L’épisode en détail.
🎙️ Dans cet épisode d’Inspirez : Le podcast qui vous révèle, j’ai le plaisir d’accueillir Pascal Pich, spécialiste de l’ultra-triathlon, entraîneur d’athlétisme et de triathlon, coach en diététique.
Très tôt, Pascal trouve dans le sport un véritable équilibre. Football, judo, gymnastique, cyclisme, athlétisme, volley-ball… il explore de nombreuses disciplines avant de se révéler dans l’effort, la rigueur et le dépassement de soi. À seulement 15 ans, il obtient sa ceinture noire de judo, avant de rejoindre l’INSEP tout en travaillant pour financer sa pratique.
Son parcours prend ensuite un tournant marquant avec l’armée. Affecté au 1er Régiment de Hussards Parachutistes, puis formé comme infirmier militaire, Pascal part à Beyrouth. Une expérience intense, profondément marquée par les attentats du 23 octobre 1983, qui laissera une empreinte forte dans sa vie.
C’est dans l’ultra-endurance que Pascal va écrire sa légende, il enchaîne les défis extrêmes et accumule les exploits : 16 records du monde en ultra-triathlon, 5 records du monde en ultra-cyclisme, quintuple champion du monde en déca-Ironman, triple Ironman et double Ironman.
Dans cet épisode, nous explorons également son projet ambitieux, le défi "No Limits", qui consiste à réaliser 177 Ironman en 140 jours, tout en soutenant la recherche médicale. Ce nouveau défis est une véritable ode au dépassement de soi et à l'esprit d'aventure.
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Transcription de l’épisode
Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspirez. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Pascal Pich. Salut Pascal.
Salut.
Alors, tu es spécialiste de l'ultra-triathlon, tu es également entraîneur en athlétisme, coach en diététique, tu détiens plus d'une vingtaine de records du monde. On t'appelle aussi Terminator, on va y revenir, mais le fait des records et le fait de ton ultra-endurance s'explique aussi à travers ce surnom-là. Mais avant de rentrer sur ton parcours, j'aimerais commencer par la première question que je pose tout le temps à mes invités. Comment tu expliquerais ton métier de façon pédagogique à un enfant de 5 ans ? Si tu devais le faire, comment tu t'y prendrais ?
Alors, c'est vrai que le mien est un peu compliqué parce qu'en fait je fais 50 000 choses. Je crois qu'en gros, je lui dirais... voilà, mon métier, c'est de nager, pédaler, courir pour la performance. Et au-delà de ça, mon métier en parallèle, c'est d'apprendre aux enfants, aux jeunes et aux adultes comment performer, ou comment techniquement travailler pour apprendre à courir correctement, nager correctement et pédaler correctement. Je crois que ça résume bien le truc.
Ça résume bien le truc. Alors justement, Pascal, on te connaît comme spécialiste de l'ultra-triathlon. Tu es détenteur, je l'ai dit, de nombreux records du monde. Tu as été quintuple champion du monde. Mais avant les records, avant les défis hors normes — et on va revenir sur tout ton parcours — j'aimerais savoir qui était le jeune Pascal, né à Villeneuve-Saint-Georges. Comment tu as connu ton enfance ? Comment tu l'as vécue auprès de tes parents et de tes frères ?
Alors, on était trois frères. Enfin, en tout, on était trois. Je suis l'aîné. Mes parents étaient ouvriers. Mon père bossait à l'usine. Ma mère était couturière, elle bossait à la maison. Donc on n'a pas eu une enfance très luxueuse, mais à côté de ça, nos parents se mettaient en quatre pour qu'on ne manque de rien. On avait la chance, tous les étés, de partir en vacances. Je pense qu'ils faisaient leur maximum pour qu'on soit des enfants heureux, qu'on ait une vie heureuse. Et moi, ma vie était déjà, petit, axée vers le sport. Voilà.
C'est vrai que tu as démarré très tôt le sport et tu as fait beaucoup de sport, que ce soit le foot, le judo, la gymnastique, le vélo, l'athlé, le volley, j'en oublie sûrement. Tu as une liste longue comme le bras, là aussi. Tu as commencé très tôt, je crois, le sport. Ça t'a attiré dès ton enfance ?
Alors, mon père a été en équipe de France junior de foot, déjà. Donc en fait, on a commencé par le foot. Il voulait qu'on joue au ballon. Donc on a joué au foot. Et puis rapidement, moi, je m'ennuyais au foot. Ce n'était pas top, top. Donc j'ai fini gardien de but, parce que ça me convenait bien. J'aimais bien me jeter dans la gadoue. Donc quand t'es gardien, c'est nickel en région parisienne. Tu rentres, t'es pourri, c'est top. Donc j'adorais. Et rapidement, mon deuxième frère, celui qui était juste après moi, il se faisait souvent bastonner à l'école. Et mes parents lui ont dit : on va t'inscrire au judo pour que tu apprennes à te défendre. Et moi j'ai dit : putain, le judo, moi je voudrais bien faire... si tu veux, maman, je vais voir le prof pour voir comment ça se passe et ce qu'il faut faire. Et en fait, je suis descendu au club, j'ai pris des renseignements pour mon frère et j'ai été le premier inscrit. Et en fait, mon frère a stagné ceinture jaune pendant 3-4 ans. Et en fait, quand lui il a passé sa ceinture jaune, moi j'étais déjà ceinture bleue, et rapidement j'étais ceinture noire, même. Donc voilà, c'était vraiment ma première voie, le premier sport où je me suis éclaté.
Et d'ailleurs, le judo, tu as eu ta ceinture noire à 15 ans, je crois.
C'est ça.
À cet âge-là, c'est déjà un marqueur de discipline, quand même, parce que ça met du temps à obtenir, cette ceinture noire, il me semble.
Oui, alors en fait, à cette époque, avant, c'était 16 ans la ceinture noire, et dans les années 80, ils ont décidé qu'on pourrait passer la ceinture noire à 15 ans. Et donc j'ai fait partie des tout premiers mecs de 15 ans à avoir la ceinture noire. Et un an et demi après, j'étais même deuxième dan. Donc j'étais plutôt pas trop mauvais. J'avais, je crois, de mémoire, j'ai dû gagner 7 titres départementaux et 5 régionaux. Donc je m'entraînais à l'INSEP deux fois par semaine. Déjà, je savais ce que je voulais en étant gamin, un jeune, c'est-à-dire.
Et ce que tu ne voulais pas aussi. L'une de mes questions, c'est : qu'est-ce que le sport t'a apporté que tu ne retrouvais pas à l'école ?
Je ne sais pas. En fait, en faisant du sport, je me sentais bien. Ça me permettait de m'extérioriser. À l'école, je m'emmerdais. Il faut appeler un chat un chat. J'y allais parce que c'était obligatoire. J'aurais pu être bon élève parce qu'en fait, j'apprenais facilement. Mais j'avais décidé qu'un jour, je serais champion du monde. Et en fait, il n'y avait que ça qui m'intéressait. Donc j'allais en cours, je bricolais, ce n'est pas dur. J'ai fait 7 ans d'anglais. Après 7 ans, je devais connaître 15 mots, parce que ça ne m'intéressait pas.
Where is Brian ?
Brian is in the kitchen. Donc voilà. D'ailleurs, c'est même couillon, parce qu'après, avec les années, les départs en compète aux quatre coins du monde, j'ai été obligé d'apprendre l'anglais correctement. Et si j'avais bossé un peu plus, gamin, peut-être que j'aurais parlé plus vite couramment. Mais il ne faut pas avoir de regrets. Mon objectif, c'était de devenir champion du monde et je ne vivais que pour ça.
Et c'est cet objectif que tu as eu déjà très tôt, au final. Tu t'es ancré cette idée-là assez tôt.
Oui, j'avais 13-14 ans, puisque je me souviens, les profs disaient « vous voudriez faire quoi comme boulot plus tard ? ». Et moi, je disais « je serai champion du monde ». Mais à l'époque, il n'y avait pas de réseaux. Très peu, même, à la télé. Il y avait très peu, d'ailleurs, de Français qui étaient champions du monde. Les gens disaient « arrête de rêver ! ». C'était bien mal me connaître.
Justement, tu as intégré une section sport-études judo à Nîmes. C'est bien ça ? Tu as traversé la France pour aller poursuivre ton rêve. Qu'est-ce que ça t'a appris, ce déplacement si tôt et cette relation à l'exigence ?
Déjà, ça m'a appris à me prendre en charge tout seul, puisque j'étais interne. J'étais le seul Parisien. Tous les autres mecs, ils étaient d'ici. Le week-end, tout le monde rentrait chez eux, à Narbonne, à Agde, à Montpellier, peu importe. Et puis moi, le Parigot, il était tout seul tout le week-end à Nîmes. Ça m'a appris à jouer de la gratte, parce qu'en fait, comme je m'ennuyais, je me suis acheté une guitare et j'ai appris à jouer de la guitare pendant les week-ends, etc. Et voilà, ça, ça a été un plus. Et c'était sympa.
Et donc, tu t'es fait des amis à cette époque-là ? Quelle était la relation à la compétition et aux autres dans cette section ?
Oui, alors je me suis fait... alors oui, on n'était pas beaucoup. C'était une petite section, on devait être six judokas. Donc je me suis fait des potes. Et je me suis fait un ami qui est resté un ami, qui était jusqu'à encore un an ou deux entraîneur de l'équipe de France junior de judo, que je revois souvent quand je monte à Paris, qui était à l'INSEP, etc. Qui, lui, est devenu, au-delà du haut niveau, un entraîneur connu, reconnu, diplômé, surdiplômé. Mais c'était un bœuf, lui. C'était un mec, il devait faire 1m92 ou 1m93. Il faisait plus de 100 kilos. Et quand il fallait tirer avec lui, on se faisait massacrer. Après, j'avais trouvé le truc. Je lui parlais pendant le début du randori. Je me disais : j'ai déjà gagné une ou deux minutes sans me faire casser la gueule. Et puis...
