez Bouygues, et si j'y suis, c'est parce que j'ai le niveau. C'est d'être un peu prétentieux, et de montrer que je l'ai mérité et que je ne l'ai pas volé. C'est un moment important pour moi et je suis fier de porter ces couleurs.
À travers ce move que tu as fait, et aussi ton parcours, quelle serait ta définition de l'audace ?
Sur l'intégralité du parcours de vie, sur l'audace ? C'est de ne se fixer aucune limite. Il ne faut pas laisser les limites régir sa vie. C'est d'aller au-delà, c'est d'avancer pas à pas, d'être dans le mouvement. C'est de vibrer pour quelque chose qui nous porte et dans lequel on croit. Et quand même, il y a des obstacles ou des doutes. Je pense que le plus important, c'est le mouvement. C'est d'avancer. Il y a toujours des baisses, des montagnes russes, des ascenseurs émotionnels, mais c'est se donner les moyens d'aller au-delà de tout ça.
Qu'est-ce que t'a coûté ta quête de performance ? Quelles ont été les concessions, les compromis ? Qu'est-ce que t'a coûté cette quête de performance que les gens ne voient pas ? En dehors de ce que tu as évoqué sur la mononucléose.
C'est tout le temps passé sur le vélo. Je pense qu'il y a ça déjà. Dans le sport, en tous les cas, il y a le temps passé sur le vélo, parce que moi je faisais quasiment 20 000 km par an. Et on s'entraîne par tous les temps, qu'il pleuve, qu'il neige, qu'il vente. On ne compte pas ses heures. Et il y a ça, il y a... qu'est-ce qu'il y aurait d'autre ? Il y a le temps passé sur le vélo, il y a... bon, après évidemment, il y a la prépa physique, il y a la prépa mentale, il y a tous ces volets, tous ces aspects qu'on ne voit pas forcément au premier abord, qui permettent vraiment de performer.
Tu as découvert un nouveau sport, le prone paddleboard, que j'ai découvert moi aussi par cette interview. Est-ce que tu peux m'expliquer, expliquer au plus grand nombre, ce qu'est cette activité qui se déroule sur l'eau ?
Oui, dans l'eau, exactement. Alors le prone paddleboard, c'est des planches de sauvetage, en fait, qui font à peu près 6 mètres de long, sur lesquelles on rame à genoux ou allongé, à la seule force des bras, sans pagaie, sans assistance, sans rien. Et en fait, cette discipline-là, c'est une rencontre, une fois de plus, après cette mononucléose, où l'océan était un élément pour moi, déjà, que j'adorais, qui permettait de m'aider. C'était vraiment un lieu... aller voir l'océan, ça me permettait de me ressourcer, de me recentrer, de reprendre de l'énergie également. Et j'adorais le surf. C'était à l'époque le conseiller technique régional du cyclisme en handisport sur Bordeaux, à qui j'ai dit : tu ne connaîtrais pas quelqu'un dans le milieu de l'océan ou de l'eau qui aurait un projet ou qui aurait une discipline qui pourrait m'intéresser ? Et c'est là qu'il dit : moi, je te connais quelqu'un qui s'appelle Stéphanie Barnex, qui habite dans les Landes, qui est plusieurs fois championne du monde de prone paddleboard et qui peut peut-être t'aider à prendre goût à la discipline. En fait, j'ai rencontré Stéphanie, et puis en fait, elle m'a fait découvrir l'activité. Moi, je l'appelle... c'est pour la vulgariser un peu, mais c'est un peu comme l'ultra-trail des océans. En fait, on parcourt des distances assez longues. Des fois, c'est 50 ou 60 kilomètres. Mais c'est une discipline... en fait, c'est quand j'ai eu cette mononucléose et que j'ai eu cette fin de carrière, parce que je n'ai jamais réussi à revenir dans le cyclisme. Je n'ai jamais eu la force de revenir. Je crois que je n'avais plus le mental, je n'avais plus l'envie. Il fallait vraiment que je tourne la page. Mais malgré ça, j'estimais que je n'avais pas totalement fermé le livre. J'avais besoin d'un dernier challenge pour fermer le livre du haut niveau, en tout cas du sport de haut niveau. Et c'est cette discipline-là qui m'a donné envie de finir ce parcours. Et voilà, Stéphanie m'a aidé. Alors, je n'étais plus du tout dans la performance sportive, dans le mode course, me battre contre les autres. C'était plus contre moi-même. Je me lançais des défis. Et c'était notamment en Méditerranée, où j'ai tenté de battre des records. Mais c'était pour moi-même, en fait. Le dernier que j'avais fait, c'était entre Cassis et Marseille, qui est à peu près un peu plus de 40 kilomètres. Donc voilà, ça a été une discipline. Ça m'a occupé pendant deux ans, tu vois. Et là aussi, je me suis entouré d'un staff avec tout un tas de personnes compétentes, que ce soit le mental, la physique, la nutrition était rentrée un peu plus dans le domaine. Et puis voilà, ça a duré deux, trois ans, pour qu'à la fin, j'avais estimé que j'avais fait le... je ne sais pas si on peut dire que j'avais fait le tour du sujet, mais j'avais envie de passer à autre chose. Puis c'est le moment où j'ai rencontré ma femme. Voilà, donc il y avait d'autres projets après qui sont arrivés.
