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UNE CONVERSATION INSPIREZ

Du Pôle Nord à la Vallée de la Mort, le dépassement de soi comme quête de sens

Philippe Moreau
Philippe MoreauChef d'entreprise, conférencier et sportif de l'extrême▶
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LA CONVERSATION

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🎙️Dans cet épisode d'Inspirez : Le podcast qui vous révèle, j'ai le plaisir d'accueillir Philippe Moreau, chef d'entreprise, conférencier et sportif de l'extrême dont le parcours est une véritable source d'inspiration. Philippe partage avec nous son histoire, de son enfance curieuse à sa passion pour le sport.

🏃🏻Au fil de notre conversation, Philippe évoque ses défis sportifs : marathon du Pôle Nord, Badwater dans la Vallée de la Mort, traversée de l’Alaska, de la Namibie, de l’Australie, ou encore 42 marathons en 42 jours... Il nous rappelle que chaque difficulté rencontrée peut se transformer en une opportunité de croissance personnelle. À travers ses expériences, il met en lumière l'importance des rencontres et des échanges, qui jouent un rôle crucial dans chaque parcours d'athlète et carrières professionnelles.

✨Dans ce podcast inspirant, nous abordons des thèmes variés tels que l'entrepreneuriat, le développement personnel et le dépassement de soi. Philippe nous encourage à croire en notre potentiel. Il insiste également sur le fait que l'engagement et la solidarité sont des valeurs fondamentales pour réaliser ses objectifs.

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Transcription de l’épisode

Bonjour à tous et bienvenue dans ce nouvel épisode d'Inspirez. Aujourd'hui, j'ai le plaisir de recevoir Philippe Moreau. Salut Philippe.

Salut Fabien.

Tu es chef d'entreprise, tu es conférencier, tu es auteur, et aussi et surtout sportif de l'extrême. Tu es pas mal connu dans ton milieu par rapport à ça. J'aimerais revenir sur tous ces sujets. Tu es passionné de sport, d'endurance. On va voir que ton parcours n'a pas été un long fleuve tranquille. Mais j'aimerais parler d'abord de toi, enfant. Et avant tout ça, j'ai une question que je pose habituellement : comment tu expliquerais ton métier de façon ludique, justement, à un enfant de 5 ans ? Si tu devais lui expliquer, comment tu t'y prendrais ?

Comment j'explique mon métier à un enfant de 5 ans ? Le partage et la rencontre, c'est la plus belle richesse. Et mon métier, c'est ça.

OK. Et donc, justement, Philippe, quel gamin tu étais ?

J'étais un gamin comme tous les gamins, c'est-à-dire un peu feignant, voire beaucoup feignant. Dès que ça ne m'intéressait pas, j'étais feignant. Turbulent, comme tous les gamins. Donc, j'ai fait des bêtises, comme tous les gamins. Et puis, j'étais très curieux, déjà. Déjà, petit, j'étais très curieux. Et je pense que c'est une de mes notions fortes au niveau de mon caractère, cette curiosité qui m'amène à vouloir tout le temps découvrir des choses. Et ça, ça fait un petit moment que ça dure. Et puis j'avais une passion, c'était la pêche. Mon père a eu la très bonne idée de m'emmener au bord de la rivière pour m'éviter de faire des bêtises. Et c'était une très bonne idée, parce que ça m'a donné tout de suite un aperçu très positif du contact à la nature et du bienfait que ça peut apporter. J'ai vécu ça, j'ai eu la chance de vivre ça très tôt dans ma jeunesse. Ça m'a tenu très longtemps. Je pense qu'inconsciemment et consciemment, c'est quelque chose qui m'a beaucoup aidé à me construire.

La pêche t'apprend la patience aussi ?

La pêche apprend aussi la patience. Mais en fait, ce qui est rigolo, c'est que je suis un pêcheur, ce qu'on appelle, no-kill. C'est-à-dire que je rejette le poisson que je prends. Ce qui m'intéresse dans la pêche, c'est surtout le contact extérieur : entendre le bruit de l'eau, le bruit des feuilles, le vent sur le visage, toutes ces choses-là. Et en fait, aller à la pêche, pour moi, c'est une zone de ressourcement. Et prendre du poisson, c'est une petite cerise sur le gâteau, je suis content, après je les remets à l'eau. Donc la patience, oui. Mais c'est plus l'apprentissage du... comment on va dire ça ? Il y a des gens qui parlent d'ennui, moi je ne parle pas d'ennui parce que je trouve le mot très négatif.

De contemplation.

De contemplation, ça c'est sûr. Et puis peut-être une petite approche de ce que j'appelle l'oisiveté. C'est quelque chose qui est compliqué pour moi, cette notion de l'oisiveté.

On va en parler. Tu viens d'une fratrie de quatre, dans une petite commune normande. Quel esprit y régnait, justement ?

C'est l'avantage des petits villages. C'est un petit village qui avait 1400 et quelques habitants. Et donc, c'est un village où le soir, tu peux sortir, marcher tranquille, aller au champ de foire. Tout le monde se connaît. Et moi, j'ai vécu beaucoup dehors. Beaucoup dehors. Parce que d'abord, c'était le début... je suis un vieux, maintenant, j'ai 63 ans, donc je suis un vieux — enfin, une façon de parler. Mais à l'époque, la télé n'avait que peu d'importance. Un truc que je ne ratais jamais, c'était juste Zorro. Parce que Don Diego de la Vega, c'est un truc que tu ne peux pas rater. Et c'est le seul contact que j'avais vraiment avec la télé, et tout le reste du temps, j'étais plutôt dehors. Et le fait de vivre dans un village, c'est quelque chose d'assez sain, on va dire ça comme ça, parce que je n'avais aucun a priori à aller dehors, et j'ai gardé cette sensation-là. Petit village — et d'ailleurs, je vis toujours dans un petit village.

Et justement, on va parler de ton enfance et de ce moment particulier, avec la rencontre du sport et la rencontre d'une personne en particulier, ton prof de sport ?

Oui, tout à fait. En fait, comme je te l'ai dit, moi j'étais plutôt feignant. J'étais un petit gros qui n'aimait pas trop se bouger, parce que je n'avais pas trouvé d'intérêt à le faire. Et un jour, au collège, en sixième, j'ai un prof de sport qui est arrivé, qui s'appelait Florian. Et je ne sais pas ce qu'il a fait, Florian — s'il m'écoute, il sera content de l'entendre. Mais en tout cas, il a été pour moi d'un grand intérêt, parce qu'il m'a donné l'envie de m'y mettre. Il m'a donné l'envie de me mettre au sport. J'en ai fait beaucoup : dès qu'il était là, je me suis mis à tout goûter, l'athlétisme, du judo, du tennis, du badminton, et puis du foot — enfin, j'ai fait plein, plein, plein de sports, pour terminer au niveau du handball, puisque lui-même était handballeur et a pris en main l'équipe du village. Et j'ai fait du handball avec lui pendant une vingtaine d'années. Pas à un très gros niveau : le maximum que j'ai dû atteindre, j'ai joué en Régional 1, juste avant la Nationale. Je n'avais pas le niveau pour aller au-dessus, mais ce sont vraiment de très bons souvenirs. Et c'est surtout ce qui m'a donné, après, l'envie de ne plus jamais arrêter le sport. Parce que chaque fois que tu y as goûté, au sport, tu te rends compte que ça fait un bien fou, que ta pêche est d'enfer et que ton énergie a changé, etc. Donc, c'est grâce à lui. Comme quoi, déjà, tu vois... les rencontres, il n'y a que ça qui compte, les rencontres dans la vie.

Exactement. Et à quel moment le sport est devenu pour toi plus qu'un simple loisir ?

En fait, il m'a tellement donné envie de faire du sport que j'ai voulu en faire mon métier. J'ai voulu être prof de sport. Pour ça, à l'époque, il fallait un bac, il fallait passer l'UEREPS. J'ai fait tout ça, j'ai eu mon bac, j'ai passé l'UEREPS, j'ai intégré l'UEREPS — ce qu'on appelle les STAPS aujourd'hui. Et je voulais vraiment en faire mon métier, parce que je trouvais que c'était cool, ce qu'ils faisaient. Donc je me suis dit : on ne va pas chercher plus loin. Je ne savais pas trop quoi faire de ma vie, je me suis dit : je vais faire ça comme métier, prof de sport, ça m'a l'air super. Et puis bon, pour des tas de raisons, je n'ai pas pu. Parce que je me suis physiquement trouvé abîmé très vite, pendant la première année. Je me suis déchiré un tendon, je me suis claqué une cuisse. En vrai, j'étais un peu abîmé. J'ai appris plus tard qu'à l'époque, c'est un peu comme ça qu'ils faisaient : ils en éliminaient à peu près un tiers, ceux qui ne suivaient pas le rythme. Malheureusement ou heureusement — parce qu'en fait, il ne faut jamais regretter ce qui se passe — je n'ai pas été retenu, donc je n'ai pas pu aller plus loin. Donc, de mon rêve d'être prof de sport, il fallait que je fasse d'autres rêves.

Tu as trouvé bien ton rêve, on va en parler juste après. Tu dis souvent que tu n'étais pas destiné au sport. Tu crois que les plus beaux parcours naissent aussi parfois à contre-pied ?

Moi, je suis archi-convaincu — mais archi, archi-convaincu — qu'en fait, on est entouré d'opportunités. On est entouré d'opportunités, et que malheureusement, aujourd'hui, le monde a perdu ce sens de la curiosité, parce qu'en fait, les opportunités, elles passent devant nous en permanence et on n'est pas du tout attentif à ça. Et si tu es un tout petit peu attentif, un tout petit peu curieux, un tout petit peu en éveil, tu t'aperçois que des opportunités, il y en a plein, et il suffit juste de tendre la main et de les choper. Moi, je passe ma vie à faire ça, c'est pour ça que je suis un amoureux des rencontres, parce que les opportunités sont beaucoup plus faciles quand tu vas vers l'autre et que tu vas rencontrer l'autre. Et tu as raison : il suffit juste d'ouvrir les yeux en grand et les oreilles en grand, et de tendre une main, et ça, c'est facile à faire.

Tu es un homme de rencontre et d'humain, comme on aime le dire. Quels souvenirs tu gardes de tes premières compétitions, de tes premiers défis, justement ?