Jouer la montre.
Oui, oui. De toute façon, il fallait faire ça. Mais oui, lui, c'est vraiment resté un super pote.
Et justement, quand la section ferme, parce que malheureusement, vous n'étiez pas nombreux, tu as obtenu l'accord de ta famille pour arrêter tes études et te consacrer davantage au judo. Avec le recul, est-ce que c'était, selon toi, un choix courageux, un choix instinctif ? Et surtout, que disait ta famille à ce moment-là ?
Alors, l'accord de ma famille, c'est un bien grand mot. Mes parents, ils n'étaient pas trop chauds non plus. Ma mère, elle m'a dit : tu veux arrêter les études, tu vas bosser. Ce qui était normal. Et comme j'avais 16 ans et demi, 17 ans, elle m'a dit : tu n'as qu'à devancer l'appel, tu partiras à l'armée, au moins ça sera fait. Et du coup, c'est ce que j'ai fait, j'ai pris les renseignements et je suis parti... enfin, je devais partir au bataillon de Joinville. Et en fait, ça a merdouillé un mois et demi avant, et on m'a dit : tu ne pars plus à Joinville, tu vas te retrouver dans un régiment normal. Et là, je me suis dit que je n'irais pas dans un régiment normal, je vais perdre un an, ça ne sert à rien. Donc j'ai fait une préparation militaire parachutiste. Je me suis dit qu'au moins, là, je ferais du sport. Et je suis parti dans un régiment parachutiste deux mois après.
Quelle est la particularité de Joinville, pour ceux qui ne connaissent pas ?
Alors Joinville, c'était à l'époque — je ne sais pas, il y en a un peu moins maintenant — mais c'était à l'époque, quand on faisait son service militaire, on prenait tous les athlètes de haut niveau de toutes les disciplines, et il y avait un régiment qui était donc le bataillon de Joinville, dans lequel étaient regroupés tous les sportifs. Et comme ça, ils pouvaient continuer à évoluer à haut niveau tout en faisant leur service militaire. Alors bon, service militaire, c'était un bien grand mot. Il n'y avait pas grand-chose de militaire dans tout ça. Mais bon, voilà. Donc le rater, ne pas pouvoir y aller, quelque part, ça a été un peu une punition. Parce que c'est là que je pense que j'aurais éclaté pour devenir international.
C'est juste avant que tu as intégré l'INSEP, ou après ?
En fait, l'INSEP, j'y allais sur mes... par exemple, les jours où je n'avais pas cours, donc j'avais deux après-midi de libre par semaine, je prenais le train à midi, je partais à Paris et j'allais à l'INSEP. Donc en fait, je n'étais pas interne à l'INSEP, j'étais extérieur à l'INSEP, mais je venais m'y entraîner deux fois par semaine.
Et donc, tu as atterri à Tarbes, pas très loin d'ici.
Oui.
Au 1er RHP. Est-ce que tu te souviens de ton arrivée dans le Sud-Ouest ?
Je me souviens bien, j'ai débarqué à la gare de Tarbes. Il y avait un vieux GMC qui nous attendait devant le truc. Un sergent qui n'avait pas l'air très sympa, qui nous a dit « vous montez là-dedans, vous fermez vos gueules ». Et puis on s'est retrouvés dans le régiment.
Qu'est-ce que tu as appris de ce service militaire et de cette partie prépa pour être parachutiste ?
J'ai appris que physiquement, ce n'était pas si dur que ça. Après, c'est sûr que quand on est à haut niveau, arriver dans un régiment para — enfin, para ou autre chose d'ailleurs — il y a plein de mecs qui n'ont pas le niveau. Donc si tu es sportif, c'est assez facile. Par contre, au niveau discipline, j'ai appris à fermer ma gueule, parce que j'avais tendance à l'ouvrir un peu trop. Et puis après, on apprend... alors, je pense qu'avec le judo, on apprend l'humilité déjà. Donc ça, ce n'était déjà pas un point qui... Et l'armée a continué à m'apprendre ce genre de valeurs. Et je pense que ça a été très bien. Puis là, les copains, on se fait des amis. Enfin, je veux dire, voilà, on s'aperçoit que dans la difficulté, les liens se resserrent toujours beaucoup. Et ça, c'est top. D'ailleurs, aujourd'hui encore, j'ai des potes avec qui j'étais à cette époque-là. On est toujours en contact. Ce n'est pas rien.
Ça manque aujourd'hui, je crois. Ça peut être perçu comme ça. Tu as souhaité continuer en faisant une prépa pour être infirmier militaire, c'est ça ?
Oui, c'est ça. En fait, le régiment partait à Beyrouth. Donc en septembre 1983, moi j'avais fini mon temps. Et en fait, pour la petite histoire, j'avais fait une connerie et je devais me prendre des jours de trou. Et je savais que les gars qui partaient à Beyrouth, le départ à Beyrouth, le régiment avait besoin d'infirmiers. Et à l'époque, à Pau, pendant les stages infirmiers, il y avait les premières femmes parachutistes. Et je me suis dit : tiens, ça peut être un bon truc d'aller intégrer l'affaire là-bas. Et je suis allé voir mon adjudant. J'ai dit : mon adjudant, je vous propose un truc. Vous effacez l'idée de me mettre au trou, et je viens avec vous à Beyrouth et je pars faire le stage infirmier. Il m'a dit : OK, banco. Et puis je suis parti. Donc trois mois à Pau faire la formation d'infirmier. Et pour la petite histoire, sur cette formation, il n'y avait pas de gonzesse.
Tu t'es fait avoir.
C'est peut-être pour ça qu'il a dit oui.
L'art de la négociation.
Je pense qu'il ne savait pas. Après, j'ai adoré. C'est vraiment un boulot qui m'a subjugué. J'ai vraiment adoré cette formation, et après ce que j'ai fait sur le terrain avec ce que j'avais appris. Aujourd'hui, ça me sert encore. Être infirmier militaire sur le terrain, en temps de guerre, c'est apprendre en trois mois ce que les infirmières d'État font en trois ans à l'école. Moi, j'ai fait de tout. J'ai fait des interventions, des petites interventions chirurgicales. J'ai fait des points de suture, des machins. Aujourd'hui, j'ai un problème, je ne vais pas à l'hosto. Moi, je me suture moi-même. Je n'ai pas besoin d'eux. Donc c'est vraiment... ça, c'était très intéressant.
Et de fait, tu as été projeté assez rapidement à Beyrouth, donc ?
Un mois après, on partait à Beyrouth. Septembre. Donc j'ai fait le stage infirmier pendant l'été et on est partis mi-septembre à Beyrouth.
Tu as quel âge à ce moment-là, et tu pars dans quel état d'esprit ?
J'ai 19 ans. Et l'état d'esprit, c'était... ils nous avaient vendu ça comme « vous allez voir, c'est cool, c'est le Club Med, on va sauter en parachute, on va aller à la mer et tout ça », parce qu'en fait Beyrouth, c'est super beau. Donc on est partis comme ça. Sauf que 15 jours avant, il a commencé à y avoir des petits attentats, des petits trucs. Quand on a débarqué, on n'est pas arrivés en avion comme on aurait dû arriver, à l'aéroport à Beyrouth, mais on est arrivés par bateau. On a débarqué comme si c'était le débarquement sur les plages de Normandie. Casque lourd, gilet pare-balles, cartouches engagées. Et c'est la guerre. Merde, ce n'est pas ce qu'on nous a vendu. Et voilà, on y était, il fallait y rester, donc il n'y avait plus qu'à.
Ça devait durer combien de temps, cette mission ?
Six mois.
Et donc, tu as connu différentes situations à Beyrouth. Comment ça s'est passé pour toi, cette première mission à l'étranger ?
Alors, dans un premier temps, j'ai été blessé. Un trou dans le tibia, ça s'est infecté, j'ai été opéré trois fois, enfin, un truc un peu de merde. Et dans la foulée, rapidement, il y a eu l'attentat que tout le monde connaît, au moins l'attentat du Drakkar, où on a perdu 58 parachutistes. En étant infirmier, j'étais sur le terrain, j'ai passé pratiquement 40 heures sans dormir à sortir des collègues morts. Et voilà. En fait, ça a commencé fort. On est arrivés mi-septembre et le 23 octobre, il y avait l'attentat. Donc là, ma blessure, même si elle était importante, elle passait au second plan, parce qu'il y avait d'autres choses plus importantes.
Oui, c'est sûr. C'est ce que j'allais te demander. Comment tu as vécu ça ? Ça doit être une période difficile malgré tout, et même avec la formation que tu as eue, tu n'es jamais réellement préparé.
Le problème, c'est que quand on est jeune... pour ma part, je sais que j'ai des collègues qui l'ont pris beaucoup moins bien, mais pour moi, c'était assez fluide. Je ne ressentais rien. Je n'avais pas de marqueur spécifique. Je pouvais manipuler, entre guillemets, les mecs décédés, etc. Ça ne me faisait rien. D'ailleurs, à chaque fois qu'il y avait un mort — parce que sur la période, il y a eu 88 mecs au tas — et à chaque fois, on m'envoyait, moi, pour habiller les morts, pour faire les derniers sacrements avec le padre, parce que ça ne me faisait rien. Sauf que quelques années après, on s'est aperçu que finalement, le retour de manivelle, il est quand même...
C'est-à-dire que tu étais en mode automatique ? Tu shuntais ton cerveau pour faire abstraction des émotions ?
Oui, je pense que c'est ça. Puis on se dit : moi je suis fort, moi je suis fort. Sauf qu'après, on devient moins fort. Disons qu'on repense à tout ça. Et puis un jour, on me dit : tu es addict au sport. Tu rencontres un psychologue et le mec... il dit : mais vous êtes addict au sport. Tu fais une émission de télé, et à la fin de l'émission, le psy vient te voir et me dit : c'est quoi ton histoire ? Il y a quoi derrière ? Tu racontes un peu, tu expliques. J'ai fait ça, j'ai fait ça. Et le mec, il dit : mais attends, tu es addict au sport, c'est bien, c'est une pathologie, mais tu es surtout atteint d'un syndrome post-traumatique. Et l'addiction au sport te permet de soigner ton syndrome post-traumatique. Donc en fait, tant que je fais du sport, tout va bien. Le jour où j'en fais plus, je pars en cacahuète.