Est-ce que tu as eu le sentiment d'avoir besoin de quitter le Loïck sportif pour découvrir le Loïck homme ?
En fait, ça a été un long cheminement, parce que cette culture de haut niveau, cette culture de la compétition, ça, c'est resté longtemps gravé en moi.
Ça laisse des traces.
Ça laisse des traces. Et puis il y a toujours, même des fois, quand on va aller faire du vélo, j'ai toujours ce besoin de me dire : mais ça ne va pas assez vite, il faut aller plus vite, il faut mettre tant de temps. Quand elle me disait : mais non, c'est bon, on a le temps, on est là pour prendre du plaisir. Ne serait-ce que ça, ça a été hyper compliqué pour moi. Parce que quand tu fais presque dix ans dans la compétition de haut niveau, la notion de plaisir, tu l'as totalement perdue. Et je trouve que c'est très difficile de la trouver, ou en tout cas de la retrouver. Et ça, j'ai mis beaucoup de temps. Et parfois, ça reste encore compliqué. Oui, parce que je me suis remis au vélo quelques mois avant mes interventions des hanches, parce qu'il fallait que je me remuscle les hanches. Et il y a eu des moments où j'ai senti les travers revenir, et je me suis dit : là, on va se calmer, et on va garder le plaisir, et on va se focaliser sur le plaisir, et si on n'a pas envie d'y aller demain, on n'ira pas, et ne plus se forcer.
Qu'est-ce que l'océan t'a appris, ou sur toi, que le vélo ne t'a pas appris ? Est-ce que tu t'es découvert ?
En fait, l'océan, c'était plus... je pense qu'il m'a appris plus le plaisir. Il a commencé à m'apporter cette notion de plaisir que je n'avais pas du tout à la fin dans le vélo. Ce n'est pas une contrainte, mais...
Je pense aux sacrifices.
Oui, on est en sacrifice, puis on est tellement dans un mode où on est dans son tunnel, focalisé sur ses objectifs, et on ne pense qu'à ça, et on occulte tout le reste, en fait. Alors que là, on était beaucoup plus... déjà, il y avait beaucoup moins de pression. Cette notion de plaisir, elle est revenue presque naturellement. Et puis, c'était de se retrouver au milieu de cet océan, seul, sur ma planche, à ramer. Ça, ça m'a fait énormément de bien, de pouvoir me retrouver dans ces moments-là, d'avoir presque de la solitude, parce que je suis quelqu'un de même solitaire, donc c'est des moments qui me plaisaient bien. Mais ça m'a permis de me recharger, de me ressourcer. Et puis comme je te le disais tout à l'heure, c'est de boucler la boucle, de fermer ce livre du haut niveau.
Et pour ouvrir une autre boucle, d'entrepreneur, de créer une entreprise avec ta femme, de production audiovisuelle, avec l'objectif de créer des récits sur le dépassement de soi, de sportifs de haut niveau et de personnes moins connues, peut-être. Qu'est-ce que ça t'apporte et pourquoi cet axe-là ?