Mes premières compétitions, je n'en garde rien de très précis, hormis l'effervescence du lieu. En fait, quand tu te retrouves dans un stade pour faire un saut en longueur ou faire un 100 mètres ou je ne sais quoi, les souvenirs que j'en garde, c'est des souvenirs d'émotions fortes, un truc qui te prend un peu aux tripes. Tu te dis : je vis un moment. Même si c'était des petits moments ridicules — c'était les championnats académiques, ce n'était pas grand-chose, et je n'étais pas très bon en plus, donc je terminais rarement dans le trio de tête. Mais c'était des moments importants. Tu disais : tiens, ce que je suis en train de vivre là, c'est un moment fort. Je me souviens de ces moments-là, c'était fort. Et puis, la rencontre de champions. Parce que dans mes petites compétitions, je me rappelle d'un champion — ça ne va peut-être plus parler à personne — il s'appelait Pogneva, et c'était un des rares Français qui faisait du saut en hauteur en Fosbury. Pas en Fosbury... comment on appelle ça ? Je ne sais même plus comment ça s'appelle. Si, c'est ça, le Fosbury. Quand tu passes sur le ventre, c'est ça, c'est le Fosbury, je crois, de mémoire. C'était très vieux. Et Pogneva, il s'appelait, il était champion de France, et dans mes championnats académiques, il participait pour se qualifier pour les championnats de France. Et donc, lui franchissait des barres complètement dingues. Et j'étais assez admiratif de ça. Alors peut-être qu'inconsciemment, ça m'a donné envie aussi, moi, un jour, de pouvoir atteindre des choses qui me semblaient inatteignables. Beaucoup de choses nous semblent inatteignables. Et puis en fait, en s'y mettant, on s'aperçoit que tout est jouable. Pour répondre à ta question, mes souvenirs, c'est plus ça : c'est des moments de forte intensité et de sensation de vivre des moments hors du cadre.

Et au niveau des grands sportifs, puisque tu es passionné de hand — on a reçu en première saison Jérôme Fernandez, que beaucoup connaissent et qui est une légende dans le hand. Donc on l'entendra dans un petit épisode comme ça.

Pépite à écouter là-dessus. On a la chance quand même d'avoir des équipes exceptionnelles, complètement dingues, et qui nous font vibrer. Et même si moi, je ne pratique plus depuis presque 20 ans maintenant, quand même, je continue de suivre ce sport, qui me fait vibrer d'une façon incroyable. Et on a la chance d'avoir des gars complètement dingues sur le terrain. Des gars, des filles d'ailleurs — les filles aussi sont magnifiques.

Et qu'est-ce que Florian, ce prof de sport, a changé en toi ? Au-delà du sportif, qu'est-ce qu'il t'a apporté ?

La confiance. Il m'a apporté de la confiance en moi, surtout, et de l'estime de moi. Parce que quand tu es un petit gros qui ne sait pas trop quoi faire de sa vie, qui se marre bien, qui joue avec des potes, qui va à la pêche et qui fait des bêtises comme tous les gosses, mais bon, concrètement... je ne voyais pas bien ce que j'allais faire de ma vie. Et lui, quand il est arrivé, qui m'a mis au sport, sans violence, sans rien — il n'a pas cherché à me convaincre que le sport était la solution, mais il m'a donné cette envie d'y aller. Et ça, ça a tout changé, parce que je me suis rendu compte d'un seul coup que oui, j'étais capable de courir un 100 mètres, que oui, j'étais capable de faire du saut en longueur, parce que c'était mes sports de prédilection ; qu'ensuite j'étais capable de jouer au tennis, que j'étais capable de jouer au hand — ah tiens, mieux encore, au hand, je n'étais pas mauvais, voire que je devenais vite titulaire dans l'équipe. Eh bien tout ça, forcément, ça te montre qu'en fait, tu es quelqu'un de pas mal, en fait, tu vois. Donc, estime de soi, confiance en soi. Et comme c'est ça dont tout le monde manque — tout le monde manque de confiance en soi et d'estime de soi, ça, je suis archi-convaincu de ça aussi — c'est un sujet, quand tu le travailles, c'est bien. Parce que ça te permet d'un seul coup de t'envoler. Donc tu t'envoles.

C'est une question que j'aurais imaginée après, mais du coup, ça me permet de rebondir : est-ce que tu fais une nuance entre la confiance en soi et l'estime de soi ?

Oui. L'estime de soi, c'est s'aimer. L'estime de soi, c'est s'aimer, c'est oser s'aimer. Et la confiance en soi, c'est : tu t'aimes tellement que tu envisages que tu es capable de faire des choses. Donc, c'est complètement différent. Mais tu ne peux pas avoir confiance en toi si tu ne t'aimes pas déjà. Alors, les gens vont dire : ouais, le mec, il est égocentré, il ne pense qu'à lui, tout ça. Non, non. Moi, je pars toujours d'un truc que je nomme — quand je fais mes conférences, j'en parle beaucoup — je parle d'égoïsme constructif. Et je donne toujours le même exemple : je donne l'exemple de l'hôtesse de l'air. Une hôtesse de l'air, quand l'avion prend feu et qu'il y a de la fumée plein le cockpit, elle ne se précipite pas sur les passagers pour leur donner leur masque. La première chose qu'une hôtesse de l'air fait quand il y a un incendie, c'est de se protéger elle-même. Elle se protège elle-même pour ensuite pouvoir aller aider les autres. Et en fait, c'est pour ça que je prends toujours cet exemple, parce qu'il est frappant : parce qu'en se protégeant elle-même, elle est capable d'aller sauver tout le monde. Alors que si elle ne prend pas soin d'elle-même, elle va en sauver 10, 15, 20, mais elle ne sauvera pas les 120 passagers. Donc en fait, c'est important de penser à soi d'abord, pour pouvoir ensuite s'occuper des autres et penser aux autres. C'est en ça que je dis qu'il faut s'aimer, il faut considérer qu'on est une belle personne — et on est tous des belles personnes, avec nos qualités et nos défauts. Évidemment que j'ai des défauts, évidemment, comme tout le monde. Mais ce n'est pas parce que j'ai des défauts que je ne dois pas m'aimer. Donc en fait, je pense que cette estime de soi est fondamentale, pour qu'ensuite on soit en capacité de transmettre, de partager et de communiquer, d'aider, et tout ça sans filtre, en étant vrai. Parce que la vraie difficulté, c'est d'être vrai. Et c'est pour ça que c'est deux choses différentes.

D'être vrai et d'être authentique. Et justement, l'ego : est-ce que selon toi — c'est un avis, mais je voulais avoir ton avis aussi — le mot « ego » a une connotation péjorative vis-à-vis de certaines personnes, parce qu'on pense, comme tu dis, égocentré, ne penser qu'à soi, etc. ? Alors qu'en fait, l'ego, c'est quelque chose qui nous porte, qui nous sert, et dont on a besoin.

Bien sûr, bien sûr. Oui, mais ce n'est pas l'ego, le problème. Heureusement qu'on a tous un ego. Heureusement. On a une vraie connaissance de soi, et puis plus on grandit, plus on monte en âge — parce que je n'aime pas le mot « vieillir », c'est un concept que je ne comprends pas bien.

On prend de l'expérience.

Je passe ma vie à grandir, ça c'est cool. Mais vieillir, je ne vois pas bien le concept. Moi, j'ai arrêté il y a 13 ans de vieillir. J'ai décidé à 50 ans d'arrêter de vieillir. Je ne voyais pas l'intérêt du concept. C'est des choses qui ne m'intéressent pas du tout. Mais en fait, l'ego, c'est ça qui nous permet de nous construire. C'est le surego, c'est de se penser en surdimensionnement, qui est compliqué. Et c'est là où ça peut faire très mal — à toi d'ailleurs, à toi et aux autres, mais à toi déjà en premier lieu. Moi, ce que j'aime bien, c'est quand on parle d'ego, on change l'orthographe : l'ego, c'est juste « égaux ». On est tous égaux. Je suis égal avec toi. J'ai ma personnalité, j'ai ma façon d'être, j'ai ma façon d'agir ; tu as ta façon d'être, ta façon d'agir, on est égaux là-dessus, il n'y a pas de problème. Et cet ego-là est intéressant, voire même captivant. Donc il ne faut pas confondre « égaux » et « surégaux ». Il y a des gens qui sont dotés d'un surego, et ceux-là, ils sont assez pénibles, il faut être honnête. D'ailleurs, je les fuis un peu, ça.

Ah, mais ça prend de l'énergie.

Oui, je les fuis parce que... en fait, ces gens-là ne m'apportent rien de très concret, de très positif. Même s'ils ont des parcours souvent quand même aussi assez forts — j'en ai côtoyé, des gens comme ça, ils ont des parcours assez forts. Mais en fait, tu t'aperçois que c'est vite fait de récupérer ce qu'ils ont envie de te transmettre. Parce qu'ils n'ont pas envie de te transmettre grand-chose. Ils te transmettent assez peu, pour pouvoir ensuite te parler vraiment beaucoup d'eux. Je suis mal placé pour dire ça, parce que là, je parle de moi, mais parce qu'on me sollicite pour en parler.

Tu peux rire, c'est moi qui te l'ai demandé. C'est le but du podcast.

Pour être honnête, non seulement ça ne me gêne pas de parler de moi, mais j'aime ça, parce que ça me permet effectivement d'aborder des thèmes, des sujets sur lesquels on peut partager des choses. Parce que moi, je pense que je suis un mec normal. Je suis un lambda. Je suis comme toi, comme tout le monde, je suis un monsieur Tout-le-Monde. Je fais des choses que beaucoup de gens considèrent un peu hors cadre, extraordinaires, mais c'est simplement parce que j'ai eu envie de le faire. Et moi, le fait de parler de mes parcours — de mes parcours, parce que j'en ai plusieurs — et le fait de pouvoir en parler beaucoup, c'est pour ça que je fais maintenant un métier de conférencier et que j'interviens dans les entreprises pour ça : ça me permet de communiquer sur le fait que si moi, je suis capable de faire des choses, c'est que toi aussi, tu es capable de faire des choses. Et toi aussi, et toi aussi, et toi aussi. C'est ça qui est important. C'est de comprendre que mon exemple, ce que je vais te raconter, va te mettre en évidence que toi-même, tu es chargé d'un potentiel incroyable. Et ça, c'est une certitude. C'est la chose que, quand je commence mes confs, je dis toujours : je dis que vous êtes tous et toutes des gens incroyables, exceptionnels, et je ne suis pas sûr que vous le sachiez, en fait. C'est dommage. Parce que c'est sûr et certain qu'on est tous chargés d'un potentiel de fou. Donc en fait, parler de soi, ce n'est pas un problème, si ça permet de déclencher chez l'autre sa propre capacité à grandir. Et ça, c'est un métier que je kiffe, mais alors je kiffe comme ça. C'est trop bien de faire ce métier-là, vraiment trop bien.

Justement, on va parler un peu de toi, parce que je t'ai défini au début comme chef d'entreprise, coureur de l'extrême, conférencier, coach, écrivain aussi.

Auteur. Je suis auteur.