Ça te permet de ne pas penser au reste. C'était facilement identifié à l'époque ? Dans les années 80, on parlait déjà de syndrome post-traumatique ?
Non. Si on parlait de ça, les gens disaient « tu es taré » ou machin. Ça n'existait pas. Aujourd'hui, les gars reviennent de missions extérieures, ils sont placés pendant une semaine, je crois, sur une île en Grèce ou je ne sais où, où là, ils vont être débriefés. Ils vont rencontrer des psys qui vont leur demander comment ça va, ce qu'ils ont vécu, d'en parler, etc. À l'époque, on est rentrés. En plus, nous, on était appelés service long. Et trois semaines après, on était réinjectés dans le civil. Personne n'a eu le temps de penser à quoi que ce soit. C'est pour ça qu'on identifie la pathologie beaucoup plus tard.
C'est ce que j'allais te dire. Tu parlais de retour de manivelle. Comment ça t'est arrivé ? Quel a été l'élément déclencheur, au-delà de cette discussion avec le psy peut-être ? Et ça a mis combien de temps à arriver ?
Alors en fait, je pense que moi, l'élément déclencheur, c'était le sport, un peu. Alors j'en faisais déjà beaucoup. Mais quand j'ai commencé à battre des records, en fait, au début, c'était un record de 30 heures. Puis après, un record de 6 jours, puis de 10 jours, puis de 12 jours, puis de 20 jours. Et en fait, etc. C'était toujours, toujours, toujours plus. Et à un moment, les gens, ils ont dit : il y a un problème. Pourquoi tu as besoin toujours de te mettre en danger plus encore ? Et qu'est-ce que tu vas chercher là-bas ? Mais en fait, tu vas chercher de ne pas penser.
Ça t'a aidé à te reconstruire, ou ça t'a peut-être sauvé, le sport ? Comment tu le définirais avec le recul ?
Oui, aujourd'hui, je me dis... je vois toujours une psy militaire avec qui je discute beaucoup, et ça me permet de mettre des mots sur des sensations, etc. Mais ouais, je pense que si je n'avais pas eu le sport, je serais peut-être parti en couille, c'est possible.
On va parler de choses plus gaies, justement, avec le sport. Parce que comme tu le dis, c'est quelque chose qui t'a sauvé, mais qui était un palliatif — je ne sais pas si on peut dire ça comme ça, tu expliques mieux que moi. Comment tu es retourné au sport et quel sport tu as fait ? Parce que là encore, tu ne t'es pas arrêté au judo, de fait.
Alors en fait, en sortant de l'armée, j'ai repris ma route du judo, parce que c'était ce qui me faisait rêver à l'époque. Donc j'ai regagné des titres, mais toujours pas au niveau national. Je n'arrivais pas à passer la marche. Je finissais 5e, je finissais 7e, mais je n'arrivais pas à être sur la boîte. Et dans les années 80, le triathlon est arrivé en France. Et un jour, alors que... j'avais intégré la police municipale de Yerres, dans l'Essonne, et je faisais une patrouille, et d'un coup je vois une affichette « Triathlon d'Épinay-sous-Sénart », donc c'est un petit village à côté, un petit bled à côté. Et je regarde les distances, ça devait être, je crois, 700 mètres de natation, 40 kilomètres de vélo et 7 kilomètres de course à pied. Et j'avais vu des images d'Hawaï à la télé qui m'avaient paru monstrueuses à l'époque. Les premières images qu'on avait vues d'Hawaï, c'était grave. C'était Julie Moss qui finissait à quatre pattes. Elle s'était fait dessus. C'était vraiment des images choc. À l'époque, le poids des mots, le choc des photos, pour le coup. Et du coup, je m'étais dit : c'est quoi ce sport de dingue ? Et quand j'ai vu cette affiche, je me suis dit : bon, courir à pied, pour le judo, je cours à pied. Du cyclisme, j'en faisais déjà. Il n'y a que la natation, où je nageais un peu comme une clé à molette. Et je me suis dit : écoute, essaye, pourquoi pas. Et j'ai essayé ce truc-là. Donc on est en 87. Je finis ce triathlon, où j'avais fait un gros vélo mais j'avais fini les deux jambes tendues, crampes. Et là, je me suis dit : je vais me préparer et je reviens l'année prochaine. Et l'année d'après, j'ai refait la même course. Après, j'ai fait un triathlon olympique, ce qu'on appelait à l'époque olympique : 1,5 km de natation, 40 de vélo, 10 à pied. J'ai fait un moyenne distance qui était, de mémoire, ça devait être 2,5 km de natation, 80 de vélo, 20 à pied. J'ai fait Nice, qui n'était pas encore Ironman à l'époque, et qui était 3,2 km de natation, 130 de vélo et 32 à pied. Et j'ai fait Embrun, qui là était une distance Ironman. Donc en fait, je suis passé de rien à tout, l'année d'après. Et là, j'ai dit : c'est top, je me régale, j'aime ça, je continue. Et en fait, je me suis lancé là-dedans.
Et tu as fait des perfs dès tes premiers triathlons ? Tu ne nous l'as pas dit. Ça a donné quoi, tes premiers... et les sensations que tu as vécues ?
Oui, ce n'était pas des super perfs, mais je me classais. Je me rappelle, je crois qu'à la fin de la première année, je devais être classé 18e ou 19e Français longue distance. Donc pour un débutant, ce n'était pas trop mal, surtout que je ne nageais vraiment pas très bien. Et là, je me suis dit : tu vas apprendre à nager. Donc j'ai pris conseil auprès de copains qui étaient maîtres nageurs, qui m'ont filé des exercices à faire. Et j'ai nagé. Et quand je suis arrivé sur l'ultra-triathlon, en fait, j'étais devenu un des meilleurs nageurs de la planète en ultra-triathlon. Donc j'en ai tellement bouffé que c'était bien rare que je sorte au-delà de la deuxième ou troisième place.
À la mode bourrin, à la signature de Pascal.
Alors, pas tant bourrin. Oui, parce que sur le volume, c'était bourrin.
Oui, sur le volume, je ne sais pas.
Voilà, mais la technique, j'ai beaucoup travaillé la technique. La natation, c'est un sport hyper technique. Et moi, j'étais judoka, donc j'avais des épaules de bœuf, j'avais des pecs, on aurait dit une paire de seins. Mais bon, il a fallu perdre tout ça, parce que tout ça, c'est du poids à traîner. Donc ouais, ouais, j'ai bossé, bossé, et voilà, quoi.
Donc j'ai découvert grâce à toi, en préparant cette interview, que le triathlon avait 40 ans, alors qu'on n'en parle vraiment à fond que depuis, allez, 5-10 ans en France. Le triathlon a 40 ans en France, et qu'il existait déjà l'équivalent d'Ironman aussi.
Ouais, ouais. Ben alors, l'Ironman, c'est fin des années 70. En fait, ça commence à Hawaï. Alors, il y avait déjà eu un triathlon en France des années avant, mais à Hawaï, en fait, sur une base des Marines, il y a les jeunes qui chambraient toujours les vieux. Et un jour, les vieux, autour d'une bière, ils disent : les gars, vous voulez faire les kékés ? Ben, vous savez quoi ? On va enchaîner les trois courses les plus dures de l'île. Donc on va faire la Waikiki, cross, je ne sais plus trop quoi, en natation — donc à l'époque, c'était 5 kilomètres. On va faire le tour de l'île à vélo, c'est 180 bornes, et le marathon d'Honolulu, c'est 42. On enchaîne ça, et après, on tire un trait et on fait des calculs. Et du coup, ils étaient quoi ? Je ne sais plus, une douzaine au départ, je crois. Il y en a six ou sept qui ont terminé, et c'est un vieux qui a gagné. C'est un ancien, parce que l'expérience, parce que voilà. Mais en fait, l'Ironman a commencé comme ça. Donc ça a été le premier Ironman à Hawaï. Et c'est resté la tradition, championnat du monde à Hawaï sur distance Ironman. Ce n'est pas le plus dur, mais c'est américain, c'est le business. Il ne faut pas rêver. C'est une marque, Ironman. Donc il faut y passer.
Tu as eu un déclic avec le triathlon et l'ultra-endurance à la fin des années 80, notamment en regardant une émission, un événement. Est-ce que tu peux nous en parler, de ce déclic ?
Oui, en fait, c'était Stade 2. Et comme je le disais juste avant, c'était les premières images de l'Ironman d'Hawaï. Et c'était l'arrivée des filles. Elles étaient deux, à quatre pattes. Qui va gagner ? Ça rampait, ça se faisait dessus. Les images n'étaient vraiment pas belles. Sportivement, je parle. On se dit : waouh, si c'est ça, les nanas, elles sont allées au bout d'elles-mêmes. Et puis en fait, c'est ces premières images qui m'ont fait réfléchir. Et donc quelques mois après, je découvre cette affiche et je dis : allez, j'y vais et je fonce. Et voilà, en fait, le triathlon, j'ai mis le pied dedans comme ça.
Tu as aussi imaginé un défi, je crois, pour le Téléthon, à la fin des années 80 ?