En fait, ça a mis un peu de temps avant d'émerger sur ce sujet-là, parce qu'on a tous commencé par : on fait les films de voyage, on fait les films pour le mariage d'un copain, on fait le film d'entreprise, etc. En fait, je pense que j'ai retrouvé ce milieu du haut niveau en étant derrière une caméra, et peut-être de pouvoir retranscrire ce que moi j'avais vécu. Alors dans un autre domaine, c'était le vélo, mais là on a fait des films sur la voile. On en a fait un sur le prone paddleboard, avec un athlète qui vit à Tahiti. Mais voilà, c'était peut-être d'expliquer aux gens ce qu'est le haut niveau. Et ça, ça m'a énormément plu, de me retrouver à la caméra et de pouvoir, au moins, me retrouver dans ces moments-là qui me manquaient, quelque part, je crois. Qui sont des moments des fois un peu tendus, émotionnels, forts. Et ouais, j'avais envie de raconter ça. Je pense que ça m'a vraiment nourri, de retrouver, de revivre ces moments-là, presque dix ans après.
Puis te nourrir des rencontres aussi, j'imagine.
Bien sûr, c'était avant tout une rencontre avec une personne. C'est ça qui porte notamment le projet. À la base, les deux documentaires qu'on a faits, c'est déjà une rencontre avec l'athlète. On comprend ce qu'il vit. C'est quelqu'un qui... la personne se passionne pour ce qu'elle fait. Puis là, tu te dis : il y a une histoire à raconter. Il y a quelque chose à faire. Il faut qu'on en parle au plus grand nombre.
C'est quoi une bonne histoire de dépassement pour toi ?
Une bonne histoire de dépassement, c'est d'aller au-delà. En fait, pour moi, le dépassement de soi, c'est d'aller au-delà de ce que le mental refuse. C'est ce moment-là, c'est quand on est au bord d'un abandon, ou qu'on est au bord d'une difficulté, on se dit non, on va aller au-delà, on va aller chercher. Le mental pourrait te dire : j'arrête, c'est trop... Mais en fait, non, il y a un déclic, ou il y a une volonté de se dire : ce n'est pas fini, il me reste encore un peu d'énergie pour aller jusqu'au bout. Et c'est ça, la vraie notion pour moi de dépassement de soi.
J'avais une question à ce sujet. Est-ce que raconter l'histoire des autres t'a permis de comprendre différemment la tienne ?
Pour être honnête, pas totalement. J'ai appris des choses, ça m'a fait comprendre aussi des choses, mais je pense que ma plus grosse progression ou avancée sur le sujet, ça aura été vraiment les deux dernières interventions chirurgicales que j'ai eues. Même si, effectivement, ça m'a appris des choses. Le dernier reportage que j'avais fait, sur le rameur, il m'a appris des trucs. Je pense que c'est vraiment les deux dernières aventures chirurgicales qui ont été plus fortes pour moi.
Et après cette aventure chirurgicale, cette double aventure chirurgicale, tu as réappris à rouler, mais non plus pour le sport, mais pour te faire plaisir, à rouler autrement. Est-ce que tu as eu des sensations différentes, au-delà de l'approche ?
Alors, je ne suis pas encore remonté sur un vélo.
Ah ok, pardon.
Non, non, ce n'est pas... En fait, le seul vélo sur lequel je suis remonté, c'est le vélo de kiné, tu vois, le vélo d'appartement. Parce qu'on est encore un poil trop tôt dans le process. Parce que je n'ai pas encore les flexions de hanches nécessaires pour pouvoir reprendre le vélo. Puis je pense qu'il y a aussi une forme d'appréhension et d'anxiété de remonter sur un vélo, parce que là aussi, il y a plein de repères qui vont changer. Parce qu'avant, j'avais mon fémur droit qui était plus court que le gauche. J'avais les genoux qui rentraient. Maintenant, les deux fémurs sont de la même longueur. Les jambes s'ouvrent plus qu'avant. Donc il y a tout un tas de repères qui ont changé. Donc ça va être intéressant, aussi, prochainement, de monter sur un vélo. Ce n'est pas encore fait, mais ça va bientôt arriver. Je ne sais pas quand, parce que j'ai arrêté de me mettre des objectifs.