Pardon. Pas coach — coach de toi-même, c'est déjà pas mal. Je voulais aborder avec toi, déjà, la carrière de chef d'entreprise. Tu as commencé en 1998 — pardon, j'ai inversé — en 1989. Donc, assez jeune, au final. Et tu as fondé une entreprise qui est devenue ensuite un grand groupe, leader sur le marché. Est-ce que tu peux m'expliquer un petit peu, déjà, ton parcours entrepreneurial ?

En fait, le parcours entrepreneurial, il est assez simple. C'est que quand j'ai vu que je ne pouvais pas être prof de sport, il a fallu que je me réoriente. Donc j'ai fait plein de boulots, pas très passionnants. J'ai vendu des encyclopédies en porte-à-porte. J'ai été éboueur — il n'y a pas de sot métier — j'ai été éboueur. Puis j'en ai fait plein d'autres. Et en fait, rien ne me plaisait, en fait. Rien ne me plaisait. Et en fait, je me suis rendu compte, après analyse, que ce qui ne me plaisait vraiment pas, c'est de ne pas pouvoir diriger ce que j'avais envie de faire. Et donc, très vite, je me suis dit : en fait, la seule façon de pouvoir diriger, c'est d'être dirigeant. Et donc, j'ai dit : je vais être chef d'entreprise. Avec une particularité — c'est ce que je dis dans mon TEDx, d'ailleurs — c'est que je n'ai pas de métier dans les mains, puisque j'ai voulu être prof de sport et que ça a raté. Donc, je me retrouvais avec un DEUG de géographie. Donc si tu veux, avec un DEUG de géographie, à part être dans l'enseignement ou être dans la recherche, je ne voyais pas bien comment monter une boîte. Donc, je n'avais pas de métier dans les mains. Beaucoup de gens m'ont dit que ça allait être un sacré handicap. Et moi, à l'inverse — comme tu vas te rendre compte au fil des discussions, je suis plutôt d'un naturel très positif et très optimiste — je me suis dit que c'est une chance incroyable de ne pas avoir de métier dans les mains. Parce que ça veut dire que maintenant, je suis open bar. On peut me proposer n'importe quoi, je vais pouvoir m'y intéresser, parce que de toute façon, je n'y connais rien. J'ai qu'une seule chose à faire, c'est d'apprendre. Et je cite souvent un auteur que j'aime beaucoup citer, qui s'appelle Alvin Toffler, qui donne la définition des illettrés du XXIe siècle — dont j'ai le bon espoir de ne pas en faire partie. Et cette définition, elle est magique. Elle dit : « Les illettrés du XXIe siècle ne sont pas ceux qui ne savent pas lire ou écrire, ce sont ceux qui ne savent pas apprendre des choses, puis les désapprendre pour réapprendre de nouvelles choses. » En fait, c'est celui qui m'a fait comprendre dans la vie que rien jamais ne serait gravé dans le marbre et que ma vie serait faite d'apprentissage permanent. Donc très tôt, quand j'ai décidé d'être entrepreneur avec zéro métier dans les mains, je me suis dit : ça, ce n'est rien du tout, il suffit juste que j'apprenne. Et comme à chaque fois, ma vie d'entrepreneur a démarré par une rencontre, parce que ma vie n'est jalonnée que de rencontres, parce que c'est la seule vraie richesse qu'on peut avoir — elle est gratuite, en plus, cette richesse, c'est quand même dingue. On est 8 milliards sur Terre, il suffit de tendre une main et, d'un seul coup, ta vie peut basculer. Donc ça, c'est assez génial. Et moi, j'ai rencontré un pote, qui était le copain d'un copain, qui m'a orienté dans un métier où je n'y connaissais rien du tout. Et puis, je lui ai dit : écoute, comme je n'y connais rien et que toi, tu as l'air de t'y connaître, tu ne veux pas t'associer avec moi ? On s'est associés tous les deux, et on a monté une petite société de misère où j'ai travaillé tout seul au départ, avec mon associé, mais lui avait gardé son job. Et puis, au fil du temps, au fil des découvertes, au fil de la curiosité, on a monté un groupe qui est devenu le numéro un français dans notre cœur de métier. Et j'ai bossé avec cet ami pendant 30 ans. Et ça a été un pur bonheur, un pur bonheur de passer son temps à apprendre. Alors, quand tu es entrepreneur, tu prends des claques dans la figure à longueur de temps. À longueur de temps. Mais moi, je me situe comme un guerrier, on va dire ça comme ça. C'est-à-dire qu'en fait, les claques, je pars du principe que ça fait partie un peu de la vie normale et que ça pique. Moi, j'aime bien cette expression, « ça pique ». Tout ce qu'on fait dans nos vies, c'est normal que ça pique un peu. Il faut arrêter de se plaindre, « je ne veux pas que ça pique ». C'est normal, et même c'est une sacrée bonne nouvelle, parce que quand ça pique, ça veut dire que tu as du ressenti, et ça veut dire que tu es vivant, et pleinement vivant. Moi, je vois ça comme ça. Je ne vois pas ça comme des contraintes ou des catastrophes qui m'arrivent — et il m'en est arrivé plein. Toi, tu es entrepreneur, tu en as plein, des catastrophes. C'est le quotidien de l'entrepreneur : ça ne marche jamais comme tu veux. Évidemment. Toi, tu as prévu d'aller là, et puis tu construis, et tu n'y vas pas, parce qu'il y a un concurrent, parce qu'il y a le marché qui s'effondre. Il y a plein, plein de façons de vivre tout ça. Et moi, j'ai décidé de le vivre en me disant : c'est quoi, la bonne nouvelle dans cette histoire ? Chaque fois qu'il m'arrive un truc, il n'y a qu'un truc qui m'intéresse, c'est la bonne nouvelle. Il n'y a que ça qui m'intéresse. Donc, ma vie d'entrepreneur, pendant 30 ans, ça n'a été que ça. J'ai monté 7-8 entreprises au total, que des PME, que des petites PME. Et je me suis bien marré. Franchement, je me suis bien marré, même dans tout ce bazar. Je me suis bien marré. Et j'ai vendu tout mon groupe il y a 8 ans parce que, justement, je ne me marrais plus, en fait. Je ne me marrais plus. Je passais mon temps à autre chose que l'entrepreneuriat, en fait. Je passais mon temps à gérer des problèmes de relations humaines, des problèmes de législation, des problèmes de réglementation, des problèmes fiscaux, des problèmes comptables. Et ça, franchement, bon, non, ce n'est pas pour ça que j'ai signé, moi. Donc, à partir de là, ça m'a ennuyé. J'ai dit : je vends, voilà. Donc, j'ai vendu. Et comme j'avais déjà démarré mon métier de conférencier à côté, pour parler de mes histoires de défis sportifs, j'ai mis un bon coup de pied sur l'accélérateur, à fond, sur ce nouveau métier. Et depuis, je me régale. C'est trop, trop bien de faire ce métier de partage. Tu rencontres plein de gens, et tu vois les yeux qui brillent, c'est top, j'adore.

Et tu as bien fait, parce que ça n'a pas changé. C'est pire, ça empire — c'est le sujet que tu abordes et qui t'a fait quitter le groupe il y a 8 ans. Ça représentait combien de personnes et quel volume de chiffre d'affaires, peut-être, si tu veux en parler, à la fin ? Parce que tu étais parti de zéro.

On est parti de zéro. J'ai fini à 74 salariés. On faisait à peu près 6,5 millions de chiffre d'affaires en prestations de services industriels. Donc, c'était très sympa. Et je suis devenu numéro 1 français en 2000. Alors, sans chercher à l'être, parce que la place de numéro un ne m'intéressait pas spécialement. Mais en fait, comme moi, j'ai articulé toute ma démarche d'entrepreneur sur la différenciation. À chaque fois, je cherchais à être différent. Différent de ce que fait mon concurrent, différent de ce que souhaite le marché. Et cette différenciation m'a permis de faire beaucoup de choses en avant-première. J'étais le premier, souvent, à faire des trucs. Et puis, à force d'être le premier à faire des trucs, tu termines numéro un. C'est la conséquence, en fait, de tout ça. Mais ce qui m'intéressait, ce n'était pas d'être numéro un. Ce qui m'intéressait, c'était d'être le premier à faire des choses. Ça, ça m'intéressait beaucoup. La découverte, prendre le, entre guillemets, risque, aller là où les autres ne veulent pas y aller parce qu'ils ont peur. Alors moi, j'aimais beaucoup faire ça parce que ça me faisait bien vibrer. Et puis souvent, en plus, on avait raison d'y aller. Donc, j'ai fait des choses assez dingues. Voilà ce qui fait qu'on a fini numéro 1.

Ton côté permanent de défi et de nos limites, on va dire.

Ouais. En fait, c'est marrant de savoir où elles sont, de les chercher en permanence.

Et de les remettre en question ?

De les remettre en question, c'est... Je ne sais pas si tu vois... enfin si, tu vois forcément, qui c'est Jean-Louis Étienne ? Un de nos premiers aventuriers polaires, qui est un tout petit monsieur, mais qui est un grand bonhomme, et que j'ai eu la chance de rencontrer, avec qui j'ai pu discuter. Et lui dit, entre autres : on ne repousse pas ses limites, on ne fait que les découvrir. Et j'adore cette phrase, parce qu'en plus, il est bien placé pour en parler. Et voilà, on ne repousse pas nos limites, on ne fait que découvrir de nouvelles limites, parce qu'en fait, on s'aperçoit d'abord que le corps, c'est une machine incroyable, qui est capable de faire des trucs vraiment de fou, avec une capacité de récupération dingue ; et la tête, c'est encore pire, mais encore mieux. Et donc, effectivement, tu découvres, tu découvres, tu découvres en permanence, et comme tu découvres des limites nouvelles, tu les exploites, et puis tu te rends compte que là, tu es capable de faire des choses. C'est en ça que je te disais qu'on est tous chargés d'un potentiel de dingue, et que ce potentiel, il ne demande qu'une seule chose, c'est d'être exploité. Encore faut-il qu'on sache où est le bouton power.

Du coup, tu parlais de défis. L'un de tes plus gros défis, ça a été notamment le parcours de vie avec une hernie discale qui risquait de te paralyser la jambe. Est-ce que tu peux parler de cette période-là, qui a été un peu charnière dans ton parcours, au final ?