Ouais, alors les années 90, enfin début des années 90. En fait, en 89, je regarde le Téléthon à la télé. Ça devait être le deuxième épisode, le deuxième numéro du Téléthon. Et à l'époque, mon ex-femme, quand je l'ai connue, elle avait deux enfants. Et en regardant l'émission, je me dis : merde, nos enfants, ils pourraient être malades, ils pourraient avoir une maladie génétique, et si c'était le cas, je serais bien content qu'on m'aide. Alors tiens, je vais faire un truc pour le Téléthon. On me dit : tu vas faire quoi ? Je crois que j'ai vu un article dans Triathlète où il y a un Français qui détient un record du monde, il vit aux États-Unis mais il a le record du monde des 24 heures, donc 8 heures de natation, 8 heures de vélo, 8 heures à pied. Puis je fouille un peu, puis je vois le Téléthon, c'est 30 heures. 10 heures de natation, 10 heures de vélo, 10 heures à pied. Je prends contact avec le mec. Alors à l'époque, il n'y avait pas d'Internet. Donc je fais un courrier. Et comme il y avait son adresse dans le numéro de Triathlète Magazine, j'envoie un courrier aux États-Unis. Je me dis : bon, le mec, il ne va pas me répondre. Et si, le mec me répond. Franck Garcin, il s'appelle, je me rappelle. Je lui envoie le courrier et il me répond : Pascal, écoute, bonne chance, si tu veux t'attaquer au record, oui, effectivement. Et puis il m'explique un peu comment lui l'a imaginé, etc. Je dis : toi, tu as fait une erreur, tu n'aurais jamais dû me donner de conseils. Et je vais voir le maire de la ville, Yerres, dans l'Essonne, c'est 33 000 habitants. Et je dis au maire : je voudrais m'attaquer au record du monde et tout. Il dit : tu es judoka. Je dis : oui, mais je suis judoka, ça fait quatre ans que je suis triathlète, et je vais m'attaquer à son record et je vais le battre. Discussion, machin, puis il me dit : allez, on te fait confiance, on y va. Donc voilà, j'ai travaillé sur le projet, on a monté un gros truc où on a fait participer toute la ville. Toutes les écoles de la ville sont venues nager avec moi, les gens venaient courir, pédaler. Enfin, c'était un truc d'enfer.
Bon, c'est au mois de décembre, le Téléthon, il ne faisait pas très, très chaud. Il faut trouver des motivés.
Ouais, ouais. Et du coup, je bats mon premier record du monde là, en avant. Et là, j'avais trouvé ma voie, c'était parti.
Aller défier l'impossible, aller battre les records détenus par les autres.
Ouais, c'est ça. Battre les records détenus par les autres, battre les miens, essayer de battre les miens. Et puis surtout, toujours inventer des trucs encore plus tarés.
C'est ce que j'allais te dire. Heureusement que le Téléthon ne durait que 30 heures pour ton premier record.
L'année d'après, j'ai refait un truc pour le Téléthon, mais ce coup-là, je l'ai fait sur six jours. Je suis parti avant et j'ai fini à la fin du Téléthon. Et là, ça a duré six jours.
Ce qui est chouette dans ton aventure, c'est que sur ce premier record, donc en trois fois dix heures, tu fais 25 kilomètres de natation, pour qu'on se rende compte quand même. Tu fais 237 kilomètres à vélo, l'équivalent d'une étape de Tour de France, un peu plus. Tu fais 90 km à pied, donc plus de deux marathons. C'est quand même énorme, le tout sans dormir. Enfin, on imagine aussi la fatigue, l'usure, et aussi quelque part le niveau de technique, que ce soit l'équipement, etc., qu'il n'y avait pas à l'époque, qu'on connaît 30 ans plus tard. Et au-delà de ça, tu arrives avec ce challenge — parce que tu ne le dis pas, donc je vais le dire pour toi — à récolter 250 000 francs pour le Téléthon. Ce qui, à l'époque, en 1990, 250 000 francs pour une deuxième édition en plus, c'est une somme assez énorme, non ?
Oui, c'était énorme. Alors, comme tu dis, à cette époque-là, il n'y avait pas toute la technique d'aujourd'hui, tout un tas de trucs qu'on sait sur la diététique, sur tout un tas de trucs. On est à Paris, il fait moins 2, moins 3 degrés. Il a neigé à un moment, j'ai glissé dans un virage, je me suis retrouvé sur le dos. C'était vraiment un truc rock'n'roll. Et on avait eu l'idée, avec les partenaires, de fabriquer... c'était la période des pin's, on avait fabriqué des pin's, on avait fait des t-shirts et on avait vendu tout ça, en fait. Et on avait récolté 254 000, je crois, un truc comme ça. C'était énorme, c'était la folie.
Donc l'année suivante, comme tu dis, tu as continué, tu as voulu faire encore plus grand, avec en six jours l'équivalent de 6 Ironman, je crois, c'est ça ? En 91 ?
Oui. Alors c'est marrant, parce qu'à l'époque, j'avais fait ça en six jours. Mais aujourd'hui, si je fais six Ironman, je le fais en quatre jours. Mais tu vois, comme quoi, à l'époque, on ne savait pas trop où on allait. On piétinait un petit peu. Bon, mais voilà, c'est comme ça qu'on apprend, d'ailleurs. Et c'est comme ça qu'on se forme et c'est comme ça qu'on acquiert de l'expérience.
Oui, tout à fait. Et c'est à cette époque-là, je crois, que le surnom de Terminator est arrivé. Comment est arrivé ce surnom à toi ?
Alors, c'est justement cette deuxième année, donc on est toujours à Yerres. Et donc je devais nager 24 km, je crois, ou 27 km, je ne sais plus. Et donc à la piscine, j'étais en train de me préparer, j'étais en maillot de bain en train de me mettre de la vaseline, et il y a une fille qui se plante devant moi, qui me regarde des pieds à la tête. Et à un moment, je lui dis : mais il y a un problème ? Elle me fait : non, je suis journaliste au Républicain. Elle se présente, on discute, on échange. Elle fait son article. Elle me dit : l'article sortira jeudi. Moi, je devais terminer le samedi. Je dis : c'est bien, pendant la course, je verrai l'article. L'article sort et les gens viennent me voir. Ils me disent : l'article est sorti, il est trop top. Et ça commençait comme ça : « Loin des super productions américaines, j'ai rencontré Terminator ». Et en fait, c'est elle qui m'a affublé de ce sobriquet-là, et c'est resté.
Tu le prends comment, ce surnom ?
Alors, moi je l'ai pris comme il venait. Enfin, je veux dire, c'était assez sympa. Ça veut dire, quelque part, tu ne lâches jamais, tu reviens toujours, etc. Donc voilà, ça, c'est... je veux dire, c'est moi. Bon, après, il ne faut pas trop se la raconter, parce que quand on sait aujourd'hui que tout est critiquable, si tu dis « je m'appelle Terminator », les gens disent « celui-là, il se la pète ». Alors que ce n'est pas vraiment le genre de la maison. Donc quand ça sort, ça sort, mais ce n'est pas la première chose que je mets en avant.
À partir de cette période-là, tu ne t'es globalement jamais arrêté ? On peut dire ça comme ça. Quels ont été tes défis suivants sur l'ultra-longue distance ? Parce qu'on peut le dire maintenant, à travers ton parcours, et ce que tu nous as montré, ce que tu as découvert, tu as voulu tout le temps pousser le curseur toujours plus loin. À quel moment tu t'es dit : je n'ai pas de limite, quelque part ? Tu vois ce que je veux dire ?
En fait, justement, je n'ai pas de limite. En fait, les limites, c'est celles qu'on s'impose. Si on ne s'impose pas de limites, on n'en a pas. J'exagère, mais quelque part, c'est ça. Les limites, c'est l'esprit, c'est le cerveau qui les donne. Et si on est capable d'ouvrir les portes en grand, alors on n'a plus de limites. Si le physique tient et que la tête tient, tout tient. Le reste, tout suit. Et encore, je dirais... si la tête tient, le physique, même endommagé, il peut tenir. Ça m'est arrivé plus d'une fois d'avoir des problèmes, mais à partir du moment où la tête, elle a dit « tu iras au bout », tu vas au bout.
Tout passe par le mental ?
Oui, tout passe par le mental. Je crois que c'est Mike Horn qui disait ça, que pour être sûr de gagner, il ne faut pas avoir peur de perdre. En gros, c'est ça. C'est toi qui mets tes limites. D'ailleurs, c'est comme ça que s'appellera mon prochain défi. No Limits.
On va en parler, parce qu'ils ne sont pas prêts, les gens, encore. Puisque la particularité de ton projet — pour avoir reçu plein de sportifs de haut niveau, d'aventuriers — c'est que tu fais partie de ces gens-là, tu me dis si je me trompe, qui partent d'une feuille blanche à chaque fois, qui créent un projet différent à chaque fois. Non seulement tu sors de ta zone de confort à chaque fois et tu te remets toi-même en jeu, à ne pas rester sur tes acquis, puisque tu as fait des déca-Ironman. J'ai découvert ça aussi. C'est quoi ? C'est 10 Ironman de suite ?
Le déca-Ironman, c'est 10 fois la distance natation, donc 38 km. 10 fois la distance vélo, 1800 km. Et 10 fois la distance course à pied, 423 kilomètres. Ça, c'est le déca-Ironman. Alors maintenant, il existe des doubles déca, des triples déca, mais franchement, moi je pense, pour moi, la limite, c'est le temps qu'on reste dans l'eau, c'est d'être capable de faire la distance sans sortir de l'eau. Si on sort de la flotte, on sort du contexte. Pour moi, le déca, c'est bien. J'ai fait jusqu'à un 13. 13, j'ai nagé 50 bornes sans sortir de l'eau. Voilà, ça, ça me va. Après, au-dessus, si c'est pour dire, jouer à celui qui pisse le plus loin, ça ne m'intéresse qu'à moitié. Je dis ça, mais quand on sait le contenu de No Limits, il y a de la recherche derrière. On en parlera tout à l'heure.
On va en parler. Tu as teasé le sujet. Justement, c'est l'heure de l'inventaire, parce que je vais prendre les chiffres pour ne pas dire de bêtises. Tu détiens 16 records du monde en ultra-triathlon, 5 records du monde en ultra-cyclisme, quintuple champion du monde en déca-Ironman. Quand tu entends cette liste, tu ressens quoi, au final ? Et j'imagine que ce n'est pas l'ego qui parle, tu l'as très bien dit, mais c'est quoi ? C'est de la fierté, de la distance, ou plutôt de l'étonnement d'avoir réussi à faire tout ça, avec le recul ?