Et donc de la pression ?
Et non, de la pression, parce que ça, c'est... Mais là encore, c'est jusqu'à très récemment, et ce sont des sujets encore qui me font bouger, ça me chahute, ça me bouleverse intérieurement. Avant même de me faire opérer mes deux hanches, j'avais découvert un défi qui s'appelle le 7 Majeur, qui est de franchir 7 cols alpins à plus de 2000 mètres sur 365 kilomètres, avec 11 000 mètres de dénivelé positif. Et de me dire : je vais faire ce projet-là parce que c'est une sorte de chemin, de traversée, de faire une nouvelle expérience avec cette nouvelle identité. Et puis, à un moment donné, entre les deux interventions, j'étais déjà en train de programmer : à telle date, il faut que je fasse ça, il faut que je fasse l'entraînement, il faut que je trouve les sponsors. Tu vois. Et là, je dis : non, mais il faut que j'arrête, parce qu'en fait, ça me pollue trop, ça m'empêche d'avoir une rééducation de qualité parce que le mental est occupé par autre chose et pas du tout sur mon instant présent. Et j'ai cette notion-là d'instant présent, je suis en train de faire un travail là-dessus, parce que c'est un sujet où je n'arrive pas forcément à être dans l'instant présent. Je suis plus facilement à me projeter sur : dans six mois, je vais faire ci, dans un an, je serai là-bas.
Un monde de projets.
Ah oui, c'est un monde de projets. Et en fait, là, je travaille vraiment sur l'instant présent, d'avancer pas à pas, faire étape par étape, et de prendre le temps qu'il faudra. Si c'est dans trois ans, ça sera dans trois ans. Mais surtout pas se fixer d'objectifs. En tous les cas, je ne veux plus de pressurisation comme ça, à s'en rendre presque malade.
Sans parler d'objectifs, est-ce que tu t'es fixé — sans date bien sûr — est-ce que tu t'es fixé une ligne conductrice ou des choses que tu aimerais accomplir ?
En fait...
Au-delà du sport.
Au-delà du sport ?
Au-delà du sport, oui.
Au-delà du sport, après, c'est de réapprendre à marcher. Parce que là, je suis encore dans une phase où je réapprends, une nouvelle fois, ça sera que la troisième fois. On dit jamais deux sans trois, mais voilà, c'est la troisième qui vient d'arriver. Donc déjà, je réapprends à marcher, parce que j'ai les jambes de la même longueur, maintenant. Donc ça aussi, ça perturbe. Parce que même quand je me vois dans un miroir, je ne marche plus comme avant. Et c'est quelque part perturbant. Donc déjà, ces prochains objectifs, ces prochaines étapes, d'apprendre à marcher, et puis d'apprendre à me reconstruire avec cette nouvelle identité, avec ces deux nouvelles prothèses, de voir où elles peuvent m'amener, comment je peux vivre avec elles, et puis de voir comment je peux créer une nouvelle relation avec ce corps, ces nouvelles possibilités qui me sont offertes pour les prochaines années.
Et au-delà de ce prochain défi, tu aimes aussi transmettre.
Oui.
À travers la boîte de production, mais aussi à travers les conférences. J'imagine que c'est quelque chose qui t'anime, qui te parle, lorsqu'on te propose ce genre d'animation.
Ben ouais, j'ai découvert ça un peu par hasard. Enfin, un peu... ouais, c'était vraiment par hasard. Mais c'est des moments enrichissants. Parce que la première fois que j'ai fait une conférence, je me suis dit : mais qui va pouvoir s'intéresser à mon parcours ? Parce que moi, je m'étais imaginé qu'il fallait des médailles, des titres de champion du monde, de champion olympique, pour pouvoir avoir un peu... pour qu'on soit intéressant aux yeux du public, tu vois. Et je me disais : mais moi, je n'ai rien de tout ça, quoi. Donc, bon, je me suis lancé dans le grand bain et puis j'avais écrit cette première conférence. Et en fait, à ma grande surprise... c'était une amie qui m'avait invité dans son entreprise pour partager mon parcours. Je m'en souviendrai toujours, elle m'avait dit : il n'y aura pas beaucoup de questions à la fin de ton intervention, ne t'inquiète pas. Dans ma tête, je me disais : mais bien sûr qu'il n'y en aura pas. Et en fait, ça a été une avalanche de questions. Et il y a eu un accueil que j'avais sous-estimé, en fait, et où les gens, je pense, se sont... alors, soit eux-mêmes se sont retrouvés dans ce que je pouvais raconter, dans des parties ou dans des moments de mon parcours de vie. Il y avait aussi des parents qui avaient des enfants en situation de handicap, tu vois, et qui avaient des questions sur le parcours scolaire, sur comment eux, en tant que parents, ils devaient se comporter vis-à-vis de l'enfant, vis-à-vis de leur enfant. Donc c'était hyper intéressant. Et en fait, c'est ce qui, après, m'a donné envie de continuer. Mais c'est vrai que ça a été un moment très fort, cette première conférence.