Oui, c'est une vraie charnière, parce qu'en fait, c'est ça qui a tout déclenché. Comme quoi, il y a des opportunités dans tout ce qui t'arrive, y compris dans les trucs un peu pénibles. En fait, oui, j'avais une hernie discale depuis très, très longtemps, mais je jouais au hand avec ça quand même, ça ne m'empêchait pas de jouer. Je terminais détruit, démoli, mais j'arrivais à jouer quand même. Et puis un jour, cette hernie s'est cassée. Alors, pour te dire à quel point c'est stupide, elle s'est cassée en faisant la vaisselle. Je faisais la vaisselle... Je faisais du hand, du squash, du barefoot, je ne faisais que des sports un peu timbrés, et tout allait bien. À part que j'avais mal après, à froid. Et là, en faisant bêtement la vaisselle, en mettant une assiette à égoutter, j'ai senti une douleur et j'ai cassé la hernie, qui s'est coincée sur le nerf sciatique. Et donc, effectivement, qui commençait à me paralyser une jambe. Et donc, il a fallu que je me fasse opérer très vite, parce que mon pote kiné me dit que quand ça commence à paralyser les doigts de pied, ce n'est pas bon signe du tout, et si tu laisses traîner, tu risques de perdre la sensibilité de tes doigts de pied, puis de ton pied, puis de ta jambe. Et donc, je me suis fait opérer. Et en fait, c'est suite à cette opération — où après j'ai fait de la rééducation, tout ça — je me suis retrouvé en fait dans un état... comment on va dire ça ? Enfin, je n'étais pas bien, je ne me sentais pas bien. J'avais pris 10 kilos, je devenais con, gris, terne. Je ne devenais pas un mec agréable. Et puis, heureusement, je suis bien entouré. Donc, mes amis, mon épouse m'ont expliqué qu'il fallait que je change si je voulais conserver leur amitié et leur amour. Et donc, j'ai décidé de changer. Et la façon de changer, pour moi, ça a été de me mettre à faire quelque chose que je trouvais insensé. Parce que j'aime bien le côté challenge. Et donc, mon copain kiné, qui me soignait, me pose un jour une question simple. Il me dit : écoute, qu'est-ce qui, pour toi, est impossible à faire ? Et moi, j'étais très sportif, mais par contre, il y a un truc qui m'ennuyait à mourir, c'était courir. Courir, je trouvais ça pénible, mais pénible. Le handball, j'adorais, tout ça, mais la course à pied, c'était pénible. Donc je dis : voilà, courir, je n'aime pas. Et puis, en plus, mon chirurgien m'a dit qu'il ne fallait pas que je coure après l'opération. Je pouvais reprendre le sport, mais pas la course à pied. Donc, ça tombe bien, parce que je n'aime pas ça. Et mon kiné dit : voilà ce que tu vas faire, tu vas te mettre à courir, parce que c'est un challenge pour toi, et comme tu es un gars de challenge, eh bien ça va te requinquer et tu vas repartir du bon pied. Alors on s'est pas mal bagarrés sur le sujet, parce que je te rappelle que je n'aimais pas ça du tout. Et puis je marche beaucoup à la confiance, donc mon pote, un jour, il me dit : écoute, tu as confiance en moi ? Alors tu te tais et tu fais ce que je te dis. Moi, je te dis que tu peux te mettre à courir, je suis ton kiné, je sais de quoi je parle. Allez, cours. Je me mets donc à courir. Après, il me repose une deuxième question : qu'est-ce qui, pour toi, dans la course à pied, est impossible à faire ? Et à l'époque, je disais : mais les mecs qui font des marathons, dans ma tête, c'était des givrés. Les mecs, ils font 42 kilomètres non-stop, c'est n'importe quoi. Et donc, il me dit : voilà ce que tu vas faire, tu vas faire un marathon. Et il dit : ça, ça va vraiment te challenger. Donc, pareil, on se frite un peu. Ça se termine toujours de la même façon : tu me fais confiance ? Oui. Alors tu te tais, puis tu t'entraînes et tu fais un marathon. J'ai dit : OK, je vais faire ça. Je pensais sincèrement que je n'allais en faire qu'un dans ma vie. J'ai dit : si j'en fais un, il faut que j'en fasse un peu mythique. Je me suis inscrit à New York. Quitte à faire un marathon, autant en faire un beau, on va faire New York. Je suis parti faire New York et j'ai kiffé grave. C'était trop bien. C'était trop bien. Et depuis, j'ai 80 000 kilomètres au compteur, parce que je n'ai jamais arrêté de courir. Et ma vie est devenue la course à pied, les défis sportifs un peu dingues en course à pied. Et voilà, ça a démarré comme ça. Ça a démarré, en fait, ma carrière — ma carrière entre guillemets, il ne faut pas exagérer — sportive, est née en fait d'une problématique, d'un problème médical. Et en fait, de ça est née une sorte de résurrection. Et depuis, je kiffe grave tout ça, c'est trop bien.

Et puis, tu as aimé te challenger, puisqu'à un moment, on a pris le marathon de New York, tu t'es dit : tiens, pourquoi pas rajouter du défi et aller faire un marathon au Pôle Nord ?

C'est toujours mon pote kiné qui, pareil, un jour, voit que je suis un peu emballé maintenant par la course à pied. Et il m'invite... Ça va faire plaisir aux gens, ça, parce que c'est une histoire vraie qui est simple. Mon pote m'invite à manger chez lui un soir, ce qu'on fait tous. Il me sert un apéro, ce que tout le monde fait. Il m'en sert deux, il m'en sert trois. Et à l'époque, je ne buvais pas beaucoup. Donc trois petits punchs, j'étais un petit peu gai. Et quand il a vu que les yeux brillaient, il m'a fait lire un article dans Jogging Magazine pour me montrer qu'il y avait un marathon qui existait au Pôle Nord, le marathon le plus froid du globe, au Pôle Nord, à moins 40 degrés. Et il me dit : tu vois, regarde, il n'y a jamais aucun Français qui a participé à cette course. Et il me regarde. Il me dit : et si les premiers Français, c'était nous ? Et c'est parti comme ça, l'idée. À chaud, je ne prends jamais de décision, surtout quand j'ai de petits punchs dans le nez. Mais de toute façon, par principe, jamais de décision à chaud, je prends toujours un peu de temps de réflexion quand même. Et le lendemain matin, on s'est inscrits sur le site et on a validé qu'on serait les premiers Français à faire le marathon le plus froid du globe. Et ma vie d'aventurier a démarré vraiment là. Parce qu'une fois qu'on est partis faire ça — et en plus, on a bien fini, en plus on a fini quatrièmes de la course, donc c'était plutôt pas mal, on était 54 concurrents, il y avait 12 nationalités — et puis on a fait des choses un peu particulières pour s'entraîner : à l'époque, on est passés sur toutes les chaînes télé, parce qu'on s'entraînait dans les congélateurs industriels. Donc forcément, ça a attiré la télé : deux fous qui s'entraînent dans des congélos par moins 30. Ils disent : c'est quoi, ces deux mecs ? Donc là, on a eu droit à une certaine médiatisation. Et c'est comme ça qu'en fait, tout s'est enchaîné. Parce que quand tu commences à être un peu médiatisé, et puis qu'en plus, tu décides derrière d'aller en Antarctique — parce que personne au monde n'avait fait le pôle Nord et le pôle Sud la même année, donc on s'est dit : une première mondiale, ça va être nous. Donc voilà, on est partis là-dessus. Puis ça s'est enchaîné. Puis les partenariats sont arrivés quasiment tout seuls. Et puis après, on n'a jamais arrêté. Parce que ça nous a fait plaisir.

Et ce que tu ne dis pas, mais si je ne me trompe pas, tu as fait le marathon, et le lendemain, tu as fait un 100 km.

Oui, ça, c'était en Antarctique.

En Antarctique.

En Antarctique, c'était marathon et le lendemain, un cent bornes.

Tu connais la phase de récup ?

Non, mais moi, je récupère d'une façon particulière. Je ne fais jamais de récupération passive, en fait. Jamais. Je ne fais que de la récupération active. Donc, pour moi, ma façon de récupérer, c'est de faire du sport autrement. Par exemple, en allant nager, en faisant du vélo, en changeant de rythme, en étant moins dur : je fais travailler les fibres musculaires d'une autre manière. Ça, c'est ma façon de récupérer. Alors, c'est une façon que je suis quasiment dans l'obligation de faire, puisque, je te l'ai dit tout à l'heure, j'ai 63 ans, j'ai quand même fait plein de choses et je suis quand même un peu abîmé, j'ai des bobos un peu partout. Donc si je m'arrête, si je fais de la récupération passive, mon corps me redit tout de suite où j'ai mal, donc ça devient une souffrance. Et la reprise, après, elle est très, très dure à faire. Alors, je la fais, mais elle est très dure, elle fait mal, quoi. Alors, à chaque fois que je suis blessé, je suis obligé de faire ça. Mais encore, même quand je suis blessé, je continue quand même un tout petit peu. Je vais marcher, je fais attention, mais je ne m'arrête jamais vraiment complètement, parce que la reprise est trop difficile. Donc là, pour répondre à ta question, oui, voilà, la récupération, il n'y en avait pas. Et puis, ce qui était rigolo, c'est que moi, je n'avais jamais fait de 100 km de ma vie, en fait. Donc le premier cent bornes de ma vie que j'ai fait, c'est en Antarctique, dans des conditions un peu ubuesques, et après avoir fini 3e la veille, au marathon.

Et tu as fini 3e aussi du 100 km, le lendemain.

Ouais, mais alors, ce n'était pas très compliqué de terminer 3e, parce qu'on n'était pas très nombreux. Je ne sais plus combien on était, je crois qu'on était 17, je crois, au départ. Enfin voilà, on n'était pas très, très nombreux.

Pour une récupération active, ce n'est pas mal.

Ce n'est pas mal, ce n'est pas mal.

Finir 3e. Et tu t'es mis, du coup, à pas mal de challenges. J'ai une question juste avant de dérouler le reste : combien de fois tu as détesté ton pote kiné quand tu courais ?

Jamais.

OK. Jamais.

Jamais. Alors moi, je me suis — non pas détesté, mais quasiment sur chaque défi sportif, je me suis toujours dit, à un moment donné : mais qu'est-ce que je fais là ? Mais qu'est-ce que je fais là ? Mais pourquoi je fais ça, quoi ? Mais tu es un taré, c'est trop dur, ce que tu fais. Ça, à chaque fois. À chaque fois, il y a toujours eu un moment où je me suis auto-flagellé en me disant : mais c'est n'importe quoi, ce que tu fais. Bon, ça ne dure pas longtemps. Ça ne dure pas longtemps, parce que très vite, je me rends compte de là où je suis. C'est-à-dire, quand tu es en Antarctique, tu as beau te flageller en te disant « pourquoi je me tape un cent bornes alors qu'hier j'ai fait un marathon », puis tu regardes autour de toi, tu te dis : mais je suis en Antarctique. À quel moment, dans ma vie, je peux être en Antarctique ? À quel moment je peux aller au Pôle Nord ? À quel moment on peut vivre des moments pareils ? Donc, allez, arrête de t'auto-flageller, vas-y. Mais pour répondre à ta question, mon pote, jamais je ne l'ai incriminé en quoi que ce soit. Au contraire, c'est quand même grâce à lui que j'ai vécu tout ça. Même si aujourd'hui, on ne se voit plus depuis 7-8 ans, parce que nos horizons ont changé. On n'est pas fâchés, il y a juste nos horizons qui ont divergé, on ne se voit plus. Mais à chaque fois, je le remercie. Parce que sans lui, jamais j'aurais vécu ça. Au même titre que lui, sans moi, il n'aurait jamais été au Pôle Nord.