Alors l'étonnement, non. Je dis non, ce n'est pas pour, encore une fois, ce n'est pas pour dire « je me la pète », c'est parce qu'à partir du moment où je me fixe un but, je me fixe un défi, il n'y a pas d'alternative, il faut que j'aille au bout. Donc c'est pour ça que je ne suis pas étonné, parce que si je dis je le fais, je le fais, j'y vais. Un peu de fierté, oui, parce que par exemple, le déca-Ironman, on est moins de 30 mecs au monde à en avoir terminé un. Donc déjà, ça a réduit la voilure. Il n'y a plus beaucoup de monde qui est capable de faire ça. Donc oui, un petit peu de fierté. Et puis le plaisir de l'avoir fait.
Comment tu as cultivé ton mental pour arriver à faire ce que tu as fait ? Est-ce que tu as des clés ? J'aimerais creuser un peu là-dessus avec toi, si tu es d'accord, sur comment tu fais pour faire ce que tu fais. Je ne sais pas si c'est clair dans mes propos.
Oui, oui. Je vois bien ce que tu veux dire. Alors, en fait, j'ai travaillé mon mental au début. C'est-à-dire que les premières années, à l'époque, j'étais flic à Paris. Et donc, pour situer Yerres, la ville de Yerres, c'est à 25 kilomètres de Paris. Donc je commençais à 5 heures le matin. Alors en fait, on tournait un jour 5 heures, un jour midi, un jour... et donc quand je commençais à 5 heures, j'allais à la piscine à une heure et demie ou deux heures du mat, j'avais la clé, la ville me faisait confiance, j'avais la clé. Je me mettais dans l'eau, je nageais jusqu'à trois heures et demie, quatre heures, et je prenais le premier train pour aller bosser. J'allais bosser, je faisais ma tournée, je revenais en train, j'arrivais à la maison, je partais à vélo, et le soir j'allais courir. Et en fait, j'ai travaillé ma tête, surtout dans les grosses séances de natation, où on est tout seul dans la piscine. Là, on ne peut pas parler. Autant quand on court à pied, on peut regarder ce qui se passe dans la forêt. À vélo, on peut voir, machin. En natation, c'est la flotte et toi. Et là, en fait, tu as le temps de réfléchir. Et c'est comme ça qu'on se forge la tête. Après, des grosses séances de vélo sur home-trainer. C'est des trucs hyper chiants, le home-trainer. En général, les cyclistes, ils n'aiment pas trop. Moi, je me tapais des séances de 10 heures là-dessus. Truc de malade, mais très, très fort pour le cerveau. En fait, des trucs qui peuvent paraître dingues vont permettre à ton cerveau de travailler. Et à partir de là, j'ai mis au point une technique — alors, ne me demande pas comment — où je me suis dit : la douleur n'est qu'une information. C'est-à-dire que s'il arrive un moment où tu peux avoir mal, une blessure quelconque ou n'importe quoi, c'est quoi une blessure ? C'est une douleur au genou, par exemple, qui remonte au cerveau, qui dit : attention, alerte rouge, t'es blessé, donc il faut que tu t'arrêtes, etc. Eh bien moi, ce signal, j'arrive à le mettre dans une boîte, à le mettre de côté et à ne plus y penser. C'est un boulot. Ce n'est pas un matin où tu te dis « tiens, aujourd'hui, je vais... ». Et à partir de là, je peux continuer à courir en zappant complètement la douleur. Donc c'est un vrai travail. Mais c'est comme ça que je me suis forgé un mental de dingue. Et aujourd'hui, tu peux me casser les deux jambes, je continuerai à ramper.
Quelque part, tu minimises l'information de la douleur. C'est ça, peut-être ? Tu prends de la distance avec ça ?
Je fais plus que minimiser, je la shunte carrément. En fait, je coupe le circuit.
D'accord.
Alors, ce n'est pas ce qu'il y a de plus intelligent à faire, mais ça peut t'aider. Tout à l'heure, on parlait de Beyrouth, ma première blessure, je disais, j'ai été opéré trois fois. La deuxième fois, en fait, le muscle avait fait un bourgeon et il était collé. C'est difficile de l'imaginer, mais en fait, le trou était là, le muscle était là et il se promenait comme ça, et en fait, il avait bourgeonné, il avait collé au derme. Et donc il fallait, avec un ciseau, passer à l'intérieur comme ça pour décoller le muscle. Et j'ai dit au toubib — et sur la tête de mes enfants que c'est vrai — j'ai dit au toubib : docteur, on essaye un truc, vous me le faites sans anesthésie. Je veux voir jusqu'où on est capable de tenir. Et en fait, il m'a opéré sans anesthésie. Donc déjà, à 20 ans, j'avais déjà un grain, et je savais déjà qu'un jour, combattre la douleur me servirait.
Ça a duré combien de temps, cette opération ?
Pas longtemps, 7-8 minutes. En fait, ce n'est pas un gros trou, c'était un trou comme ça, mais il a fallu écarter. Entre 8 et 10-12 minutes, peut-être. Quand c'est comme ça... j'avais dit au capitaine : mon capitaine, si je vous insulte, ce n'est pas grave. Il m'avait dit non, ce n'est pas grave.
En préparant cette interview, Pascal, tu parais invulnérable. Qu'est-ce qui fait ta vulnérabilité ? Est-ce que tu acceptes déjà ce mot-là ? Et qu'est-ce qui est vulnérable chez toi ?
Alors, on le disait, la tête, c'est mon point fort. Mais ça peut aussi être mon point faible. C'est-à-dire que si j'attaque une course et que ça ne va pas, ça peut autant être mon point fort que ça peut être mon point faible. Exemple, une course aux États-Unis, je sors premier de l'eau. Alors, c'était un double Ironman : 7,6 km de natation, 360 en vélo et 84 à pied. Un petit truc, quoi. Par rapport au reste, c'est un petit truc. Je sors premier de l'eau, j'attaque le vélo, je fais les 360 bornes en tête tout seul, j'attaque la course à pied, je suis en tête. Et j'étais allé sur cette course sans équipe d'assistance, j'étais tout seul. Et au bout de, je ne sais pas, 30 bornes, ma tête vrille. Qu'est-ce que je fous là ? Ça me fait chier, je n'ai pas envie, machin. Et j'abandonne. Je monte dans la voiture, je m'assieds, je dors une heure, une heure et demie, je n'en sais rien. Et je me réveille et je me dis : mais t'es un vrai abruti, quoi. T'es aux États-Unis, tu t'es tapé je ne sais pas combien de milliers de kilomètres, tu es en tête de la course et tu abandonnes parce que tu as ton cerveau qui a vrillé. Allez, on repart. Et je suis reparti dans la course. Alors du coup, je n'étais plus premier, je devais être douzième, et j'ai chiqué, je suis remonté et j'ai dû finir troisième ou quatrième. Voilà, c'est débile, mais ça veut dire que la tête peut aussi, à un moment, flancher et dire voilà, foutre tout par terre. Donc j'ai aussi des moments où ça peut ne pas fonctionner comme on veut.
Où est-ce que tu vas puiser cette ressource ? Est-ce que tu as quelque chose qui te nourrit, ou des rituels, une habitude ? Est-ce que tu te mets à vraiment focus sur quelque chose ? Quels sont les secrets, s'il y en a ?
Alors, le focus, c'est au départ de la course, avant que la natation commence, c'est de se mettre face à la ligne, si c'est en piscine, face à la ligne d'eau, et faire le vide pendant 2-3 minutes. Et pendant ces 2-3 minutes, je visualise la ligne d'arrivée. Et à partir de là, pendant toute la course, je vais visualiser la ligne d'arrivée. Ça, c'est ma manière de procéder. Je cours pour moi et je ne cours pas pour les autres. Je veux dire, si à un moment de la course, je suis deuxième, troisième, quatrième, je n'en ai rien à foutre. Je fais ma course. Je me dis que j'ai l'expérience et que si le mec va plus vite, c'est que soit il est très fort, soit il est inconscient. Donc moi, je me focalise sur ce que je sais faire, sur ce que je peux faire. Et en général, ça marche bien parce que je suis toujours dans le game.
Je crois que c'est — tu me corrigeras si tu as l'info — je crois que c'est Usain Bolt qui avait cette visualisation-là aussi, qui disait qu'il n'avait pas commencé la course, que pour lui il avait déjà passé la ligne d'arrivée, et qu'en fait c'était juste un processus et il n'avait qu'à courir.
Ouais, alors bon, lui il n'avait que 100 mètres à faire. Techniquement, oui. Par exemple, là, j'aurai un déca début septembre, je vais faire un déca en Italie, je sais que je pars pour au moins 8 ou 9 jours de course. La visualisation demande beaucoup plus de temps de concentration. Mais oui, je comprends son état d'esprit.
Le déca-Ironman, pour beaucoup, c'est inimaginable. Moi le premier. Toi, tu le découpes comment, mentalement ? Est-ce que tu fais ça par tranche, heure par heure, minute par minute ? Comment tu t'y prends pour te créer ton programme ?
Je sais que la natation, c'est un peu mon point fort. Donc j'y vais, je nage. Je sais qu'il va me falloir entre 11 et 13 heures et que quand je vais sortir de l'eau, normalement, personne ne sera sorti avant moi. Déjà, ça donne un certain état d'esprit. Après, j'attaque le vélo et à partir de là, je me dis : je vais essayer de faire entre 500 et 570 km par jour, par tranche de 24 heures. Et quand je termine le vélo, je fais la même chose pour la course à pied, je me dis : je vais essayer de faire entre 3 et 4 marathons par jour, donc ça fait entre 120 et 160 bornes quand même. Donc c'est un gros truc, et je me fixe ça, et je me dis que je ne vais pas dormir tant que je n'ai pas enquillé ce que je me suis fixé comme objectif. Et si je tiens ça, je suis dans les temps de la victoire.