Qu'est-ce que tu as réussi à transmettre qui t'a permis d'accrocher les gens dans ça ?
Je pense que c'est la simplicité. En fait, c'est juste exprimer mon parcours, expliquer mon parcours comme je l'ai vécu et sans fioriture, en restant humble. Une fois de plus, en me disant qu'il faut rendre intéressant le sujet, pour que les gens soient captivés par ce que je leur raconte, je me disais : il faut que je fasse des grandes phrases, il faut que je sorte des grands concepts, il faut que je sorte des... ah voilà, je prépare des phrases, comment on dit, des grandes punchlines. Et en fait, au fil des expériences, je me suis rendu compte que plus c'était simple, ou plus c'était vrai, plus les gens étaient intéressés, ou en tous les cas captivés par ce que je racontais. Et ça créait vraiment ce lien. Et c'est là que je me suis rendu compte que même si je n'avais pas toutes ces médailles ou ces titres, des fois les messages sont très forts et ça peut aider les personnes dans l'auditoire.
L'authenticité ?
Oui, l'authenticité, je pense, c'est ça. J'avais totalement sous-estimé cet axe-là.
Tu as passé ta vie à dépasser tes limites. Aujourd'hui, tu as un nouveau défi qui est aussi d'apprendre à les respecter. Comment tu vas t'y prendre ?
J'aime bien cette question. C'est une belle question, celle-ci. Comment respecter mes limites ? Après, en plus, moi, j'ai toujours cherché à les dépasser. Mais non, mais c'est ce que je te disais tout à l'heure. Je pense qu'il faut vraiment que je sois à l'écoute de moi, à l'écoute de mon corps. Parce que j'ai eu un petit incident récent, là, sur ma convalescence, les interventions, les prothèses, où j'ai fait une fracture de fatigue au talon et une fissure au talus. Parce qu'avant, je marchais sur l'avant du pied. Mon pied droit, comme ma jambe était plus courte, je marchais sur l'avant du pied. Je ne posais que l'avant du pied. Et là, je me suis retrouvé à poser le talon. Et le kiné me disait...
Oui, exactement.
Le kiné me disait : il faut que tu poses ton talon. Sauf que le talon, il n'a pas compris ce qui lui est arrivé. Il a pris le poids de mon corps d'un coup. Et voilà, fracture. Mais au-delà de ça, si on doit aller un peu plus loin, je pense que cet événement-là n'est pas un drame. Il est là pour m'apprendre le fait qu'il faut que je prenne mon temps, que je respecte ces limites-là, que je m'écoute, que je sois dans l'instant présent. Et là, je suis en plein apprentissage de cette notion-là, que je n'avais pas du tout auparavant. Et voilà, c'est se respecter, c'est faire attention à soi, se respecter soi, s'écouter. Et vraiment s'écouter, pas juste le dire, « je prends soin de moi et je m'écoute », mais en fait je ne fais rien de tout ça.
S'écouter et faire ce qu'il faut.
Faire ce qu'il faut, exactement. Donc oui, je pense que c'est ça le message : être dans l'instant présent et s'écouter.
Quand on parle du handicap dans la société, qu'est-ce que pourtant on oublie de dire ?
Après, les mentalités ont évolué sur le sujet du handicap.
C'est vrai que maintenant, il y a les gens qui se sont mis à dire qu'en fait, on est déjà normaux, pour désacraliser peut-être.