Et dans ces courses, ça a été quoi, le plus difficile pour toi ? Est-ce que ça a été la douleur, la solitude, le mental ? C'est quoi, le plus dur à gérer ?

Non, le plus dur à gérer, c'est le physique. C'est le physique. Le physique. Oui, parce que c'est toujours des conditions qui sont un peu extrêmes. Parce que c'est ça qui m'amuse, c'est d'aller chercher les extrêmes. Extrême froid, extrême chaud, extrême dénivelé, extrême longueur. Enfin, du moment qu'il y a un extrême quelque part, ça m'amuse et c'est là que je vais. Le plus dur, à chaque fois, c'est le corps. Le corps, ça a beau être une machine de dingue, rapidement, il crie, le corps. Il dit : tu es gentil, mais ça fait mal. Donc, pour être très honnête — ce que je dis souvent en conférence — j'ai été un bourrin moyen pendant très longtemps. C'est-à-dire que mon corps se plaignait, m'envoyait des messages, et moi, je lui disais de se taire. Et je disais : c'est moi qui commande, point barre. Ça a duré quelques années où ça l'a fait. Puis au bout d'un moment, le corps s'est rebellé. À la cinquantaine, quand j'ai eu 50 ans, le corps s'est rebellé. Et là, j'ai tout lâché. Tout : les ligaments, les muscles, tout pétait. Je ne pouvais plus arquer. Et là, je me suis rendu compte que ce n'était pas intelligent de faire ce que je faisais, c'est-à-dire de dire à mon corps de se taire alors qu'il m'envoyait des signaux. Depuis, je fais tout l'inverse. Je l'écoute beaucoup, j'en prends soin, je le gère beaucoup mieux et j'écoute tous les signaux qu'il m'envoie, ce qui me permet, à 63 ans aujourd'hui, de continuer de m'amuser à faire des trucs un peu barrés, parce que le corps est toujours présent.

On va parler des trucs un peu barrés. Mais avant tes 63 ans, tu en as fait quelques-uns. C'est-à-dire que deux ans après la traversée de l'Antarctique et de l'Arctique, tu t'es dit : pourquoi pas tester le chaud ? Je vais faire la course la plus dure au monde — en fait, qui est réputée comme l'une des plus dures au monde — avec plus de 50 degrés. La Badwater, justement. 46 heures de course, seulement. Donc là, tu t'es mis en challenge, en plus. Et puis là, tu t'es dit : tiens, maintenant, si je m'attaquais à des pays ? Donc je vais commencer par traverser la Méditerranée à la rame, puis après, je vais faire la traversée de l'Alaska, la Namibie, l'Australie, et j'en passe. À quel moment tu t'es dit : l'extrême, ça y est, j'ai touché le bout ? Est-ce qu'à un moment, tu t'es dit : c'est bon, j'ai fait le truc le plus fou ?

Alors en fait, moi, ce qui m'intéresse, ce n'est pas de faire plus haut, plus loin, plus fort. Même si mon parcours pourrait laisser penser ça, ce n'est pas ça qui m'intéresse. Il y a plein de gens dans mon entourage qui, à chaque fois qu'ils me voient partir sur un défi un peu dingue, me disent : mais fais attention. Ils disent ça avec beaucoup d'amour et beaucoup de bienveillance : prends soin de toi, fais attention, ce que tu t'apprêtes à faire, c'est complètement fou, tu vas te faire mal, c'est dangereux, enfin bon bref, etc. Donc en fait, moi, je ne supporte pas le danger, en fait. Je ne supporte pas le danger pour deux raisons majeures. La première, c'est que je suis marié, j'ai des enfants. Ensuite, je suis patron d'entreprise, donc j'ai des salariés, j'ai des gens qui comptent sur moi pour faire tourner le business. Et donc, il faut que je rentre, il faut que je rentre. Donc, le danger ne fait pas partie du programme, jamais. Ça ne veut pas dire qu'il n'est pas présent. Évidemment, le danger est présent. Quand tu traverses la Vallée de la Mort aux États-Unis au mois de juillet, qu'il fait 50 degrés, que le sol est à 90 degrés, et que tu cours 217 km avec 4000 de dénivelé positif dans ces conditions-là, évidemment que le danger est présent. Mais il y a des façons d'appréhender le danger, et moi, je l'appréhende en analysant les risques, en cherchant à les maîtriser au maximum. Donc par exemple, je reviens sur la Badwater, là, le chaud : moi, je ne sais pas ce que c'est, 50 degrés, je ne connais pas, moi. En Normandie, il ne fait jamais 50 degrés. Et donc, pour savoir comment mon corps va réagir par 50 degrés, j'ai fait l'inverse du pôle Nord, où il faisait moins 40, où on s'était enfermés dans des congélateurs pour comprendre : là, je me suis enfermé dans des saunas. J'ai mis les home-trainers dans des saunas, je les réglais à 50 degrés et je m'entraînais dans les saunas. Parce que je veux absolument comprendre comment les choses fonctionnent, pour justement maîtriser les choses et ne pas être en danger. Et c'est en ça que je dis que les gens sont tous des audacieux, parce que l'audace, c'est juste avoir connaissance des risques et chercher à les maîtriser au maximum. Et là, notre audace ressort, parce qu'intrinsèquement, on est tous audacieux. Dans nos gènes, l'audace est là. On s'est tous, un jour, à 9 mois, ou 11 mois, ou 12 mois, on s'est tous mis sur nos deux pieds pour voir comment le monde marchait plus haut. Quand tu réfléchis bien, c'est une audace complètement dingue. On est bien, on est dans un petit cocon avec des coussins partout, parce que papa et maman nous ont mis des coussins partout, et nous, on ne pense qu'à une seule chose, c'est monter sur nos deux pieds pour voir un peu comment ça se passe là-haut. Donc en fait, la curiosité, elle est là, elle est intrinsèque, elle est chez nous. L'audace, le fait de passer à l'action, elle est là aussi, puisqu'on l'a déjà fait. Donc en fait, il suffit juste de réveiller cette audace et d'arrêter d'avoir peur de tout. Et pour ne pas avoir peur de tout, il faut avoir connaissance des choses.

Et donc, c'est la compréhension et la connaissance qui font que tu peux passer des gaps et que tu passes en dépassement. J'aime bien ton analogie de l'enfance, parce qu'on arrive à faire ça tout en ayant échoué plusieurs milliers de fois. Donc c'est génial de se rappeler de cette audace que l'on a tous eue. J'ai l'impression que toi, au-delà du défi sportif — tu le dis — c'est plus la compréhension du moment et la quête. Est-ce qu'on peut parler, au-delà du défi, de ce qui pour toi est une sorte de spiritualité du mouvement ? Ou est-ce que tu as cherché vraiment tout autre chose ?

On peut en parler complètement, parce que c'est vrai. En fait, je passe mon temps à comprendre qui je suis, comment je fonctionne, avec qui je fonctionne et quelles sont mes capacités. Ça m'intéresse de savoir jusqu'où je peux pousser le bouchon. Alors, pour répondre à ta question de tout à l'heure : pas pour faire toujours plus fort, et plus loin, et plus beau. Je n'ai même pas répondu à ta question tout à l'heure, mais une fois que j'ai traversé un continent en courant, l'idée, ce n'est pas de dire : je vais en traverser un autre, et puis encore un, et puis, au lieu de faire 100 km par jour, je vais en faire 110. Ça n'a pas de sens. J'ai fait ma traversée du continent, je suis content, j'ai appris des tas de choses sur moi. C'est ça qui est intéressant. Sur cette quête... Quand j'ai traversé l'Australie, j'avais 55 ans. J'ai fait ça en 2018, j'avais 55 balais. Franchement, je pensais bien me connaître. Vraiment, je commençais à bien saisir le bonhomme que j'étais, avec mes capacités, mes forces et tout ça. Et là, sur cette traversée de l'Australie — comme tu dis, c'est une sorte de méditation, en fait, quand tu cours. Tu es tout seul, tu es au milieu du bush australien, les conditions sont un peu rock'n'roll, tu vois, parce qu'en Australie, tu as quand même toutes les saloperies du monde, elles sont là-bas. Les araignées venimeuses qui te piquent et tu meurs en 48 heures, elles sont là-bas. Je crois que sur les 10 serpents les plus venimeux au monde, il y en a 8 qui sont en Australie. C'est un milieu assez inhospitalier. Quand tu traverses le bush australien, il n'y a rien. Il n'y a rien, c'est le désert tout le temps. Et tu cours tout seul au milieu de tout ça. Tu as le temps d'être dans une sorte de méditation. Et là, tu t'aperçois que tu es en fait différent encore de l'homme que tu crois être. Et tu découvres des choses. Entre autres, moi, j'ai découvert des tas de choses. Mais la chose fondamentale que j'ai découverte en traversant l'Australie en courant, c'est mes états de faiblesse. J'ai découvert des états de faiblesse, mais à un degré que jamais j'aurais pensé les atteindre. Pour te donner un ordre d'idée — j'ai fait un TEDx là-dessus — au 2997e kilomètre, c'est très très précis, je me suis effondré. J'étais à terre, au sol, avec l'incapacité de me relever. L'incapacité de me relever. J'étais dans un état de faiblesse XXL. Tu me dis : j'aime bien tout ce qui est XXL, mais là, ça fait bizarre de te retrouver à terre en larmes — alors que moi, je ne pleure pas beaucoup, quand même, parce que les guerriers, ça ne pleure pas, c'est des conneries qu'on apprend quand on est gamin. Et donc, moi, je ne pleure pas beaucoup, et là, je suis en larmes, au sol, et il me reste 740 kilomètres à faire, et je ne vois pas comment je vais faire. Et ça, d'un seul coup... un, tu prends une grosse claque dans la figure. Et deux, quand tu te relèves — parce qu'évidemment, je me suis relevé, avec l'aide de l'autre, avec l'aide de mon équipe qui était là, qui m'a balancé de l'amour, mais incroyablement puissamment, incroyablement puissamment. Et ils n'arrêtaient pas de me dire que j'étais un mec incroyable, que j'étais un mec super. Ils m'en ont balancé, mais de dingue. Et cet amour-là qu'ils m'ont donné, ça a engendré une force supplémentaire complètement folle, et je me suis relevé, et je me suis remis à courir. Et donc, quand tu découvres tout ça, quand tu découvres cette capacité que je ne connaissais pas, qui s'appelle l'émotion — c'est bête de dire ça, mais je n'avais pas compris, encore, à 55 ans, que la partie émotionnelle qu'on a tous en nous, ça fait partie du triptyque gagnant, en fait. Et moi, avant, c'était corps et mental. Tout le monde disait que j'avais un mental de dingue, ce qui doit sûrement être vrai — moi, je ne me rends pas compte, mais les autres disent que c'est vrai, donc ça doit sûrement être vrai. Et physiquement, effectivement, je suis capable d'enquiller des trucs un peu fous. Mais je n'avais pas compris que l'émotion faisait partie du triptyque gagnant. Il a fallu que je me cogne 2997 kilomètres dans le bush australien pour le comprendre. Donc oui, tu as raison, on est dans une sorte de spiritualité, sans que ce soit le côté divin de l'histoire. Spiritualité dans le sens : meilleure compréhension de soi. Oui, meilleure compréhension de soi. Moi, il faut que je me mette dans ces configurations-là pour le découvrir.