Comment tu gères ce passage-là de diététique, de sommeil, de gestion de l'effort et de récupération pendant ces 10 jours ?
La diététique, c'est le plus compliqué. Il a été établi à peu près que sur un déca-Ironman, on crame à peu près 10 000 calories par jour. C'est énorme. 10 000 calories par jour, il faut pouvoir les avaler. Je regarde un peu comment font les autres. Là, je suis un peu sur les réseaux. Ce qui est l'avantage, c'est qu'avec les réseaux, aujourd'hui, tout le monde donne tous ces trucs. Il y a des mecs qui bouffent n'importe quoi. Quand je vois ça, je me dis, si moi je dis à mon diététicien « je vais bouffer ça », il me met une beigne. C'est n'importe quoi. Qui bouffe des pizzas, des burgers, des litres de lait. Je reste sur la diététique que j'utilise en dehors de la course. C'est-à-dire qu'on sait comment équilibrer les repas en dehors de la course. Et sur la course, je vais garder le même état d'esprit en augmentant un peu les volumes, obligatoirement, parce que 10 000 calories, même si je ne vais pas manger 10 000 calories, il faut quand même tenir. Et surtout, ne pas prendre le risque de perdre... on ne peut pas se permettre de perdre 5 ou 6 kilos sur la course. Parce que qui dit 5 ou 6 kilos de perdus, dit de la fatigue, de la force en moins, etc. Donc c'est la diététique, le plus compliqué. Après, le sommeil, c'est aussi très compliqué. Dans l'esprit, pour être sûr de gagner, il faudrait dormir entre 2 et 3 heures maximum par jour. Donc sur 24 heures, ça veut dire 21 heures d'effort pour 3 heures de sommeil. Si on enlève les pauses pipi, machin, etc., ça fait 20 heures d'effort pour une heure de pauses diverses et variées et 3 heures de sommeil. Sur les premiers jours, ça va. En fin de course... le premier déca que j'ai fait, en pleine nuit, je voyais des dragons dans les arbres et tout ça. Je suis passé, j'ai dit à mon staff : Patrick, il y a des dragons dans les arbres. Il me dit : non, tu as des hallucinations. Je lui dis : je te jure, il y a des dragons, viens voir. Il est venu avec moi. Regarde, ils sont là. Il me dit : non, c'est toi, c'est ton esprit qui... En fait, le manque de sommeil te fait avoir des hallucinations. Donc ça, il faut être capable de le gérer. Il faut que tu aies une équipe autour de toi qui soit capable aussi de te remettre dans les clous. Parce que voilà, après tu te fais des films. Moi, je me rappelle la dernière heure de mon premier déca-Ironman, ou les deux dernières heures, j'avais l'impression de courir à 15 à l'heure, que j'avais une bande de Kenyans derrière moi. Et je disais : c'est bon, ça y est, ça revient. Et l'autre, il me disait : tu te traînes à 8 à l'heure. Alors qu'en fait, j'avais l'impression de courir à 15. Donc l'esprit part en cacahuète un peu.
Donc tu parlais de la nutrition, du sommeil, et l'effort physique, comment tu le gères ? Tu essaies d'être constant sur les 10 jours ? Tu essaies d'osciller entre tes temps forts et tes temps faibles ? Comment tu gères sur des distances aussi longues ?
Ouais, en fait, je laisse mon corps gérer.
D'accord.
Je me connais, à peu près.
Tu fais confiance à la machine.
Voilà. Et je ne vais pas m'enflammer. Par exemple, comme je disais tout à l'heure, je cours pour moi, je ne cours pas pour les autres. C'est-à-dire que s'il y a un mec qui va me doubler — parce qu'en plus, on fait des tours, souvent pour des problèmes de sécurité, c'est des boucles courtes — donc s'il y a un mec qui me double, je ne vais pas m'accrocher en disant « il ne faut pas qu'il me double ». Vas-y, double-moi, vieux, tu t'arrêteras à un moment ou à un autre. Je gère mon truc, je connais mon corps, je connais ce que je suis capable de faire et je fais. Je suis toujours à la limite, je ne vais pas tirer au flanc, mais je ne vais pas passer au-dessus de... si par exemple, à vélo, je dis : je vais rouler à 27, 28, pour avoir une moyenne à 25, 26, je ne vais pas m'amuser à rouler à 35 pour faire le kéké et dire « je suis capable de rouler à 35 ». Je reste à 27-28, c'est très bien et tout va bien comme ça.
Qu'est-ce qui t'anime le plus aujourd'hui ? Quelle est la source de motivation pour toi ? Est-ce que c'est battre un record ? Est-ce que c'est défendre une cause ? Est-ce que c'est explorer tes limites aussi ?
Explorer mes limites en priorité, c'est sûr. Parce que j'adore ça. J'adore voir jusqu'où je suis capable d'aller. Défendre une cause, en général, je le fais à chaque fois. C'est-à-dire qu'à chaque fois que je fais un défi quelconque, je le fais toujours pour une cause, une association, etc. Voilà, ça, c'est dans mon ADN, on va dire, puisque le premier c'était le Téléthon, et maintenant c'est toujours... Ici, il y a plein d'associations dans le département, il y a des grosses associations qui me contactent des fois en me demandant si je veux faire un truc pour eux. Donc ça, oui, je le fais. Et puis voir ce que j'ai toujours dans le ventre. Et puis j'aime flirter avec... je le dis toujours, et ça, c'est un petit peu le syndrome post-traumatique : souffrir me permet de me sentir vivant. Où les autres vont voir de la souffrance, moi je vais voir du plaisir, et ça va justifier le fait que je me sois sorti de cette merde à Beyrouth.
Oui, tout à fait. Et le corps souffre mieux car le cœur sait pourquoi, aussi.
C'est ce qu'on dit, oui.
C'est ce qu'on dit.
Oui.
C'est une jolie phrase.
C'est vrai que c'est une belle phrase. Je ne sais pas qui l'a dit.
Tu as un nouveau projet, on va en parler, ce projet No Limits, puisqu'apparemment tu lances un défi encore plus fou. Quand j'ai vu ça, je me suis dit qu'il devait y avoir une faute de frappe. Quand on a parlé au téléphone, tu m'as dit que c'était pour septembre, et que tu allais faire ça avec l'objectif de faire, en 140 jours, 177 Ironman. Pourquoi ce chiffre hallucinant ? Pourquoi ce projet ? Et puis, j'ai envie de dire, pourquoi. Pour résumer.
Alors, il y a deux ans, sur une année, j'en ai fait 117. Et puis je m'étais dit, voilà, ça peut être... alors, je n'ai pas fait 117 Ironman découpés. J'ai fait des déca-Ironman, des triples, des doubles. Enfin, des trucs un peu... mais ça faisait un total de 117. Et puis il y a un Allemand qui a fait 120 en 120 jours. Je me suis dit : je pourrais faire 130 en 130 jours, mais le truc, ce serait quand même de réduire la voilure et de réduire le temps de récup pour finalement en faire plus en moins de jours. Donc j'ai pris une feuille blanche, j'ai cherché, j'ai écrit, et je me suis dit : tiens, je pourrais faire entre 130 et 150 en 100 jours. Et après, on s'est dit : tiens, pour que ce soit plus intéressant et que les gens comprennent, parce qu'ils ne comprennent pas toujours ce qu'on fait, on pourrait faire ça sous forme de télé-réalité ou un truc comme ça. Et on a cherché un producteur. Et on a trouvé un mec qui est spécialisé un peu dans le sport et qui a dit : au moins, le projet, il me plaît. Et il a été proposé à des diffuseurs. Et les diffuseurs, quelque part, ça leur a fait peur. Parce qu'ils se sont dit : le mec, il n'a pas 20 ans, la discipline, tout le monde ne connaît pas, comment faire pour que ce soit plus intéressant ? Et là, j'ai fait comme tout le monde. J'ai fait : allô, ChatGPT, qu'est-ce que tu en penses ? Et il m'a dit : ça serait pas mal si tu changeais l'esprit de ton truc, même si ça ne va pas changer grand-chose au bout du compte, et que tu proposes, que tu mettes en avant la recherche médicale. C'est ce qui était prévu au départ, donc je devais faire ça, et on devait faire une recherche médicale avant. Mais au lieu de dire « tiens, Pascal est en avant, et il va faire 177 Ironman pour la recherche médicale », on a dit : on va mettre la recherche médicale en priorité. C'est-à-dire qu'en fait, l'idée, ce n'est plus Pascal et la performance sportive, c'est la recherche médicale. Et Pascal sert de cobaye à la recherche médicale. Et donc on est partis là-dessus. 177 en 140 jours. Et 177, ça fait le tour du monde, en fait. 177 Ironman, c'est juste le tour du monde. Et 140 jours, ça sera peut-être 132 ou 133, je ne sais pas. Mais voilà, l'idée, c'est de faire un Ironman, 8 heures de repos, un Ironman, 8 heures de repos, etc. Et j'affronte un mec à chaque fois, plus pour le fun, parce que c'est sûr qu'au bout du centième, n'importe qui va pouvoir me battre. J'exagère, mais ça sera plus facile de dire « bah moi, j'arrive, je suis tout frais et je vais te battre ». Ce n'est pas le but. Le but, ce n'est pas de dire « ah ouais, je viens pour le battre », le but, c'est de faire partie d'une aventure, d'un truc sympa pour la recherche. Et en discutant avec une des responsables du Téléthon la semaine dernière, on s'est dit : mais pourquoi pas le faire pour la recherche sur le génome, et aller chercher, voir pourquoi toi, tu n'es pas normal — enfin, entre guillemets — pourquoi moi, qui suis censé être normal, qu'est-ce que j'ai ? Qu'est-ce qui fait que mon corps est capable d'encaisser tout ça, etc. Et ça, pour la recherche, c'est hyper important. Bon, on l'a dit, je suis réserviste à la Légion étrangère. Le service de santé des armées est aussi intéressé, parce que le sommeil, les militaires sur le terrain, etc. L'INSEP a déjà mené une étude sur le sommeil qu'on avait réalisée. Et là, le professeur Nedelec, qui s'occupe de ça à l'INSEP, m'a dit : moi, je reviens si tu fais un truc comme ça. Voilà, ça m'intéresse de voir comment ton corps est capable de récupérer seulement en 8 heures et de repartir sur un autre Ironman tous les jours. Donc voilà, le truc complètement dingue.