Oui, on en parle de plus en plus. Il y a le handicap visible, le handicap invisible. Il y a un travail d'explication sur le sujet qu'il n'y avait pas auparavant. Des fois, des raccourcis qui étaient terribles. On m'a souvent dit : tu n'es pas en fauteuil, tu n'es pas handicapé. Donc voilà. Et dans le milieu professionnel. Mais je dis : ce n'est pas parce que je ne suis pas en fauteuil, ce n'est pas parce que sur le logo du panneau « situation de handicap » il y a un fauteuil, qu'il faut forcément être en fauteuil. Je pense qu'il y a ce travail d'explication qui a été mené depuis toutes ces années. Il y a sûrement aussi la médiatisation du sport aussi, qui amène, ou qui permet en tous les cas, de parler plus simplement du handicap. Mais ça progresse, on va dire. Mais il faudra du temps, ce sera long.
Si ton parcours devait laisser une seule trace, un seul conseil, une seule expression, une citation, un leitmotiv vis-à-vis des gens, ce serait quoi pour toi ?
De se donner toutes les chances dans ce que l'on veut réussir, dans ce que l'on veut obtenir. De se dire que tout est possible, qu'on peut avoir des rêves, aussi farfelus soient-ils, aussi fous, et qu'ils sont toujours réalisables. Il faut se donner juste les moyens, la force, de croire en ses capacités, de croire en soi, d'avancer, même lentement, d'être vraiment dans le mouvement.
Doser.
Doser, oui, et puis de ne pas rester dans l'immobilité, de se dire non, ce n'est pas pour moi. Il faut vraiment, je pense, dépasser ça, tout en respectant les limites, comme on disait. Doser et savoir doser.
Doser et savoir doser, c'est très beau comme phrase.
Mais ouais, c'est d'y aller, quoi, d'être dans le mouvement.
Qu'est-ce que tu dirais au jeune Loïck, il y a quelques années, qui est un enfant et qui passe ses années à l'hôpital ? Qu'est-ce que tu lui dirais si tu pouvais lui parler aujourd'hui, avec le recul ?
Je ne sais pas s'il aurait besoin qu'on lui dise grand-chose, en fait, aujourd'hui. Je crois qu'il était déjà fort mentalement, tu vois. Ou juste l'aider à aller encore plus loin, ou tu vois, d'oser encore plus, ou de lui donner ce petit goût de confiance qu'il n'avait pas totalement, et de lui dire : vas-y, crois en toi, et tu vas y arriver. Et de donner ce petit coup de pouce, cette main dans le dos, pour vraiment aider et donner ce message positif.
Est-ce qu'il y a un dernier sujet que tu aimerais aborder, quand on arrive à la fin de cet épisode ?
Non, pas particulièrement. Je pense que la vie est trop courte pour avoir des regrets. Il faut vraiment oser, comme je le disais tout à l'heure, vivre ses rêves et aller jusqu'au bout de ce que l'on a envie de faire. Même si on n'y arrive pas, il n'y a rien de grave en soi. Ça fait partie de l'expérience. Je crois que c'est ultra enrichissant de vivre des moments dans sa vie. Voilà, on a des rêves, on a envie de faire des choses, il faut foncer, et même si ce rêve n'aboutit pas, on aura appris sur ce chemin.
Merci.
Merci à toi, Fabien.
Merci à toi Loïck Bonavita-Courpron, que vous pouvez retrouver sur les réseaux, à travers ton agence de prod et également sur les différents sujets que tu as abordés, en conférence aussi, pourquoi pas. Merci à toi de ce temps d'échange et d'avoir accepté de partager ton parcours avec autant d'ouverture et d'humilité.
Merci beaucoup. Merci à toi pour l'invitation.
Un grand plaisir. Merci à vous d'avoir écouté cet épisode, que vous pouvez retrouver en audio sur l'ensemble des plateformes, que ce soit Spotify, Deezer, Apple ou Amazon, et également en vidéo sur LinkedIn, Instagram et sur YouTube. Merci à tous, je vous souhaite une très belle fin de journée et à très bientôt pour un prochain épisode d'Inspirez.


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