Et c'est ça qui te permet de transformer la douleur en moteur ?

Exactement. Ce qui est même incroyable, c'est que la douleur qui t'avait anéanti quelque temps auparavant, qui t'avait mis au sol, avec un corps qui te dit « basta, c'est bon, tu arrêtes, il y en a marre » — cette douleur, c'est tout juste si tu la ressens derrière. C'est pour ça que c'est complètement fou. C'est pour ça que je dis que le corps et la tête, c'est complètement dingue, ce qu'on est capable de faire. Mais il a fallu que j'aie cette émotion-là pour que, quasiment, la douleur soit mieux qu'acceptable. C'est-à-dire qu'elle fait partie du jeu. Moi, je suis comme tout le monde, je n'aime pas souffrir. Je ne suis pas un kamikaze, je ne suis pas un fou, j'ai horreur de souffrir. Par contre, depuis tout le temps — je te l'ai dit tout à l'heure — la notion de « ça pique », c'est une notion que je trouve complètement normale. Quand je me suis relevé, après cet épisode émotionnel fort, j'ai retrouvé cette notion de « ça pique, et c'est normal ». Donc, quand tu es en train de faire une traversée d'un continent, tu vas t'enquiller 4000 bornes en courant, c'est un peu normal que ça pique.

Tu dis souvent que le dépassement de soi, ça permet de donner du sens à sa vie. Est-ce que tu peux nous raconter ce que ça signifie pour toi, avec des exemples que tu as donnés là ?

Alors, en fait, comment je vais t'expliquer ça de façon simple ? Déjà, ce qu'il faut savoir, c'est que je cours pour me faire plaisir. Les aventures que je vis, la première chose pour laquelle je les vis, c'est pour me faire plaisir. Et c'est hyper important de le dire, parce qu'il ne faut pas déconner, la vie, elle est faite pour qu'on se fasse plaisir, qu'on prenne notre pied, quoi. Elle va passer très vite, cette vie. Tu vois, j'ai 63 balais, je n'ai rien vu passer, moi. Ça va vite, quand même. Et donc, il faut être en capacité de prendre ce plaisir. Mais après, il faut être honnête, ça ne suffit pas. Ça ne suffit pas de faire ça. Donc comme moi, j'ai la chance d'être un tout petit peu médiatisé — un peu moins maintenant, mais à une époque, j'étais un petit peu plus — je me suis dit : il faut que ça aide, que ma médiatisation ne serve pas à moi, parce que ça n'a aucun intérêt. Une fois que tu as fait le kéké devant la caméra deux, trois fois, bon, tu t'aperçois que ça ne sert pas à grand-chose, quand même. Donc j'ai dit : que cette médiatisation serve à quelque chose ou à quelqu'un. Donc tous mes défis sportifs, mais tous, sans exception, je les ai faits parce que ça me faisait marrer de les faire, mais c'était à chaque fois pour soutenir une cause quelconque. Alors, une cause, ça peut être... Pendant très longtemps, on a couru pour les enfants, on a été dans les écoles, on a beaucoup, beaucoup intervenu dans les écoles, on a quasiment 3000 gamins qui nous ont suivis sur nos différents périples sportifs — à l'époque, je courais avec Hervé. Et puis après, on a couru pour la mucoviscidose. Non pas que je sois atteint — je ne suis pas du tout atteint, heureusement, ni moi, ni ma famille, ni personne — mais parce que je trouvais que c'était chargé de sens. Pour rebondir sur ta question, je cherchais à y mettre du sens, dans ce que je faisais. Et là, du souffle pour un souffle. Nous, on a besoin du souffle pour faire nos bêtises et se faire plaisir. Et les gamins atteints de mucoviscidose, ils ont besoin du souffle juste pour vivre. Juste pour vivre. Parce qu'en fait, ils meurent, parce qu'à un moment donné, ils ne peuvent plus respirer, parce qu'ils ont les poumons tellement pris, tellement encombrés, etc. Donc j'ai trouvé que courir pour cette cause-là, ça donnait un sens incroyable à ce que je faisais. Et c'est là où c'est génial, parce qu'il y a toujours un effet boomerang dans tout ce qu'on fait. Quand tu fais pour l'autre — c'est pour ça que le mot « altruisme », c'est un mot qui est compliqué à comprendre, parce que quand tu fais pour l'autre, normalement c'est gratuit, tu vois. L'altruisme, c'est « je fais sans attendre un retour ». Moi, j'aimerais être altruiste, mais je n'y suis jamais, en fait, puisque j'ai toujours du retour. Parce que ce sens que tu donnes quand tu fais quelque chose pour quelqu'un, il te met une force démultipliée. Le nombre de fois où je me suis relevé dans mes défis sportifs, parce que je me disais : celui, ou celle, ou la cause pour qui je cours attend que je termine, attend que je sois finisher. Donc vas-y, tu te relèves et tu y vas. Alors que des fois, moi, je disais : basta, ça va, fatigué, mal, trop mal. Et à chaque fois, on se relève et on y va. Parce que j'ai mis du sens dans ce que je faisais.

Qui devient une cause plus grande que toi.

Qui devient quelque chose de plus fort que moi. Pas spécialement plus grand, mais plus fort en tout cas. Et ça me pousse, et comme ça me pousse, derrière, je me découvre. C'est pour ça que je te dis, il y a cet effet boomerang qui est incroyable. C'est que tu te découvres tout le temps, tu t'aperçois que tu as ça comme capacité en plus, tu es capable aussi de faire ça, tu es capable de générer ça. C'est dingue. Et donc, moi, j'ai toujours une cause qui travaille ce sens, justement, dans mes défis.

Ça permet de te révéler, le sport, tu le dis très justement. Et d'ailleurs, parmi tes défis, il y en a un que tu as fait l'an dernier, que j'ai trouvé assez dingue, pour parler des enjeux climatiques, puisque tu es associé à Time for the Planet : c'est de faire non pas un marathon — un marathon, c'est 42 kilomètres et quelques — c'est faire 42 marathons en 42 jours. Et en plus de ça, le soir, récupération active : des conférences de 42 minutes pour parler de ton parcours et des enjeux climatiques.

Eh bien oui. En fait, tu vois, je suis tellement branché sur mes t-shirts et tout ça : ça s'appelle Team for the Planet, maintenant. C'est « Team », l'équipe, pour la planète. Et ça, c'est la nouvelle cause pour laquelle je cours. Ça fait quatre ans que je cours pour eux, quatre ans que j'invente des défis pour eux. Et en fait, effectivement, ce que j'ai fait l'année dernière, ce Tour de France en courant, 42 marathons en 42 jours — en fait, il n'y avait qu'un seul objectif, c'était d'attirer l'attention. Moi, ça me fait rire de faire ça, ça me fait marrer, c'est mon truc à moi, ça me fait rire de faire 42 marathons en 42 jours. Mais en fait, ce qui était intéressant, c'était de réunir les gens le soir, dans la conférence, pour parler de Team for the Planet, et inciter — non pas convaincre, parce que convaincre, ça ne sert à rien ; ce qu'il faut, c'est donner envie. Et cette conférence cherchait à donner envie aux gens de nous rejoindre chez Team for the Planet, parce que c'est une aventure entrepreneuriale hors norme, XXL, qui est géniale, et sur laquelle on est dans le concret. Moi, j'ai eu la chance de rencontrer et de côtoyer les fondateurs. Je suis copain, maintenant, avec Arthur Auboeuf, qui est un des cofondateurs. Et rencontrer ce gars-là... je l'ai rencontré, il avait 25 ans. Quand ils ont créé ça, ils avaient 25 ans, les mecs. 25 ans, des cerveaux qui tournaient à une vitesse de dingue, et ils ont décidé de monter cet écosystème complètement fou pour qu'on agisse, qu'on arrête de dire « la planète part en vrille, c'est pas bien, c'est pas bien, c'est pas bien ». OK, mais la question d'après, c'est : qu'est-ce qu'on fait ? Qu'est-ce qu'on fait ? Et eux, ils ont eu cette idée géniale de se dire : puisque les gens ne savent pas quoi faire... Les gens, toi, moi, l'individu lambda, le citoyen lambda. C'est vrai qu'on ne sait pas quoi faire. C'est vrai, on fait attention au tri de nos déchets, on mange moins de viande, on fait tout ça, c'est super, on fait attention à l'eau qu'on utilise, c'est super. D'ailleurs, on est 8 milliards : si on était 8 milliards sur Terre à faire attention à ce qu'on fait, déjà, les choses iraient beaucoup mieux. Mais fédérer 8 milliards, c'est dur. Mais concrètement, des fois — moi le premier — on se dit : mais concrètement, ça sert à quoi, tout ce que je fais ? Ça sert à quoi de couper l'eau du robinet quand je me brosse les dents ? Alors, on a du mal à voir. Alors, ça sert, mais on a du mal à voir. Eux, ils nous disent : on va vous proposer un écosystème qui va vous permettre de vous rendre compte que ce que vous allez faire va porter ses fruits. Et donc, avec Team for the Planet, qui est une aventure de dingue, ils décident d'aller chercher des actionnaires dans le monde entier. Pas d'aller quémander de l'argent : d'aller chercher des actionnaires qui vont payer des actions. Moi, j'ai acheté des actions chez Team for the Planet dès le début. À hauteur de mes moyens. Tu mets ce que tu veux, tu mets 10 balles, 20 balles, 1000 balles, 1 million. Il y en a qui ont été jusqu'à mettre 5 millions d'euros, quand même. 5 millions d'euros, c'est un truc énorme. Le plus petit actionnaire a dû mettre 1 euro, mais on s'en fout, parce que ça accueille tout le monde. Et avec ces actions qu'on a achetées — aujourd'hui, on est 130 000 en France, 130 000 actionnaires, on a levé quasiment 40 millions d'euros — on a déjà créé 15 sociétés qui ont comme objectif le même que toutes les sociétés, c'est-à-dire de gagner de l'argent pour pouvoir continuer de se développer, mais elles n'ont qu'une seule mission, c'est de s'occuper des gaz à effet de serre pour essayer de régler le problème du dérèglement climatique. Parce qu'aujourd'hui, tout le monde est d'accord — il y a encore quelques-uns qui disent que c'est du pipeau, il y a un gars qui s'appelle Donald, je crois, Trump, je crois qu'il a dit que c'était la plus belle...