Sans minimiser ton exploit, aujourd'hui, ça s'explique que ton corps a certaines prédispositions, comme ça peut être le cas pour d'autres sportifs ?
Alors, je ne sais pas si ça s'explique. Pour moi, je suis comme tout le monde. Tu vois, là, j'ai été blessé deux fois. J'ai pris entre 15 et 20 kilos, que j'ai du mal à perdre. Donc j'ai des douleurs. Parce que quand on a trop de poids, reprendre l'entraînement avec trop de poids, ça implique des douleurs. Donc quelque part, je me dis que si j'ai des douleurs, c'est que je suis comme les autres. Mon cœur qui, normalement, bat à 36 au repos et 27, 28 la nuit, là, je suis un peu plus haut. Là, par exemple, je suis à 40 la nuit. Donc ça veut dire que je ne suis pas encore en forme. Donc tout ça, c'est des paramètres que j'analyse au fur et à mesure, et c'est bien, c'est un challenge.
Un challenge. Donc tu as un cœur qui bat à 32 pulsations minute ?
En général, à peu près 36 pulsations la journée sans effort. Par exemple, je suis assis là, normalement je suis à 36. Et 27-28 la nuit.
D'accord. C'est assez marrant. En général, ta compagne, elle s'inquiète.
Elle respire, ça va, c'est normal, tout va bien.
J'ai eu l'occasion d'écouter Martin Fourcade, il disait que c'était une de ses prédispositions, il a un cœur qui bat lentement et qui lui permet, justement, au biathlon, d'avoir cette respiration plus longue et de mieux viser, d'avoir une sensation à l'effort plus facile, une récupération meilleure.
Oui, ça, c'est important. Je crois que lui, il bat 28 la journée. Et tu descends à 22 ou 21 la nuit.
J'avais pour souvenir 24, mais je ne sais pas si c'est jour ou repos. Il y aura donc, sur cette idée-là, cette cause de recherche aussi. Qu'est-ce que toi, tu aimerais en retenir et qu'est-ce que tu aimerais apporter ? Est-ce qu'au-delà du défi sportif, au niveau de la recherche, il y a un objectif, un souhait précis, quelque part, qui pourrait faire avancer le champ médical, que ce soit au niveau du Téléthon, que ce soit au niveau de l'INSEP ou de la recherche militaire ?
Alors, l'étude qu'on a faite sur le sommeil avec l'INSEP, je sais qu'elle a servi, parce qu'elle a permis de mettre en avant que le sommeil, c'était presque plus important que le massage et les bains de glace, etc. Parce que souvent, les athlètes disaient : il faut que je fasse mon massage, il faut que je fasse mon bain, et je ne vais pas dormir assez, etc. Donc la priorité, ça reste la récupération par le sommeil. Ça, c'est bien, ça nous a permis d'étudier ça. Sur ce qu'on va étudier là, pendant le défi, ça va être tous azimuts. L'hydratation, l'alimentation, la récupération, le cardiaque, l'ostéopathie, la psychologie, la physiologie. En fait, on va partir tous azimuts et on va travailler sur plein, plein de créneaux qui peuvent intéresser monsieur et madame Tout-le-Monde. Parce que ça veut dire... moi, j'ai 62 ans. Pourquoi à 62 ans je suis toujours à haut niveau, alors qu'il y a des gens qui, à 45 ans, ils sont dans leur canapé à bouffer des chips et boire des binouses, et puis ils disent « je suis en mauvaise santé », etc. Donc je pense qu'il faut qu'on prouve, si c'est nécessaire de le prouver — parce que je pense que maintenant, ça ne fait plus de doute pour personne — que faire du sport... alors je ne parle pas à haut niveau, faire du sport, quelque part, il n'y a rien de mieux pour la santé. Moi, je ne vais jamais voir le médecin. Il ne me connaît pas, le médecin. Enfin, c'est un pote, parce que je le coache, mais il ne me connaît pas. Je ne suis jamais dans son cabinet.
Tu te soignes toi-même, alors ?
Oui, oui. Non, mais voilà, c'est ça, parce que ça me paraît... oui, enfin, le sport, c'est la santé. Voilà, je ne comprends même pas que les gouvernements, quels qu'ils soient, ne travaillent pas plus là-dessus. Moi, la Sécu, ils ne me connaissent pas. Je veux dire, ces gens-là, ils ne m'ont jamais vu. C'est hyper important de faire attention à son corps, sans en faire beaucoup, mais en faire un petit peu. Marcher, monter des marches, etc. Il faudrait que ça devienne une habitude et les gens seraient en bonne santé.
Tu parles de ton âge. À ton âge, beaucoup cherchent à ralentir. Toi, tu continues à te repousser. Qu'est-ce que tu cherches encore à conscientiser dans ton parcours ? Est-ce que tu vas t'arrêter un jour ou ça va te suivre jusqu'au bout ?
Alors, on le disait en début, moi, j'ai peur que si je m'arrête, mon SPT prenne le dessus et que je parte en cacahuète. Donc quelque part, j'ai besoin...
Tu l'entends, cette inquiétude ?
Ah bah oui, bien sûr. Oui, parce que je le vois dès que... par exemple, là, j'ai été blessé, un genou, une cheville, je suis resté plusieurs mois sans rien faire, je tourne en rond, on dirait une bête sauvage enfermée dans une cage. Et j'en suis... je ne vais pas dire que je suis agressif, mais je suis moins sympa. J'ai besoin d'aller éjecter le surplus d'énergie et peut-être aussi de rancœur que j'ai accumulé. J'en ai besoin. Tu sais, la chanson de Dalida, « Je voudrais mourir sur scène », je crois que la plus belle façon de mourir, ce serait à 90 ou 100 ans. 100 ans, ça serait bien, le record de Robert Marchand, qui a fait le record de l'heure à vélo. Je me vois bien taper celui-là, et puis après, ça sera bon.
Quand on te présente par ton métier, ton palmarès, ton parcours, qu'est-ce qu'on oublie de dire de toi lors des interviews ? Qu'est-ce que tu aimerais qu'on raconte de toi, au-delà des chiffres, des statistiques, des distances et des durées ?
Alors, là encore, je vais te raconter une anecdote. J'étais célibataire il y a encore deux ans et je sortais souvent. J'habite dans le coin de Nîmes et j'allais vers Montpellier, où il y a des boîtes pour les vieux. Enfin, je dis des boîtes pour les vieux, en fait c'est des bars à tapas, tu sais, où on peut danser. Et donc je m'étais créé un groupe d'amis, et voilà, donc on va, on boit un coup, on danse, etc. Et après deux ans, un jour, il y en a un qui me dit : putain, je t'ai vu à la télé et tout, mais tu fais quoi ? Mais tu ne nous as jamais dit ce que tu fais. Et en fait, ça faisait deux ans que j'étais avec eux, ça faisait deux ans qu'ils m'appréciaient parce que j'étais Pascal, mais qui ne savaient ni ce que je faisais, ni qui j'étais. Et ça, moi, ça me convient. En fait, je n'arrive pas... des fois, ma compagne, elle me dit « oui, tu devrais plus te mettre en avant ». Ben non, je n'ai pas besoin de me mettre en avant. Je n'ai pas envie que les gens m'apprécient parce que j'ai un palmarès, ou parce que je connais Drucker ou Hanouna ou machin. J'ai envie que les gens m'apprécient parce que je suis Pascal, et basta. Donc en général, je n'en parle même pas. Et si ça vient, si je parle d'un truc, je ne peux pas faire autrement. Mais ce n'est pas le truc que je vais mettre en avant. En fait, moi, je suis Pascal. Et le sportif, c'est mon personnage. C'est celui que j'ai choisi d'être. Mais je ne suis pas obligé de l'imposer aux autres.
Est-ce qu'il y a un élément que tu as réussi à surmonter que les gens ne voient pas ? Au-delà des titres, au niveau de l'effort, au niveau de l'implication, au niveau du sacrifice aussi, dont tu parlais, de démarrer à 1h du matin ta journée, etc.
Oui, les sacrifices, les gens ne les voient pas, c'est sûr. Souvent, les gens... le problème, c'est qu'en France, les gens sont vachement jaloux. Ça existe moins dans d'autres pays. J'ai eu la chance de voyager dans le monde entier un peu. Et ça existe moins dans d'autres pays. En France, j'avais des voisins. Par exemple, j'étais gamin, ils m'ont toujours vu faire du sport. J'avais 12 ans, 13 ans, 14 ans, j'allais aux compétitions de judo, tout ça. Ils savaient que je faisais du sport, j'allais courir, etc. Et le jour où je me suis attaqué au premier record du monde, au début, ils disaient : 10 heures de natation, il ne va pas y arriver. Et quand j'ai eu fini les 10 heures de natation, ils ont dit : le vélo, il ne va pas y arriver. Et puis en fait, j'ai réussi le vélo. Et quand j'ai réussi, au bout du compte, le final, ils ont dit : il doit être dopé. Voilà, c'est ça. Ah bah ouais, il est dopé. La jalousie, la connerie. Alors qu'ils m'ont toujours vu, tout petit, faire du sport, etc. Ils n'ont pas réfléchi qu'à un moment, le soir, quand eux, ils allaient se coucher à 22h30 après le film, moi, je prenais mon vélo et j'allais tourner dans le quartier, etc. Les gens, ils ne voient pas les sacrifices. Ils font vite un amalgame : le mec, il est champion, alors automatiquement, il s'est chargé la gueule. Sauf qu'aujourd'hui, j'ai 62 ans, je suis à haut niveau depuis l'âge de 15 ans. Je pense que si je m'étais chargé, je ne serais peut-être plus là. Mais ça, c'est trop compliqué pour qu'ils réfléchissent à ça.