Ouais.

...la plus belle escroquerie de tous les temps. Et je pense que la plus belle escroquerie, c'est lui. Mais à part un ou deux comme ça qui sont un peu bizarres, aujourd'hui, tu vois bien, il y a des tempêtes partout, ça part en vrille de partout. Donc le dérèglement climatique, il est clairement présent. Donc maintenant, c'est action. Et donc chez Team for the Planet, nous, on rentre en action, c'est-à-dire qu'on fait des choses pour s'occuper des gaz à effet de serre. Donc s'en occuper, c'est éviter d'en émettre, les capter, les transformer. En tout cas, on s'en occupe dans un truc très concret qui s'appelle une entreprise. Donc on crée des entreprises. Et moi, l'argent que j'ai mis dans Team for the Planet, l'argent que tu vas mettre ou que tu as peut-être déjà mis — parce qu'au cas où ce n'est pas fait, je t'incite à nous rejoindre, évidemment, et puis vous tous qui nous écoutez, je vous incite à y aller, parce que c'est une aventure incroyable. Et c'est une aventure qui, en plus, va vous mettre des étincelles dans les yeux. C'est une aventure qui va vous habiter. Et c'est une aventure pour laquelle vous allez vouloir faire encore plus que mettre 10 balles, 20 balles ou 100 000 balles. C'est une aventure qui va vous inciter à vous lever le matin en vous disant : qu'est-ce que moi, je peux faire pour aider cet écosystème ? Et alors moi, ma façon de faire les choses, c'est que je sais courir, je sais faire des conférences. Bon, eh bien, il est né, le truc : on va faire un tour de France, je vais courir, je vais faire des conférences. Et puis j'ai d'autres idées. J'ai une idée qui est en cours de réflexion, là, où je vais faire un truc aussi, encore pour eux, l'année... pas l'année prochaine, mais dans deux ans.

Écoute, on se tiendra au courant dans deux ans.

On se verra à l'arrivée.

Exactement. Tu parlais de ce lien entre le sport et l'engagement, et l'engagement au sens pluridisciplinaire, puisque tu en parles avec Team for the Planet de façon très convaincante et convaincue. Est-ce que tu aurais un message à passer aux jeunes sportifs qui nous écoutent, ou même à des personnes lambda, qui ont ces moments de doute par lesquels tu es passé, ou auxquels toi, plus jeune, tu as dû faire face ?

J'ai un message pour tout le monde, sportif ou non sportif. En fait, ce message, il est simple. C'est qu'aujourd'hui, tout le monde fait ça : « Ah mon Dieu, mon Dieu, pas la tête, pas la tête. Mon Dieu, la guerre en Ukraine. Mon Dieu, le Covid. Mon Dieu, la crise économique. Mon Dieu, la crise financière. Mon Dieu, mon Dieu, pas la tête, pas la tête. Qu'est-ce qui nous arrive encore ? » Il faut arrêter ça. Il faut arrêter ça. Ce qu'il faut que les gens comprennent, c'est que oui, c'est vrai, aujourd'hui le monde est chaotique. C'est vrai. Il est même extrêmement chaotique. C'est vrai. C'est complètement vrai. Ce qu'il faut juste se rendre compte, c'est que le monde a toujours été chaotique. Toujours. Sauf qu'aujourd'hui, on a tous les outils de communication pour s'en rendre compte à une vitesse grand V. C'est-à-dire, aujourd'hui, tu as une mouche qui pète au Mexique et tu es au courant sur les réseaux deux heures plus tard. C'est ça. Aujourd'hui, on a une conscience accrue que le monde dans lequel on vit est un monde chaotique. Et c'est comme ça qu'il a évolué, le monde. Il a toujours évolué avec le chaos. On en parlait tout à l'heure avec mon propre parcours : ma vie a été générée par un chaos physique, qui a été cette fracture de ma hernie discale qui aurait pu me paralyser une jambe. Et d'un seul coup, moi, ça a fait au contraire un effet positif, de rebond positif, pour que ma vie soit enthousiasmante et exaltante. Moi, j'adore ce que je fais et j'adore ma vie. Et pourtant, je vis dans le même monde que toi, dans ce monde chaotique. Donc en fait, le message que j'ai à passer, il est simple : c'est que oui, le monde est chaotique, et la question qu'on a à se poser, ce n'est pas « mon Dieu, mon Dieu, que faire pour qu'il ne soit plus chaotique ? » — ça n'a aucun intérêt, parce qu'il va être chaotique, il a toujours été chaotique. C'est : comment je peux faire pour cheminer dans ce chaos ? La seule question que vous devez vous poser, si je peux me permettre, c'est : comment je dois cheminer, comment je dois continuer d'avancer, me mettre en mouvement, me mettre en action dans ce monde qui est chaotique. Et je peux vous assurer que des chemins pour naviguer dans ce chaos, mais il y en a plein. Et par exemple, Team for the Planet fait partie de ces chemins qui nous permettent d'avancer dans ce monde soi-disant chaotique. Et quand les gens me disent — parce que c'est toujours ce qui vient derrière — « ouais, mais tu es marrant, Philippe, je ne sais pas par où aller, moi. Est-ce que je vais par là, par là ou par là ? Je n'y connais rien, je n'ai pas de compétence particulière. » Je réponds aux gens : on s'en fout. Là où tu veux aller, on s'en moque. Va. Va quelque part, parce qu'à chaque fois que tu iras quelque part, à chaque fois que tu t'engageras quelque part, tu vas faire un truc de dingue, c'est que tu vas avoir la plus belle richesse au monde. Sur tous les chemins que tu peux emprunter, il y a du monde, il y a des gens. Tu vas rencontrer Pierre, Paul, Sandrine, Martine, Jacqueline, peu importe qui. Et ces gens-là, avec qui tu vas échanger — parce que c'est tellement facile d'échanger ; la preuve, c'est ce qu'on est en train de faire ensemble, on échange, c'est facile d'échanger — ces gens-là vont peut-être allumer une lumière dans tes yeux, allumer une étincelle dans ton cerveau, qui va te dire : « Ah ouais ! Eh ben ouais ! Mais bien sûr, c'est par là que je veux aller. » Quand moi, je parle de Team for the Planet, je dis : vous pouvez y aller, allez-y en confiance, ce chemin-là, il est génial, vous pouvez y aller les yeux fermés, faites-moi confiance. Moi, ça fait 4 ans que j'y suis, c'est trop bien. Et le chaos, je m'en fous, mais je m'en fous. Ça ne m'intéresse pas. Ce qui m'intéresse, c'est d'aller là.

Et justement, dans le monde d'aujourd'hui, qu'est-ce que tu observes chez les gens lorsqu'ils sont face à leurs limites ?

Mais la peur ! Les gens ont peur ! Les gens ont peur de tout ! Mais ouais, c'est fou, c'est fou ! Alors qu'en fait, la peur, c'est un levier. C'est un moteur. Bien sûr que c'est un moteur. C'est normal d'avoir peur, on est tombé bien. Moi aussi, j'ai peur de plein de trucs, c'est normal.

C'est même rassurant, si on revient au sens premier du terme.

Tu sais, il y a... je ne sais pas si tu connais... alors j'ai oublié son nom, mais il y a un grimpeur — j'ai oublié son nom, c'est un Américain — qui grimpe des trucs à mains nues, sans être sécurisé. Il a fait par exemple El Capitan en solo, qui est une paroi très difficile à faire aux États-Unis, que les grimpeurs connaissent s'ils s'amusent à regarder ça, El Capitan. Et lui, il a fait ça comme ça, à mains nues. Et en fait, à un moment donné, il s'est inquiété parce qu'il n'avait pas peur. Et il dit : putain, ce n'est pas normal que je n'aie pas peur là, parce que ce que je suis en train de faire... je suis un être humain, je devrais avoir peur. En fait, il avait une atrophie de l'hippocampe, on lui a dit, et donc ça lui avait annulé la peur. Donc il est obligé de conscientiser qu'à cet endroit-là, il devrait avoir peur, mais il ne l'a pas. Donc il conscientise qu'il devrait avoir peur, pour être hyper attentif à ses prises et tout ça, tu vois. C'est un sujet vachement intéressant, la peur. La peur fait partie de la vie, c'est normal qu'on ait peur. La peur, c'est juste un indicateur qui a l'extrême gentillesse de nous avertir qu'il y a un sujet à traiter. C'est génial. Donc en fait, quand la peur arrive, il ne faut pas avoir peur de la peur. Il faut lui dire merci. Merci de m'alerter. C'est un indicateur absolument génial qui m'alerte qu'il y a un sujet qu'il faut traiter pour passer quand même. Parce que le monde... on est envahi de blocs qui nous gênent : c'est nos peurs. On passe notre temps à en avoir plein, tout le temps. Mais merci de m'indiquer ça. Et puis, qu'est-ce que je fais pour ? La réponse, elle est souvent... il y a 80 % des réponses qui se gèrent par un truc : n'y va pas seul. Tu as peur ? Va avec quelqu'un. Fais-toi accompagner. Ne reste pas seul. 80 % de nos problèmes peuvent être gérés par le seul fait de ne pas rester seul. Ça ne veut pas dire que tu ne vas pas être dans l'action seul, mais par contre, tu vas la préparer avec un autre, avec une autre, avec d'autres, avec plein de gens. Moi, mes défis, quand je cours, je cours tout seul, je suis tout seul sur la route, mais j'ai une équipe autour de moi qui m'attend tous les 6 kilomètres pour vérifier que je vais bien, me donner à boire, me donner à manger, s'occuper de ma logistique, etc. Mais quand je cours, je suis seul, mais je sais qu'ils ne sont pas loin. Ça annihile ma peur. Je te disais tout à l'heure : avec Hervé, on est partis au pôle Nord tous les deux, parce que sans Hervé, je n'y vais pas, et Hervé sans moi, il n'y va pas. Mais tous les deux, on y va, parce qu'en fait, le fait d'être à deux, ça annihile nos peurs. Jamais j'aurais imaginé traverser un continent en courant — l'Australie, en plus, c'est un truc un peu hostile — mais jamais de ma vie j'aurais envisagé ça sans être accompagné, et bien accompagné, évidemment. Donc, ce qui est intéressant, c'est ça. Pour revenir sur ton sujet de la peur : c'est que la peur fait partie de la vie, c'est normal. Et qu'un des moyens les plus simples pour que la peur devienne ton allié, c'est de l'appréhender avec quelqu'un. De l'appréhender avec l'autre. Donc, ne jamais rester seul. C'est pour ça que la rencontre, c'est la plus belle des richesses.

Il me reste quelques questions pour terminer l'épisode, que j'aurais aimé te poser plus personnellement.

Je suis bavard, excuse-moi.

Ah non, on est là pour ça, il n'y a aucun problème. Si tu pouvais parler à la version de toi-même, au Philippe jeune, avant l'opération, qu'est-ce que tu lui dirais, maintenant que tu as accompli tout ce chemin, que tu as grandi ?

Je lui dirais : fais ce que tu as fait. Je m'explique. On parlait des peurs il y a 20 secondes. Quand j'étais gamin, j'avais des potes, comme tout le monde, avec qui on jouait un peu. Et eux avaient un ami parisien. Un ami parisien qui m'impressionnait. Parce que d'abord, le mec était beau gosse. Il avait 3 ans de plus que moi et que mes amis. Donc 3 ans de plus quand tu as 10 ans, ça joue. Tu as 10 ans, il en a 13 ; tu en as 13, il en a 16. Bon, on ne vit pas les mêmes choses. Et il m'impressionnait. Par contre, je sentais... j'avais ce sentiment que le côtoyer pourrait m'aider à appréhender la vie d'une autre façon. Alors, quand j'étais gamin et que j'avais 10 ans, évidemment, je ne réfléchissais pas comme ça. Mais quand je refais l'histoire de loin comme ça, c'est ça qui me revient à l'idée. Et j'ai eu le courage d'y aller, d'aller le rencontrer. Alors qu'il me faisait peur, en fait. Il me faisait peur parce que je trouvais l'homme être vachement plus talentueux que moi, plus beau que moi, plus riche que moi. J'ai pris mon courage à deux mains, j'ai dit : je veux le rencontrer, je vais aller discuter avec lui. Et c'est la première démarche de rencontre que j'ai faite dans ma vie. Et encore une fois, avec Thierry, on ne se voit plus depuis 20 ans, peut-être même 25 — encore une fois, parce que nos horizons ont changé. On n'est pas fâchés, si je le croise dans la rue, j'irais lui dire bonjour, aucun problème, mais on ne se croise plus, parce que nos horizons ne sont plus les mêmes. Mais ce mec-là, ça a été ma toute première vraie rencontre, celle qui a changé ma vie, qui m'a permis de me réorienter. Donc s'il fallait que je reparle à ce petit garçon de 10 ans, je lui dirais : surtout, change rien, putain, tu as bien fait de faire ça, parce que c'est ça qui t'a permis, derrière, d'avoir la vie que tu as eue. Donc, bien vu.

Qu'est-ce que tu aimerais que l'on retienne de toi, ou de tes interventions quand tu fais des TED, des conférences ? Qu'est-ce que tu aimerais que l'on retienne, s'il y avait une phrase, une pépite ?

Le truc que je veux, à chaque fois, que les gens retiennent, c'est qu'ils comprennent qu'ils sont exceptionnels. Je veux que les gens comprennent — ceux qui m'écoutent ou me lisent, puisque j'ai la chance d'écrire aussi des bouquins — comprennent qu'ils sont exceptionnels. Et c'est pour ça que je te disais tout à l'heure que mon métier est fabuleux. Juste parce que tu as une posture — posture physique, posture mentale, la façon dont tu structures ta pensée — juste parce que tu as cette posture et que tu la partages aux autres, j'ai des retours. Ça fait dix ans que je fais ce métier maintenant, donc j'ai de plus en plus de retours de gens qui m'écrivent des petits mots, en me disant, six mois, deux ans, trois ans plus tard... Ils me citent, ils me citent. Ils me disent : on t'a vu en conférence, tu as dit ça, tu as dit ça, et moi, ça a fait un choc chez moi, et je me suis pris en main et j'ai fait ça. Et donc, c'est ça que je veux. C'est ça, le seul message que je veux transmettre : c'est n'oubliez jamais que vous êtes des êtres exceptionnels, que vous avez un potentiel de dingue. Cherchez la personne qui va être le déclencheur. Alors si c'est moi, c'est super ; si ce n'est pas moi, ça n'a aucune importance. Il y en a forcément un quelque part dans votre écosystème. Allez chercher ce déclencheur — ce que les gens appellent des fois des mentors — allez chercher votre mentor, et vivez une vie XXL. C'est ça, le message.

Justement, merci pour ces mots. Tu parlais de bouquins, donc tu en as écrit plusieurs, sur ton parcours, sur tes différentes aventures. Il y en a un qui vient de sortir, Les boosts du lundi, sur comment se préparer pour la semaine qui vient. Est-ce que tu peux nous en parler un peu plus ?

Ouais, c'est un bouquin, j'ai adoré ça. En fait, je me suis rendu compte d'un truc, c'est que même quand tu es très optimiste comme moi, même quand tu as du boost, de l'énergie à revendre, et que tu n'as qu'une envie, c'est d'envoyer la sauce grave, eh bien malgré tout, le lundi matin... tu sais, quand tu viens de passer le week-end avec ta famille, que tu as fait du sport, que tu as vu tes potes, et que tu as trouvé que la vie était vachement sympa quand même ; et puis que le lundi, tu as des rendez-vous pour le boulot, pour aller faire une conf, peu importe ce que c'est... tu as des petits coups de mou. Je me suis dit : merde, c'est quand même ballot d'avoir un petit coup de mou, alors que moi, je suis plutôt d'un naturel optimiste. Alors qu'est-ce que ça doit être pour les gens qui n'ont pas cette énergie naturelle ou cet optimisme naturel ? Donc je me suis dit : je vais écrire un bouquin où, chaque début de semaine, un truc qui va se lire très vite — trois pages, ça se lit en cinq minutes — je vais aborder 52 thèmes. Peu importe les thèmes, il y a plein de trucs à dire sur plein de thèmes différents. Je vais aborder 52 thèmes, et sur ces 52 thèmes, je vais mettre un coup de boost. Et je veux que les gens lisent ça le lundi, en prenant leur café, avant d'aller au boulot, et ils vont repartir avec une énergie de dingue. Et pour que cette énergie soit transformatrice, je les incite, dans le bouquin, chaque lundi de chaque semaine, à s'engager eux-mêmes sur quelque chose. Mais des fois, c'est rien du tout : c'est d'aller tendre une main à quelqu'un, dire bonjour à un inconnu. C'est : chaque matin de cette semaine, je vais démarrer ma journée avec un énorme sourire ; même si j'ai des emmerdes, je vais démarrer ma journée avec un énorme sourire. Ça, c'est des engagements qui sont des fois presque ridicules. Certains peuvent être considérés comme farfelus, mais ça n'a aucune importance. Parce que ça veut dire que si on s'amuse à jouer le jeu, à la fin de l'année, mine de rien, on aura fait 52 modifications de posture. 52 choses qui ont fait que ta posture a commencé à changer. Et à la fin de l'année, tu t'apercevras que tu n'es plus tout à fait le même mec ou la même nana, et que d'un seul coup, tu es beaucoup plus énergisé, tu es beaucoup plus boostant, tu es beaucoup plus dynamisant, que tu donnes plus envie aux gens de te côtoyer. Et ça, ça va transformer ta vie. Et c'est pour ça que j'ai écrit ce bouquin, que je l'ai appelé Boost du lundi. Parce que tous les lundis, il nous faut un petit coup de pied au cul pour qu'on puisse démarrer.

J'ai hâte de pouvoir lire ce livre. D'ailleurs, on mettra le lien pour suivre tes aventures, tes expériences, et le lien du bouquin.

Tous mes bouquins sont accessibles uniquement sur mon site. Sur mon site, il y a tout, il y a les vidéos de mes défis sportifs, il y a tout. Donc si tu mets ça, voilà, les gens iront voir dessus.

Et puis on mettra le lien, vous le retrouverez du coup en description de cet épisode. On arrive à la fin de cette interview, Philippe. Est-ce qu'il y a un sujet que l'on n'a pas abordé, que tu souhaiterais aborder ? Ou on a fait le tour ?

Non, non, j'ai déjà beaucoup parlé. J'ai déjà beaucoup parlé. En fait, moi, je pense que la vie, c'est que des projets. En tout cas, la mienne, elle n'est faite que de projets. Ce que j'aimerais, c'est que les gens comprennent — juste pour qu'on termine sur cette phrase-là — même si les gens me prennent pour un extraterrestre, me prennent pour un cinglé, me prennent pour un fou, ça ne me pose aucun problème : juste, quand je parle de tout ça, j'en parle pour imager mes propos et faire comprendre à chacun qu'on a tous des écosystèmes. On vit tous dans un écosystème particulier, on a tous des gens autour de nous, on a tous des appétences particulières. Et qu'il n'y a pas besoin de faire des trucs considérés comme dingos, comme moi je peux faire, pour vivre tout ça. Ce qui compte, c'est de s'arrêter deux secondes — mais vraiment de s'arrêter deux secondes — sur soi, et de comprendre mieux qui on est. Et il ne s'agit pas de faire du XXL, de faire de la démesure, même si moi, c'est ce qui m'amuse. Mais pour d'autres, ça va être de se mettre à faire de la peinture, de se mettre à faire de la musique. Et tout ça dans une catégorie qui sera la leur. Il n'y a pas de jugement à avoir là-dessus. Je dis souvent aux gens qui me disent « je me suis mis à courir et tout ça, mais moi je ne fais que 10 bornes » : je dis « mais chacun ses podiums, chacun ses podiums ». On a tous nos envies, on a tous nos envies d'extravagance, et on a tous des extravagances différentes. On ne doit pas juger là-dessus. Surtout, ne vous bridez pas. Personne. Ne vous bridez pas. Allez là où ça vous fait plaisir. Allez là où vous allez sentir que ça va bien vous énergiser. Et vive la vie ! Il faut y aller à fond.

Super. Merci pour ton message. Continuez à croire en vous, à écouter, à transmettre, à partager ce genre d'histoire. Merci à toi, Philippe, pour ton dynamisme, ta simplicité et ton accessibilité, d'avoir partagé tout ce parcours de vie et de pouvoir s'apparenter à tout ça et se l'approprier. J'espère que ça pourra donner la petite étincelle qu'il faut à certains d'entre vous. Merci à toi. Merci à vous également d'avoir écouté cet épisode, que vous pouvez retrouver sur YouTube en vidéo, sur LinkedIn ou sur Instagram, et en version audio sur Spotify, Deezer, Apple, Amazon. Vous avez l'habitude. Merci encore et je vous dis à très bientôt pour un prochain épisode d'Inspirez. Salut !