Et justement, tu me fais une transition, à croire que ça a été préparé. Quelle est pour toi la faisabilité de cette analogie, en se disant qu'au-delà de ta prédisposition au niveau de ton rythme cardiaque, si on met ça de côté, ce que tu fais, c'est possible par n'importe qui, s'ils s'en donnent les moyens ? Est-ce que tu penses que c'est réel, cela, que c'est la langue de bois, ou que tu penses vraiment que quelqu'un qui a ta force, ton sens du sacrifice, de l'envie, de l'implication qu'il apporte, est-ce que c'est possible ?
Oui, moi je pense que n'importe qui est capable de faire n'importe quoi. Je vais redonner un exemple. J'aime bien donner des exemples. L'avantage d'avoir une longue carrière, c'est que tu as plein d'exemples. J'entraînais dans un petit club et j'entraînais une femme. Et l'année d'après, son mari vient. Son mari, c'était une bête. Il faisait, je ne sais pas, 1m95, 130 ou 135 kilos. Et il me dit : Pascal, à la fin de l'année, je veux faire le marathon du Médoc. Je lui dis : putain, tu veux faire un marathon ? C'est dans huit mois, tu n'as jamais couru, tu as quand même un gabarit qui fait peur, tu le sens vraiment ? Il me dit oui. Alors je lui dis : si tu le sens, on va le faire. Tu vas commencer par perdre un peu de poids, je vais t'expliquer comment. Tu vas t'entraîner, au début on ne va pas trop charger, parce que comme tu es lourd, tu risques de te blesser. Et le mec, je l'ai préparé. Et au bout de 8 mois, il a fait son marathon, c'est le marathon du Médoc. Il l'a fait en 5h30, je crois. Mais il l'a fait. Donc si lui, il l'a fait, tout le monde est capable de le faire. C'est juste dans la tête, c'est ce qu'on disait tout à l'heure. C'est dans la tête. Il faut croire en soi. Il ne faut laisser personne te dire que tu n'es pas capable. Et il ne faut pas avoir peur de l'échec. Voilà. On ne peut gagner que si on n'a pas peur de l'échec. Il faut foncer. Il faut croire en soi. Les gens ne croient pas en eux. « Je voudrais bien faire un marathon, mais je ne suis pas capable. » Mais si, tu es capable. Pourquoi tu dis que tu n'es pas capable ? Commence par dire que tu es capable. Et tu verras que déjà, c'est faisable.
Tu penses que c'est un problème sociétal ? Je fais un parallèle par rapport à ce que tu disais tout à l'heure, ce côté ambition.
Oui, oui, oui. Et ce n'est pas propre au sport. C'est propre à plein de choses, aux études, etc. Les gens se mettent des barrières, en fait. Et plus on va se mettre de barrières, et plus on va être bloqué. C'est normal. Je veux dire, ça me paraît d'une logique implacable. Enlevons les barrières et croyons en nous. Franchement, c'est... maintenant, il y a des gens qui sont des coachs mentaux, etc., qui vont aider à avoir ce déclic. C'est bien, mais finalement, est-ce qu'on en a besoin ? Non, on n'a besoin que de soi et de se dire : putain, mais je veux le faire, ce truc, ça me fait envie, j'ai envie de le faire. Eh bien, alors fais-le, crois en toi et vas-y, fonce. Au pire, qu'est-ce que tu risques ? Si tu vas te planter, tu t'es planté, ce n'est pas très grave, mais tu as essayé.
Comme a dit un très grand philosophe : oublie que tu n'as aucune chance, vas-y, fonce.
Eh bien voilà, c'est ça. C'est parce qu'ils croyaient que c'était impossible qu'ils l'ont fait, c'est ça.
Exactement. À travers ton parcours et ton expérience de plusieurs décennies, qu'est-ce que tu as compris trop tard dans ton parcours, que tu aimerais expliquer aux autres le plus tôt possible et que tu aimerais transmettre à des jeunes ?
Alors, je veux dire, ce n'est pas dans mon parcours sportif, paradoxalement. Parce que je pense que sur mon parcours sportif, je n'ai pas raté grand-chose. Si ce n'est — on en parlait aussi — aujourd'hui, quand on va voir un partenaire, le gars ne dit pas « bonjour, vous voulez faire quoi ? C'est quoi votre palmarès ? ». Aujourd'hui, le mec dit « ah bonjour, vous avez combien de followers sur Internet ? ». Bon, je veux dire, là, on n'est plus sur les valeurs du sport, on est sur les valeurs du merchandising, et voilà. Non, ce que moi j'aurais fait si c'était à refaire — aujourd'hui je referais le même parcours — sauf que je bosserais à l'école. Parce que, je le disais, ce diplôme d'infirmier m'a appris plein de choses, et je pense que j'aurais fait médecine ou chirurgie, un truc comme ça, en parallèle de ma carrière sportive. Pour moi, tout a été... ça aurait pu être mieux, mais voilà. Je ne pense pas m'être planté trop.
Tu as dû rencontrer des centaines, des milliers de personnes autour de toi. Et toi, Pascal, est-ce qu'il y a une personne qui t'inspire au quotidien, qui t'a inspiré sur son parcours, sur sa façon d'être ou sur le moment d'échange que tu as eu avec lui ?
Alors... je vais dire oui, Michel Drucker. En fait, j'ai rencontré ce gars-là. Pour moi, c'était déjà une star, Drucker. Il était livré avec le poste de télé. Donc quelque part, quand j'étais petit, je le voyais déjà à la télé. Il est d'une gentillesse et d'une humilité. Ce n'est pas juste à la télé, c'est en vrai. Et il y a plein de choses qu'on ne voit pas. Ce gars, par exemple... je suis parti en Russie faire la traversée de la Russie à vélo, pour une course Red Bull de 9000 et quelques kilomètres. J'étais dans le jus, je n'avais pas de sponsor. Je suis passé le voir pour lui dire bonjour avant de partir. Il m'a dit : ça va ? Je lui ai dit non, c'est compliqué, machin. Enfin bon, ce n'est pas grave. Et il a donné sa carte bleue à son chauffeur. Et il a dit : tiens, Philippe, va chercher 2000 euros pour Pascal. Ce mec, il est... voilà. Pour moi, c'est une référence, c'est un gars qui est gentil. Il a 84 ans. Alors les gens disent « ouais, Drucker, il faudrait qu'il arrête », etc. Mais il faut savoir que Drucker, aujourd'hui, il fait encore 100 pompes tous les matins et 300 abdominaux, plus deux ou trois séances de vélo dans la semaine et deux séances de natation. Il a 84 ans. Je veux dire, il pourrait dire « je fais juste mon petit boulot ». Non, le mec, il sait que sa santé, c'est le sport. Et c'est ce que je disais il y a cinq minutes : la santé, c'est le sport. Voilà, et pour moi, lui, c'est une référence. Je me dis que si j'ai la même motivation à 82 ans, j'aurai réussi ma vie.
C'est un chouette témoignage. Il faut que tu tiennes jusqu'à 100 ans pour le record, rappelle-toi. J'ai une dernière question pour toi, Pascal, à moins qu'il y ait des sujets que tu souhaites aborder, que l'on n'a pas eu l'occasion d'aborder. Si tu prends le recul et que tu te vois enfant, à commencer le judo, qu'est-ce que tu dirais à cet enfant-là, qui ne sait pas qu'il va avoir tout ce parcours-là, qui ne sait pas qu'il va avoir toutes ces aventures, ces expériences-là, que ce soit dans des sports aussi divers que variés ? Qu'est-ce que tu aimerais dire à ce gamin ?
Je lui dirais : change rien, fonce, mec. Fais ce qui te plaît, vis tes rêves. Voilà, il n'y a que toi qui peux vivre ta vie. Fonce. Je lui dirais pour les choses.
Merci en tous les cas pour ton parcours et ton témoignage. On arrive déjà à la fin de cet épisode, c'est passé très vite. Est-ce qu'il y a un sujet que l'on n'a pas abordé, que tu aimerais que l'on évoque, ou on a fait le tour selon toi ?
Non, je pense qu'on a fait le tour. C'était très bien mené.
Merci. Tu montreras l'interview à Michel Drucker. Comme ça, on verra ce qu'il en dit.
Je ne manquerai pas. C'est clair.
En tous les cas, je tiens à te remercier pour ton partage, pour ton humilité, et aussi d'avoir découvert ton parcours inspirant et ton profil. Ça sert à ça aussi, ce podcast, de pouvoir dénicher des personnes qu'on ne voit pas au quotidien dans les médias et qui méritent d'être mises en avant. Donc merci pour ce temps de partage, Pascal. On te souhaite bon vent pour ton projet à la rentrée, qu'on suivra en live stream pendant plus de trois mois. Tu m'as presque chauffé à te rejoindre le 140e jour, s'il est facile de te battre. Il me reste quelques mois pour partir de zéro jusqu'à faire un Ironman. On verra.
Tu peux le faire en relais aussi.
Je peux le faire en relais. Je vais prendre cette option. Je pense que je prendrai cette option pour le dernier jour. En tous les cas, merci à toi Pascal. Merci à vous d'avoir suivi cet épisode, que vous pouvez retrouver en audio sur l'ensemble des plateformes, que ce soit Spotify, Deezer, Apple ou Amazon, ou également en vidéo sur YouTube, sur Instagram. Bref, vous connaissez, n'hésitez pas à vous abonner et à partager ce témoignage-là, comme les autres. Et puis je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode d'Inspirez. Salut !


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